L’acidification des océans rend urgente la limitation des émissions de CO2

Publié le par Adriana Evangelizt

Tout va mal et tout se suit...



L'acidification des océans rend urgente la limitation des émissions de CO2




Les émissions de dioxyde de carbone dues à l’activité humaines ne sont pas uniquement responsables de l’effet de serre. Elles ont également commencé à modifier la chimie de l’océan, que l’on qualifie souvent de berceau de la vie sur Terre. Les conséquences écologique et économique sont difficiles à prédire, mais pourraient être catastrophiques, avertit une équipe d’océanographes dans la revue Science en date du 4 juillet, et l’arrêt des modifications déjà en cours nécessitera sans doute une réduction des émissions de carbone plus marquée que celle actuellement proposée pour endiguer le changement climatique.

Carnegie Institution for Science, 3 juillet 2008

Ken Caldeira, membre du Departement de l’Ecologie Globale de la Carnegie Institution, qui a signé cette publication avec Richard Zeebe de l’Université d’Hawaï et deux co-auteurs [1] , note que les océans ont absorbé environ 40% du dioxyde de carbone (CO2) émis par l’homme au cours des deux derniers siècles. Cela a ralenti le réchauffement de la planète, mais a eu un coût certain : l’absorption de dioxyde de carbone a modifié le pH moyen, qui est une mesure de l’acidité de l’eau, à la surface de l’océan. La mesure du pH a baissé d’environ 0,1 unité par rapport aux niveaux pré-industriels. Selon le rythme et l’ampleur des futures émissions, le pH de l’océan pourrait baisser de près de 0,35 unités d’ici le milieu du siècle.

Cette acidification peut endommager les organismes marins. Des expériences ont montré que des changements aussi faibles que 0,2-0,3 unités peuvent entraver la capacité des principaux organismes marins tels que les coraux et certains planctons de calcifier leurs squelettes, qui sont construits à partir de minéraux carbonatés, sensibles à l’acidité du milieu. De vastes régions de l’océan risquent de dépasser ces niveaux de variation du pH dans le courant de ce siècle, y compris les habitats de récifs, tels que la Grande Barrière de Corail, en Australie.

La plupart des organismes marins vivent dans les eaux de surface de l’océan, qui seront également les eaux les plus vulnérables à l’acidification induite par le CO2 au cours du prochain siècle au fur et à mesure des émissions de ce gaz. Pour éviter que le pH des eaux de surface ne baisse de plus de 0,2 unités, valeur limite fixée par la US Environmental Protection Agency en 1976, les émissions de dioxyde de carbone devraient être réduites immédiatement.

« Contrairement aux prévisions des modèles climatiques, les projections concernant la chimie de l’océan sont en grande partie indépendantes du modèle utilisé sur une échelle de temps de quelques siècles », écrivent les auteurs, « principalement parce que la chimie du CO2 dans l’eau de mer est bien connue et les changements dans la chimie de l’océan en surface suivent de près l’évolution du CO2 dans l’atmosphère. »

Bien que la réaction chimique de l’océan à la hausse des niveaux de dioxyde de carbone soit relativement prévisible, la réaction biologique est plus incertaine. Le pH de l’océan et la chimie des carbonates ont été remarquablement stables depuis des millions d’années - beaucoup plus stables que la température.

« Nous savons que l’acidification des océans va endommager les coraux et d’autres organismes, mais il n’y a pas de données expérimentales sur la façon dont la plupart des espèces risquent d’être affectées », indique M. Caldeira. « La plupart des expériences ont été effectuées en laboratoire avec seulement une poignée d’individus. Même si les résultats sont alarmants, il est presque impossible de prédire comment cette acidification sans précédent aura une incidence sur des écosystèmes entiers. « La réduction de la calcification affectera certainement les coquillages comme les huîtres et les moules, ce qui entraînera des conséquences importantes pour l’activité de la pêche. D’autres organismes pourraient prospérer dans ces nouvelles conditions, mais cela pourrait inclure des espèces de « mauvaises herbes » indésirables ou des organismes porteurs de maladie.

Bien que l’accent ait été mis sur les impacts climatiques des émissions de carbone, tant pour les scientifiques que l’opinion publique, l’acidification des océans est porteuse d’une crise potentiellement grave et imminente, selon les auteurs.

« Nous devons envisager les effets des émissions de CO2 sur la chimie des océans, et non seulement les effets climatiques. Cela signifie que nous devons travailler beaucoup plus pour réduire les émissions de CO2 », observe M. Caldeira. « Alors que le doublement de CO2 dans l’atmosphère peut sembler une cible réaliste pour le climat, un tel niveau pourrait signifier la fin des récifs coralliens et autres ressources marines. »

Sur le web :

Science : Carbon Emissions and Acidification

Richard E. Zeebe, James C. Zachos, Ken Caldeira, Toby Tyrrell

Avoiding environmental damage from ocean acidification requires reductions in carbon dioxide emissions regardless of climate change.

Publication originale Carnegie, traduction Contre Info

[1] James Zachos, de l’Université de Californie, Santa Cruz, et Toby Tyrrell, Université de Southampton, Royaume-Uni

Sources Contre Info

Posté par Adriana Evangelizt

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