En Alaska, la fièvre de l'or noir divise la communauté des Esquimaux Inupiats

Publié le par Adriana Evangelizt



En Alaska, la fièvre de l'or noir divise la communauté des Esquimaux Inupiats


Vue du ciel, une vaste plaine de terre noire et d'herbes folles plonge dans la mer. En fond de décor, une chaîne de montagnes gigantesque bouche l'horizon. C'est là, dans ce grand nord de l'Alaska, à quelques kilomètres de la frontière canadienne, que Sarah Palin, la gouverneure de l'Etat et colistière républicaine de John McCain, veut creuser le sol pour en faire jaillir le pétrole. Bienvenue dans la "zone 1002", l'Artic National Wildlife Refuge (ANWR). Ce parc, dont la seule présence humaine se limite aux quelque 300 Esquimaux Inupiats du village de Kaktovik, divise les défenseurs de l'environnement et les partisans d'une exploitation des ressources de la réserve, moyen selon eux de desserrer la dépendance des Etats-Unis envers le brut moyen-oriental.

Un débat récurrent depuis près de vingt ans, lorsque la production de pétrole des gisements de l'Alaska a donné ses premiers signes de ralentissement. A deux reprises, le président George Bush, soutenu par les groupes de l'industrie pétrolière tels Exxon, Shell et Conoco Phillips, a tenté d'obtenir du Congrès l'autorisation de forer sur place. Chaque fois, le projet a été repoussé à quelques voix près.

A terme, selon les projections de l'actuelle administration, l'ANWR pourrait fournir un million de barils par jour pendant une trentaine d'années, soit l'équivalent d'un peu moins de 4% des importations américaines. Sarah Palin, reprenant les arguments développés par George Bush, promet une exploitation "responsable", soucieuse des équilibres écologiques et n'affectant qu'une "petite partie" de la réserve en bord de mer.

Ces propos scandalisent les organisations écologiques. "Il faudra sept à dix ans de travaux avant d'obtenir les premières gouttes de cet or noir et la baisse du prix à la pompe ne sera que de quelques cents, souligne Peter Van Tuyn, avocat d'Anchorage. Nous serons toujours dépendants du pétrole avec en plus de nouveaux pipelines, des nuisances qui bouleversent l'équilibre de la région et un risque accru pour l'Alaska de devenir un théâtre de pollution majeure."

FUITES TOXIQUES

A Nuiqsut, premier village inupiat situé à une heure d'avion à l'ouest de Kaktovik, la querelle est dépassée. Ici, autour des baraquements sur pilotis plantés au milieu d'une toundra, les forages distants d'à peine quelques miles pompent sans discontinuer. Voilà un peu plus de dix ans que les 450 habitants ont accepté de louer leurs terres aux compagnies pétrolières. Dix ans d'exploitation payée environ 5 000 dollars de royalties par famille et par trimestre, en sus du gaz gratuit. Et de l'essence à très bas prix (3,75 dollars le gallon) pour alimenter les 4×4 qui tournent sans fin autour du village, faute de routes praticables.

"Ils ont commencé sans vraiment nous prévenir, indique James Taalac, 38 ans, chargé de la sauvegarde culturelle de la communauté en liaison avec l'industrie pétrolière. Les vieux se sont d'abord battus avant d'en accepter le principe. C'était inévitable… Cela a aidé notre économie et modernisé le village. D'autres s'en sortent moins bien." Il reconnaît toutefois que certains Inupiats voient dans l'extraction du pétrole une source de nuisance pour l'environnement et leur culture traditionnelle.

Au total, au moins 6 000 puits ont été forés dans cette région qui s'étend jusqu'à Prudhoe Bay, point de départ de l'oléoduc traversant l'Alaska, du nord au sud, jusqu'à Valdez. Deux plates-formes off shore British Petroleum ont vu le jour et 2 000 kilomètres de pipeline ont poussé en plein air, formant un des plus grands complexes industriels au monde. "Nous sommes devenus dépendants de cette industrie en moins d'une génération", explique un chasseur inupiat.

D'après les sociétés exploitantes, il y aurait une centaine de fuites toxiques par an ; des poissons contiendraient des taux élevés de PCB; des terres seraient chargées de baryum, de chlorate et de benzène ; la faune sauvage diminuerait, gênée par la pollution sonore des installations et les pipelines.

"Ils nous avaient promis cinquante emplois par an, rappelle amèrement Rosemary Ahtuangaruak, membre du conseil régional tribal de Nuiqsut. Nous ne les avons jamais eus." Cette figure locale liste les répercussions sanitaires et sociales depuis l'arrivée du pétrole. L'asthme, dû aux fumées toxiques, touche pratiquement un membre par foyer. Le nombre de dysfonctionnements de la thyroïde est élevé. D'autres indicateurs renvoient l'image d'une communauté sous tension : vandalisme, violence domestique, abus d'alcool et de drogue sont en hausse constante. "Nous avons perdu le contrôle, nous ne pouvons pas arrêter ces activités", glisse-t-elle.

Nicolas Bourcier

Sources
Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans PETROLE GAZ VIDEO

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