Le nucleaire responsable du génocide touareg ?

Publié le par Adriana Evangelizt



C'est la fin du peuple touareg


La Thionvilloise Elisabeth Matz-Verret, fondatrice de l'Ami du Vent, crie son effroi devant le sort fait aux Touaregs du Niger, victimes de l'exploitation effrénée de l'uranium.
« Dans 20 ans maximum, les nappes phréatiques de la région de l'Aïr et du Ténéré seront totalement épuisées »

 « Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part », murmurait le Petit Prince de Saint-Ex'. Les puits, le désert, Elisabeth Matz-Verret connaît. En 1998, sur un énorme coup de cœur, elle fondait à Thionville « L'Ami du Vent », agence d'itinérance au désert qui privilégie « les échanges vrais entre les hommes » et les « voyages porteurs de sens ». Quelques années plus tard naissait Aman Iman (« L'eau, c'est la vie », en tamacheq, la langue touarègue), action d'aide aux Touaregs du Niger.

Grâce aux dons, des dizaines de puits ont pu être installés au cœur des sables. Elisabeth, la « petite marchande de sable » au grand cœur et aux yeux d'enfant, est tombée sous le charme des hommes bleus. Tout particulièrement ceux de l'Aïr et du Ténéré. « En Algérie, les Touaregs s'occidentalisent : à Tamanrasset, tous ont un portable à l'oreille. Au Mali, les caravanes de sel sont assurées par des camions. Les Touaregs du Niger, eux, sont restés au plus près de leurs traditions, avec une vraie dignité, une vraie présence à l'autre. A mes yeux, ils étaient les derniers vrais témoins du monde touareg ».

 

Trois millions d'hommes

Ces Touaregs - qui représentent 20% de la population nigérienne, soit près de 3 millions d'hommes - Elisabeth nourrit les plus vives inquiétudes à leur sujet. Elle est « effondrée» par ce qui se passe au Nord Niger, depuis qu'en février 2007, une nouvelle rébellion touarègue a éclaté dans l'Aïr, au nord-Est d'Agadez. Les revendications du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) sont claires : instauration d'une vraie démocratie, lutte contre la corruption dans la classe dirigeante, juste répartition des richesses minières de leur sous-sol.

Parmi ces richesses, il y a le pétrole (à la frontière libyenne) et surtout l'uranium, dans le massif montagneux de l'Aïr. Le Niger, l'un des pays les plus pauvres du monde, en est aussi le 3e producteur mondial. De l'Aïr, le groupe AREVA, leader mondial de l'énergie nucléaire, extrait le tiers de l'uranium alimentant les centrales françaises. « Comme si cela ne suffisait pas, en juin », explique Elisabeth Matz-Verret, « le président Mamadou Tandja a vendu 38 autres concessions à des multinationales indiennes, canadiennes, australiennes et surtout chinoises. La plupart sont dans l'Aïr où vivent les Touaregs qui se voient chassés de la terre de leurs ancêtres. Cela provoque d'énormes mouvements migratoires vers les grandes villes. Les Touaregs vendent les trois ou quatre biquettes qu'ils possèdent et finissent dans les bidonvilles d'Agadez ou Arlit où ils meurent de faim. Mais le plus dramatique est le pompage gigantesque de l'eau dans les nappes phréatiques par les sociétés exploitant l'uranium, notamment pour laver le minerai. Selon des spécialistes de l'hydraulique, dans 15 à 20 ans maximum, ces nappes de la région de l'Aïr et du Ténéré seront totalement épuisées et toute vie y aura disparu ».

L'avenir ? La Thionvilloise ne se fait pas d'illusions. « Les enjeux financiers sont tellement énormes... C'est la fin du peuple touareg ! ». Et elle jette innocemment, à la face du monde, cette question de Mano Dayak qui avait mené la première rébellion touarègue, de 1990 à 1995. « Faut-il qu'un peuple disparaisse pour savoir qu'il a existé ?».

Sources
Notre Planète

Posté par Adriana Evangelizt

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