Les données géophysiques n'indiquaient pas l'imminence du séisme meurtrier du Sichuan

Publié le par Adriana Evangelizt



Les données géophysiques n'indiquaient pas l'imminence du séisme meurtrier du Sichuan



Les premières données géophysiques concernant la région chinoise du Sichuan, frappée le 12 mai par un séisme de magnitude 7,9, commencent à sortir. Le tremblement de terre, qui a provoqué la mort de 69 000 personnes et la disparition de 18 000 autres, suscite une polémique scientifique. Dans un numéro récent de la revue Science, des chercheurs américains regrettent que les organismes chinois étudiant la sismicité et la tectonique du pays conservent leurs données au lieu de les mettre en commun.

Les critiques concernent aussi l'Administration chinoise des séismes (CEA), qui n'a pas été capable, selon eux, de fournir rapidement la bonne magnitude du séisme, contrairement à l'US Geological Survey par exemple. Ils reprochent aussi à la CEA d'avoir appareillé la faille d'Anninghe, alors que c'est celle de Beichuan qui a rompu.

" L'article de Science est un peu rude, estime Yann Klinger, spécialiste de la tectonique de l'Asie à l'Institut de physique du globe de Paris. D'autant que la faille qui a cédé n'avait pas l'air active par rapport à ses voisines." Mais le chercheur confirme, avec d'autres collègues français, qu'il y a bien une tradition de compétition entre les établissements chinois.

 

UNE CHAÎNE ATYPIQUE

 

Les scientifiques de l'empire du Milieu n'ont cependant pas tous les torts. Car " personne ne s'attendait à un séisme majeur dans cette zone frontière située entre le plateau tibétain - bordé à l'est par la chaîne de Longmen Shan - et le bassin du Sichuan", précise Julia de Sigoyer, géologue à l'Ecole normale supérieure de Paris (ENS). Car, précise la scientifique qui animait un séminaire à ce sujet, mardi 8 juillet, "cette chaîne, créée il y a 200 millions d'années, est atypique. La morphologie et la géologie montrent que c'est une zone active. Tandis que les études GPS menées depuis dix ans indiquent qu'il n'y a pas de mouvement de convergence entre deux plaques". Ce mouvement est en effet inférieur à 1 mm/an, alors qu'il s'élève à 10 mm/an sur la faille voisine d'Anninghe.

Cela a incité les chercheurs du laboratoire de géologie de l'ENS à étudier la zone située autour de la faille de Beichuan. L'arrêt abrupt de la chaîne montagneuse, où l'on passe d'une altitude moyenne de 5 000 mètres à 500 mètres, était pour eux un signe " qu'il s'y passait quelque chose". Aussi ont-ils lancé en 2005 un programme d'étude de la région en collaboration avec l'université technologique de Chengdu et celle de Hong-Hong en Chine, et des scientifiques canadiens et suisses.

Les recherches, financées à hauteur de 200 000 euros par l'ENS, le CNRS et l'Agence nationale de recherche, courent jusqu'en 2009. Elles ont permis l'installation de trente-trois stations sismiques dans la chaîne de Longmen Shan et sur le bassin du Sichuan, qui ont été enlevées... un an avant le séisme.

Les résultats engrangés par les scientifiques de l'ENS confirment que la chaîne des Longmen Shan possède de nombreux caractères atypiques. Le séisme, intracontinental, s'est produit dans une région qui n'est pas une zone de chevauchement des plaques - cause fréquente des grands séismes. Mais la chaîne se situe à la limite de deux anciennes plaques. L'étude des séismes anciens (paléosismicité) suggère que les secousses importantes y ont lieu tous les mille à deux mille ans.

La tomographie sismique a montré qu'il existe "une transition majeure" dans les couches situées à l'interface entre la croûte terrestre et le début du manteau, explique Rodolphe Cattin (ENS). L'une, à 42 km sous le bassin du Sichuan, est située à une profondeur normale, quand celle placée sous le plateau tibétain plonge à une profondeur de 62 km.

En Chine même, les observations effectuées sur le lieu du séisme par les équipes du CEA montrent qu'il a été causé par une rupture de la faille de Beichuan sur une longueur de 240 km, entraînant après coup 6 000 répliques. Au sud, le séisme a entraîné une surélévation de 4 mètres du bloc situé à l'ouest de la faille par rapport au bloc est. Dans sa partie nord, la faille a produit un déplacement longitudinal de 4 à 5 mètres. D'autres failles ont pu rompre. Il faudra mener d'autres études sur le terrain pour le confirmer. Mais pas avant la rentrée, car les visites de scientifiques étrangers sont pour l'instant interdites dans la zone du séisme.


Christiane Galus

Sources
Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt
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