W. d'Oliver Stone - Bush portrait au couteau + video

Publié le par Adriana Evangelizt

Qu'un individu comme Bush puisse peser sur le monde pour n'y apporter que chaos et malheur, prouve la décadence de notre "civilisation".  Une humanité éclairée n'aurait jamais porté au pouvoir des engeances aussi nuisibles. Bush n'est pas le seul, notre planète en est truffée. Aussi va-t-elle se charger d'un bon nettoyage pour nous en débarrasser.





«W.», un brûlot d'Oliver Stone

Bush portrait au couteau




A quelques semaines de l'élection américaine, le réalisateur de «JFK» et de «Nixon», qui espère voir gagner Barack Obama, signe «W.», un film dévastateur pour George W. Bush.

De notre envoyé spécial aux Etats-Unis


Sapristi ! Comment un gnafron pareil a-t-il pu être élu ? Il prie avant chaque conseil des ministres, profère des inepties au kilomètre, s'en remet au Très-Haut systématiquement, se gave de chips et de cacahuètes, possède le QI d'une palourde à marée basse et dirige le pays le plus puissant du monde. Voilà, en quelques lignes, résumée la question qu'on se pose en voyant «W.», cinglant portrait de George Walker Bush, 43e président des Etats-Unis. Le film, uniquement fondé sur des événements authentiques et des dialogues réels, est une peinture au couteau : l'acteur qui joue Bush, Josh Brolin, est si ressemblant qu'on s'y tromperait. Quand il tient une conférence de presse, qu'il joue avec le chien, qu'il déclare sa flamme à sa future épouse ou qu'il exige qu'on trouve des arguments pour envahir l'Irak, pas de doute : c'est bien George W. Bush qui est là devant nous, consternant, drôle, terrifiant. Oliver Stone, le metteur en scène, n'y va pas avec le dos de la cuillère : jamais on n'avait fait un film aussi brutal, un pamphlet aussi virulent sur un chef d'Etat en fonction. Au cinéma du moins. Avec «W.», l'Histoire s'empare du personnage : désormais, c'est réglé, George W. Bush est entré au Parthénon des ânes.
C'est gai : on sent, derrière la caméra, la jubilation de Stone. Voyez les conseils des ministres : après une courte supplique au bon Dieu, le cirque commence. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, s'en prend à Colin Powell, secrétaire d'Etat, tandis que Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale, opine du bonnet, soumise. Dans un coin, Karl Rove, secrétaire général adjoint à la présidence, et Dick Cheney, vice-président, s'affrontent : tous les deux sont machiavéliques. Tout ce petit monde se mesure, se jauge, se scrute, les uns poussant pour la mainmise mondiale des Etats-Unis, les autres cherchant la voie du Seigneur : c'est le bal des hypocrites, le tango des culs-bénits. Ce serait hilarant si ce n'était tragique. Voir ces fanatiques, ces bigots, ces républicains ultraconservateurs se demander s'il faut attaquer l'Afghanistan ou reprendre de la tarte aux pommes, quelle leçon de civisme ! Comme le dit Bush après l'attentat des tours jumelles : «Il faut y aller. Les Américains veulent du sang.»

Pour la première fois, un homme de pouvoir est l'objet d'un film alors qu'il est encore en exercice. On voit le but d'Oliver Stone : bousculer les élections, montrer le président à nu. Il reprend donc la biographie officielle : au début, George W. Bush était un bon à rien, un mauvais à tout. Avec une préférence marquée pour le bourbon, la bière et la flemme, notre homme a été le désespoir de son père, George Bush le Ier. Celui-ci, homme politique consciencieux, avait tout planifié : la carrière de Jeb Bush, le fils aîné, et son accession à la Maison-Blanche. On aurait eu ainsi une dynastie Bush comme il y a eu une dynastie Kennedy. Las ! Dans les années 1980, c'est l'alcoolique, le cossard, le bouffeur de bretzels qui a la vocation : en même temps qu'il entend la voix du Père céleste lui intimer l'ordre de se refaire une santé, George W. Bush se persuade de sa vocation. Il veut être président. Il le sera. Son frère Jeb, l'héritier désigné, restera dans l'ombre. C'est que W. a une qualité importante : il parle comme un gars du peuple, il raisonne comme un épicier du Texas, il est le voisin de palier, l'interlocuteur de bistrot, l'homme de la rue. Les électeurs l'aiment bien. George W. Bush n'est pas intello comme Al Gore, méprisant comme John Kerry ou glacial comme Hillary Clinton. Il est normal, moyen. Il mange avec les doigts et s'essuie sur la nappe.

Dans «W.», il n'y a pas un plan où W n'avale pas quelque chose. C'est un drogué de la bouffe : sandwichs, steaks, amuse- gueule, il a tout le temps la bouche pleine. Il ne mange pas, il rumine. A tel point qu'un biscuit salé aura presque raison de lui. Le XXIe siècle aurait-il mieux commencé si W. était mort étouffé par ce fameux bretzel ? Qui sait ? Oliver Stone s'amuse à filmer le futur candidat gisant sur le sol, lèvres entrouvertes, sa cannette de bière répandue sur la moquette. Voilà pour la jeunesse du bonhomme. La seconde partie de sa vie est encore plus inquiétante : à tout prendre, on préférait le pochetron à l'illuminé. On le voit dans le film agenouillé, recevant l'onction du révérend Earle Hudd et découvrant la grâce. George W. Bush est un born-again, un méthodiste aussi prosélyte qu'un taliban. La séparation des Eglises et de l'Etat, connaît pas. Il y a l'«axe du Mal» et «nous». Accessoirement, le film raconte comment est apparue cette expression ahurissante.

Avec «W.», le cinéma politique entre dans une nouvelle phase : autrefois, il y avait des documentaires militants (Michael Moore, Robert Drew, D. A. Pennebaker), des parodies («Milhouse», d'Emile de Antonio), des dénonciations ciblées (le Vietnam, la mondialisation, la répression des mouvements de gauche). Mais jamais on n'avait vu une biographie aussi acerbe filmée alors que le patient n'est pas encore raide (sauf, brièvement, dans «The Queen», de Stephen Frears). Oliver Stone est un cinéaste partagé entre le besoin de combattre et l'envie de signer le Grand Film américain. Il est à la fois l'héritier de David W. Griffith et l'admirateur de Norman Mailer : même ambition, même vision grandiose. Depuis ses débuts avec «Platoon» et «Salvador», il attaque l'Amérique bien-pensante. Avec «JFK», «Nixon» et «Comandante» (son documentaire sur Castro), il a montré la face d'ombre de «l'Empire». Et il y a deux ans, dans «Alexandre», il a décrit la décomposition d'une civilisation conquérante.

 Conclusion logique : George W. Bush est l'incarnation suprême de l'impérialisme yankee, un fin de race au sang pauvre et à l'intellect atrophié. L'Histoire a accouché d'un clown.

Sources
Le Nouvel Observateur 

Posté par Adriana Evangelizt
 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article