La police chinoise interdit l'accès aux ruines des écoles du Sichuan

Publié le par Adriana Evangelizt

Vous rendez vous compte que les parents ne seront même pas indemnisés et qu'ils n'auront aucune réparation pour leurs enfants perdus dans ce désastre. La cruauté et l'inhumanité de ce régime n'est malheureusement pas une légende. Le fait qu'il existe un département de la propagande nous fait penser à un autre régime qui en son temps faisait le temps beau alors qu'il était au fond du gouffre...



La police chinoise interdit l'accès aux ruines des écoles du Sichuan



par Brice Pedroletti



Dans cette rue commerçante de Dujiangyan, grosse ville au nord-ouest de Chengdu, dans la province du Sichuan, touchée par le séisme, aucun des magasins, à peine fissurés, ni même les kiosques avec leurs ornements en bois laqué parfois brisés, n'ont subi le sort de l'école primaire Xinjian, dont on aperçoit les ruines au fond d'un porche, en face de l'un des hôpitaux de la ville. On ne peut d'ailleurs que les apercevoir, car désormais trois militaires sont en faction devant l'entrée, secondés par des policiers qui intiment l'ordre de quitter les lieux à tous les curieux. "Ce matin, des étrangers prenaient des photos, mais ce n'est plus autorisé cet après-midi", glisse furtivement une passante. Pas un parent n'est en vue.

Même scène à Juyuan, un bourg de la banlieue de Dujiangyan, où un cordon de policiers interdit de pénétrer dans la cour de l'école, réduite à un amas de gravats. La veille, des parents de Juyuan, qui s'étaient rendus à la cour de justice dans l'espoir d'engager des poursuites contre l'école, ont été dispersés sans ménagement par la police. De plus, les autorités locales leur ont indiqué qu'aucune procédure n'aurait de chance d'aboutir. Dans le même temps, des journalistes japonais faisaient l'objet d'un interrogatoire. Dujiangyan recevait la visite de Li Changchun, le chef de la propagande du Parti communiste chinois.

Vendredi 6 juin, l'AFP rapportait à son tour que ses journalistes s'étaient vu interdire l'entrée de Wufu, un bourg proche de Mianzhu, où les parents furent les premiers à ériger un autel pour leurs enfants disparus. Le 1er juin, Journée de l'enfance, la marche et le sit-in qu'ils avaient organisés avaient attiré un nombre anormalement faible de journalistes chinois. Un des seuls photographes présents sur les lieux avait confié : "Je ne peux pas couvrir ça pour mon journal. Ce n'est pas autorisé par le département de propagande."

 

QUESTIONS "SENSIBLES"

 

Depuis plusieurs jours, les nouvelles directives à l'attention des médias chinois ont tracé un périmètre autour de questions "sensibles", celles liées à la construction des écoles, mais aussi l'évocation de retards dans l'intervention des sauveteurs, ou encore la prévention des tremblements de terre ou de l'existence d'études alarmantes sur la sismicité de la région. China Media Project, de l'université de Hongkong, rapporte de son côté que les journalistes du Guangdong, où le groupe de presse Nanfang s'est distingué par des enquêtes très poussées sur les écoles, auraient reçu l'ordre de quitter le Sichuan.

Même s'il n'est pas acquis que ceux-ci s'exécutent, le ton change. Les autorités signalent qu'elles ne souhaitent aucunement perdre la main dans la gestion médiatique du désastre. Certes, malgré la formidable mise en scène des secours et du rôle de l'armée - avec toute sa dramaturgie martiale, la campagne du kangzen jiuzai, ou "Combattons le tremblement de terre, réparons les destructions", suit l'exacte partition des grandes mobilisations des années passées, comme lors des inondations de 1998 -, la question des écoles n'a pourtant pas été passée sous silence.

Il y a quelques semaines, China Newsweek, affilié à l'agence de presse China News, faisait sa couverture sur les "enfants de Wenchuan" et tentait de dresser la liste exhaustive des écoles détruites, parvenant à un bilan, provisoire, de plus de 13 000 morts. Le premier ministre, Wen Jiabao, a été montré à maintes reprises sur les sites des écoles, et le régime martèle que des enquêtes sont en cours.

La réponse apportée par les autorités chinoises au séisme a néanmoins marqué les esprits. "Je vous assure que la manière dont les Chinois se sont organisés pour gérer les secours va rester dans les annales", dit José-Luis Engel, un médecin espagnol venu au Sichuan pour Médecins du monde. "Les directives internationales sur le soutien psychologique dans les situations d'urgence recommandent, outre de nourrir et loger les victimes, de les réconforter, leur faire comprendre qu'on s'occupe d'eux. Les Chinois le font - et sans mentir, ce qui est loin d'être toujours le cas".

Pourtant, ce tour de vis augure mal des chances des parents du Sichuan d'obtenir réparation. Avec leurs banderoles proclamant qu'ils ont "confiance dans le parti pour rendre justice à leurs enfants", leur obstination mêlée de colère, ils ressemblent aux milliers de pétitionnaires qui, pour des terres agricoles spoliées ou polluées, des logements confisqués ou des transfusions sanguines empoisonnées, se sont lancés dans une poursuite bien aléatoire de la justice, se heurtant à une résistance qui, loin des caméras, se transforme très vite en répression politique.

Sources
Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Esclavage

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