Nucléaire : des déchets qui se perdent

Publié le par Adriana Evangelizt

Je pensais que l'on n'avait qu'une trentaine de réacteurs nucléaires en France, on en a 58. Regardez la carte comme elle est bien estampillée. La terre a tremblé à côté de Tarbes, il y a quelques jours. Nous sommes sur une véritable poudrière. Personnellement, nous envisageons sérieusement de déménager en prévision de la Grande Catastrophe.




Nucléaire : des déchets qui se perdent


Cartographie des principales infrastructures nucléaires en France
(Source : Sortir du Nucléaire, données de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs)

 




 



 

Avec 58 réacteurs en activité, la France est le pays qui produit le plus d’électricité en Europe grâce au nucléaire. Un choix controversé, privilégié par le gouvernement pour assurer l’indépendance énergétique de la France. Le rejet accidentel de 74 kg d’uranium radioactif dans l’environnement, le 9 juillet dernier à la centrale de Tricastin dans le Vaucluse, relance la polémique sur la sécurité des sites et la gestion de leurs déchets.
Où sont les sites nucléaires en activité ? Où vont les déchets radioactifs ? Etat des lieux.


Dans la nuit du 7 au 8 juillet, une fuite sur une cuve de rétention de la centrale de Tricastin a laissé échapper 74 kilos d’uranium dans les rivières alentour. Des mesures de précautions ont été mises en place pour interdire aux habitants des abords du site de consommer l’eau, d’arroser, de pêcher ou de se baigner.

 

La fuite a pourtant été qualifiée de simple anomalie par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, organisme administratif mandaté par l’Etat notamment pour gérer les situations de crise. Sur l’échelle de 0 à 7 qui sert à noter la gravité des problèmes, Tricastin a reçu 1. Cette note a été contestée par la CRIIRAD (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) et les associations écologistes : le fait qu’il y ait dispersion dans l’environnement aurait dû justifier une note supérieure.

 

L’affaire a pris une ampleur supplémentaire lorsque l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a déclaré avoir relevé des taux de radioactivité anormalement élevés dans la nappe phréatique, qui ne peuvent être liés à l’accident. Des prélèvements effectués dans plusieurs puits et captages chez des particuliers affichent une radioactivité jusqu’à 64 microgrammes par litre (µg/l) pour le plus élevé, largement au-dessus de la limite de 15 µg/l, fixée par l’Organisation mondiale de la santé, pour les eaux destinées à la consommation.

 

“Des pollutions radioactives faibles, mais permanentes”

 

Le ministère de l’Environnement a réagi en annonçant un contrôle de toutes les nappes phréatiques aux abords des centrales. Les associations écologistes réclament un contrôle plus large de tous les sites contenant des déchets nucléaires : les sites de traitement des matières, à Cadarache, Marcoule ou la Hague par exemple…, les 200 anciennes mines d’uranium comme à Bessines, dans les Deux-Sèvres, les sites militaires et enfin les centres de stockage des déchets, notamment dans la Manche et à Soulaines.

 

En 2006, Greenpeace avait en effet relevé une concentration de 18 000 becquerels/litre, soit 180 fois la norme sanitaire européenne, dans la nappe phréatique située sous le centre de stockage de la Manche. Ce centre, qui contient plus de 570 000 m3 de déchets faiblement et moyennement radioactifs, ne reçoit plus de colis et a été mis sous surveillance depuis 2003.

Pour les associations écologistes, comme pour la CRIIRAD, où les chercheurs revendiquent une position neutre sur le nucléaire, la double pollution à Tricastin souligne l’existence de fuites permanentes et non-contrôlées dans l’environnement.

 

Si les déchets les plus dangereux font l’objet d’une surveillance accrue, certains, dont la radioactivité est moindre, ne bénéficieraient pas du même traitement. La CRIIRAD soupçonne ainsi que la contamination de Tricastin pourrait être liée à l’entreposage de 700 tonnes de déchets issus d’une ancienne usine militaire d’enrichissement de l’uranium ayant fonctionné sur le site du Tricastin, de 1964 à 1996.

 

L’activité de retraitement du combustible usagé est une autre source de pollution radioactive dénoncée par les écologistes. Elle émet des substances radioactives sous forme de gaz et de liquides (carbone 14, dont la durée de vie excède 5000 ans, Tritium, iode 129…).

 

On ne peut les éliminer totalement et ils font l’objet d’autorisations légales de rejet dans l’environnement. L’usine de retraitement de La Hague, dans la Manche, est le site qui rejette légalement la plus grande quantité de radioactivité dans le monde.

 

Pour Roland Desbordes, directeur de la CRIIRAD, la priorité va à un contrôle beaucoup plus strict et transparent de ces rejets, intempestifs ou tolérés, comme des stocks de déchets radioactifs enfouis et non surveillés. “Si la minorité de déchets très dangereux est bien contrôlée, on ne peut tolérer d’être moins regardant sur d’autres déchets sous prétexte que leur radioactivité est moindre. On soumet les gens et l’environnement à des pollutions radioactives faibles, mais permanentes”, souligne-t-il.

 

De nouveaux sites nucléaires

 

L’affaire de Tricastin survient alors le parc nucléaire français poursuit son développement. Le 3 juillet dernier, Nicolas Sarkozy a annoncé la construction d’un second réacteur EPR. Le premier est déjà en construction à Flamanville.


En plus des trois centres de stockages déjà existants pour les déchets à faible radioactivité, l’Andra s’apprête à en construire deux autres pour les déchets dits à vie longue, dont la radioactivité persiste plusieurs milliers d’années.


Deux types de déchets sont concernés :

 

- ceux issus du retraitement du combustible (plutonium, uranium appauvri) qui représentent moins de 1% du total mais sont les plus dangereux.


- ceux dits de faible activité mais à vie longue (déchets contenant du radium et du graphite).

Ils sont provisoirement stockés sur les sites de retraitement et les centrales nucléaires. Avec ces nouveaux centres, la France pourra gérer durablement la totalité de ses déchets nucléaires, affirme l’Andra.

 

À Bure, en Haute-Marne, un laboratoire a été construit en 1999, qui travaille sur des solutions d’enfouissement en très grande profondeur (plus de 500 mètres). De laboratoire, il pourrait devenir centre de stockage vers 2025 pour les déchets très dangereux.

 

Un autre site devrait ouvrir en 2019 pour l’enfouissement des déchets de longue vie, moins chargés en radioactivité, à une profondeur de 100 à 200 mètres. En juin 2008, les maires de 3115 communes situées dans 20 départements ont reçu un courrier de l’Andra les informant que leur sol était géologiquement compatible avec l’implantation du site.

 

L’Andra affirme vouloir mener une démarche “ouverte et progressive, basée sur le volontariat des collectivités locales”. Elle compte sur la manne financière qu’apporterait aux communes la construction de ce centre pour convaincre les maires. Les habitants, eux, ne sont pas encore informés de ces approches. L’Andra n’a pas rendu publique la liste des communes qu’elle a approchées.

 

Au moment même où Jean-Louis Borloo affirme vouloir “tout remettre à plat dans les dispositifs d’information et de sécurité”, on ne peut que conster qu’il y a en effet matière à progresser.

Sources
Environnement Geo

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Nucleaire

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