Les méduses pullulent: aux armes!

Publié le par Adriana Evangelizt






Les méduses pullulent: aux armes!



par Etienne Dubuis



Alerte mondiale aux envahisseurs.La prolifération générale de ces gélatineux pose le problème de la gestion des écosystèmes marins.


Les hommes n'aiment pas les méduses mais les méduses adorent les hommes. Ou, plutôt, elles se plaisent infiniment en leur compagnie. Et comment en serait-il autrement? Elles se régalent de leurs excès. La surpêche, qui réduit des populations entières de poissons et de tortues? La pollution des mers aux nitrates, aux phosphates et aux engrais agricoles, qui laminent moult espèces? Ces animaux primitifs au fonctionnement très particulier en profitent pour proliférer. 

  L'alerte est mondiale. De l'Atlantique au Pacifique, de la mer Méditerranée à la mer de Chine: partout les méduses se multiplient. Les océanologues en ont même repéré au large de l'Alaska et de l'Antarctique, dans des eaux froides où elles étaient jusqu'ici absentes. «Il y en a davantage, dans davantage d'endroits. Et là où elles apparaissent, elles restent plus longtemps, observe Delphine Thibault-Botha, maître de conférence à l'Université de la Méditerranée à Marseille. A Hawaii, par exemple, où elles se manifestaient jusqu'ici à un rythme périodique pendant quarante-huit à septante-deux heures, elles le font désormais durant trois à cinq jours.»

Or, cette prolifération pose problème. Aux baigneurs, bien entendu, qui aiment rarement se trouver en présence de cette créature flasque à la silhouette fantomatique et aux filaments empoisonnés. Si certaines sont inoffensives, beaucoup infligent en piquant de violentes douleurs. Quelques-unes, comme la méduse-boîte, la guêpe de mer et la tristement fameuse irukandji, qui fréquentent les océans Indien et Pacifique, peuvent même tuer un homme en quelques minutes.

Le phénomène, cependant, a pour principales victimes d'autres espèces marines. Tel a été le cas en novembre dernier lorsqu'un immense banc de méduses, d'une superficie de 26km2 sur 11mètres de profondeur, a fondu sur une ferme d'aquaculture de la Northern Salmon Co, pourvoyeur de poissons de la reine d'Angleterre, au large de l'Irlande du Nord. En sept heures de cauchemar, l'«apparition» a exterminé les 100000 occupants de l'installation. Sans laisser un seul survivant. L'attaque a été particulièrement spectaculaire. Mais elle n'a rien d'unique. Pareils assauts sont devenus fréquents dans différentes régions du globe, dont le golfe du Mexique où des méduses géantes s'en prennent régulièrement aux élevages de crevettes.

Les pêcheurs en haute mer ne sont pas davantage épargnés. On ne compte plus les filets déchirés par ces pesants animaux, ni les poissons capturés devenus invendables après s'être retrouvés quelques heures en tête-à-tête avec ces empoisonneuses. «Certains, coincés entre deux globes, en sortent tout aplatis», frémit Delphine Thibault-Botha.

Ailleurs encore, l'invasion est complète. Elle a transformé des petites mers partiellement fermées en «soupes de méduses». Dans la mer Noire, les cloches gélatineuses représentent désormais 90% du volume de la faune aquatique. Une réalité d'autant plus inquiétante que ces animaux décidément à part ne connaissent pas la satiété et qu'à partir d'un certain seuil, ils éliminent autour d'eux un grand nombre d'espèces en les privant de toute nourriture.

Que faire? Les stations balnéaires ont commencé à prendre différentes mesures pour écarter les indésirables et retenir leurs vacanciers. Certaines ont mis en place des systèmes d'alerte, destinés à repérer le plus tôt possible l'arrivée des invertébrés et à prévenir aussitôt les baigneurs du danger afin de leur permettre de sortir de l'eau à temps. D'autres ont été plus loin en organisant des ramassages de méduses au large au moyen de bateaux-aspirateurs. D'autres, enfin, ont pris l'initiative de ceinturer leurs plages de filets. Les Australiens en sont aujourd'hui coutumiers - et pour cause, puisqu'ils affrontent un danger mortel. Mais ils ne sont plus les seuls. Diverses villes françaises s'en sont aussi pourvues récemment.

Une petite industrie s'est créée autour du phénomène. L'entreprise Medusa Protect, créée en juillet 2007 à Monaco, assure avoir vendu cette année trois kilomètres de filets et protégé ainsi une quinzaine de zones dans le sud de la France. Le laboratoire Bioréance, basé près de Paris, affirme avoir vendu l'an dernier quelque 60 000 tubes de Médusyl, une crème censée empêcher «l'apparition du processus urticant». Et l'Allemand Seamann propose une combinaison anti-méduses en fibres synthétiques.

Ces initiatives laissent perplexe Delphine Thibault-Botha. «Je veux bien qu'on ferme des plages pour protéger les baigneurs des méduses. Mais cela signifie que l'on va entraver les mouvements d'une foule de petits animaux. Prenons garde à ce que nos solutions ne créent pas de nouveaux problèmes.»

Surtout, il reste la question de fond: la prolifération générale de ces gélatineux. En mer Noire, des océanologues ont cru trouver une solution miracle pour s'en débarrasser. Les envahisseurs appartenant à une seule et même espèce, ils en ont introduit une autre qui se nourrit de la première et ne mange qu'elle. Le raisonnement était simple: la nouvelle venue éliminerait l'ancienne puis, privée d'alimentation, disparaîtrait à son tour. Mais l'affaire a pris un tour imprévu. Et aujourd'hui, les deux espèces, on ne sait trop comment, cohabitent.

Alors? «Les méduses ne doivent pas être vues essentiellement comme un problème, philosophe Delphine Thibault-Botha. Souvenons-nous qu'avant d'être la cause de tel ou tel tracas, leur prolifération est la conséquence de déséquilibres introduits par l'homme au sein de l'écosystème marin. La première chose à faire est de corriger notre gestion des mers. Et puis, il s'agit de nous demander si ces animaux doivent être considérés comme des ennemis et rien d'autre.»

Et d'expliquer: «Bien sûr, les méduses causent des dommages importants à certains moments, à certains endroits. Mais elles sont susceptibles aussi de nous apporter du bon. Notamment de la nourriture, comme le savent les Chinois depuis des millénaires, et des médicaments, comme le pressent l'industrie pharmaceutique qui multiplie actuellement les recherches. Et puis, lorsque nous les connaîtrons mieux, nous découvrirons sans doute qu'elles apportent leur contribution à leur environnement.»





Des animaux très étranges


par Etienne Dubuis


Sont-elles des animaux? Sont-elles des plantes? La question revient souvent, tant les méduses paraissent étranges à l'homme et tant elles diffèrent des créatures qu'il a l'habitude de côtoyer.

Les méduses appartiennent bien au règne animal. Mais à l'embranchement très ancien et très primitif des cnidaires, qui regroupe des êtres essentiellement marins dont certains sont libres, comme elles, et d'autres fixes, comme le corail et les anémones de mer.

Ces créatures manquent de tout ce qui constitue généralement pour nous un être évolué. Elles n'ont pas de tête et pas de cœur. Et la plupart sont privées d'yeux: elles ont pour tout organe visuel des ocelles, qui leur permettent tout juste de discerner de vagues ombres à très faible distance. Pire encore pour tout homme civilisé habitué aux notions de pur et d'impur, le même orifice sert de bouche et d'anus à ces gélatineux.

Composées d'une calotte appelée «ombrelle» et d'un axe vertical fixé au centre de sa face inférieure, les méduses sont pourvues de tentacules, elles-mêmes équipées d'aiguillons. Des armes redoutables qui leur permettent d'empoisonner efficacement leur proie.

Mais, bien équipées pour blesser, ces bêtes sont très limitées dans leur déplacement. Elles peuvent monter et descendre dans l'eau grâce à la contraction des muscles de leur ombrelle, mais elles n'ont pratiquement aucun moyen de se déplacer horizontalement. Sur cet axe, elles n'ont d'autre choix que de se laisser transporter par les courants.



Sources Le Temps

Posté par Adriana Evangelizt
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