Idées reçues sur la surpopulation

Publié le par Adriana Evangelizt



Argumentaire

Idées reçues sur la surpopulation


Dix questions/questions sur la surpopulation, et quelques compléments utiles. Extrait du Permanences n°396.
Nous sommes trop nombreux sur la terre, aussi faudrait-il limiter les naissances.

Soyons clairs : au-delà d’une expression vague, qui frappe effectivement les esprits, le thème de la surpopulation, qui concerne le rapport des hommes avec les territoires, est d’une grande complexité.

Un certain nombre d’analyses sont disponibles, mais la médiatisation du sujet y fait peu référence : l’information reste très insuffisante et le risque de se laisser abuser est réel. Il est nécessaire de faire le point afin d’éviter toute désinformation.

La surpopulation ne serait-elle qu’un mythe ?

Oui et non ! Tout dépend de ce que l’on entend par là. La désinformation commence par l’utilisation d’un vocabulaire piégé.

La surpopulation est une crainte qui remonte à la nuit des temps, avec des poussées de fièvre périodiques. La dernière s’est déclarée à l’occasion de la conférence du Caire, au milieu des années 90 ; la précédente datait des années 70, lorsque le club de Rome a lancé le slogan de la "croissance zéro".

Mais il convient de dépasser le caractère émotionnel contenu dans l’expression pour en préciser la signification et déterminer si son utilisation est appropriée.

Ne serait-il pas plus simple de donner une définition ?

Justement, il n’en existe pas de précise ! Nous pouvons seulement dire qu’il s’agit d’une notion statique, renvoyant à une question qui, elle, est précise : les hommes occupant un territoire ont-ils, sur le plan économique en général, intérêt à être plus ou moins nombreux ? Le caractère statique renvoie au fait que l’appréciation permettant de répondre à la question est portée à un moment donné, sans se soucier de l’avenir.

La préoccupation est claire ; comment cela se passe-t-il en pratique ?

C’est là que réside toute l’ambiguïté : 

-  il est facile de s’accorder pour dire qu’un territoire est surpeuplé à partir du moment où l’on estime que les individus qui y résident seraient plus à l’aise, disons plus "riches", s’ils étaient moins nombreux ; 

-  c’est pourquoi tous les tests de surpeuplement reposent sur le manque de quelque chose (de nourriture, d’emplois, d’espace, etc.) ; 

-  pourtant, rien ne permet d’affirmer que l’utilisation de ces différents critères aboutit à un diagnostic unique...

Ainsi, parler de surpopulation sans indiquer par rapport à quoi n’a aucun sens.

Dans ces conditions, que faut-il faire ?

Quand aucun critère ne s’impose, la bonne démarche consiste à procéder par recoupements afin de cerner la réalité au plus près.

Mais ces précautions ne sont pas encore suffisantes. Prenons l’exemple, rencontré dans diverses régions du monde, d’une consommation alimentaire par habitant ne répondant pas aux besoins physiologiques. Avant de parler de surpopulation, il faudrait vérifier que la sous-alimentation ne concerne pas une partie seulement de la population, ce qui signifierait alors qu’elle s’explique par le régime social en vigueur. De même faudrait-il s’assurer que le départ d’une partie de la population améliorerait effectivement la situation de ceux qui restent. En d’autres termes, il ne faut pas confondre concomitance et causalité.

Enfin, il faut considérer l’aspect opérationnel, en s’interrogeant sur l’utilité pratique de la notion de surpopulation. Or, au-delà de sa capacité descriptive et évocatrice, elle apparaît limitée. Pour le montrer, remarquons qu’il y a deux façons d’exprimer le fait que les ressources sont insuffisantes pour répondre aux besoins de la population : les uns diront que le territoire est surpeuplé, les autres qu’il est sous-développé...

N’est-ce pas jouer sur les mots ?

Pas du tout ; il ne s’agit ni de sémantique, ni d’une querelle de vocabulaire. Derrière les mots, il y a des attitudes très différentes.

Dans le premier cas, on laisse penser que la population est responsable des difficultés rencontrées ; mais comme on ne peut pas supprimer les personnes présentes, on déplace le problème en disant qu’il faut les empêcher de procréer ; cela n’a évidemment rien à voir dans la mesure où une population peut être trop nombreuse à un moment donné sans que son renouvellement soit suffisant pour assurer son avenir ; seule une analyse dynamique (et non pas statique) permettrait d’aborder une question concernant le futur.

Ce qui veut dire qu’on ne peut prétendre sérieusement que la planète est menacée par la surpopulation ?

Certainement, ou plus exactement aucun argument sérieux ne permet de justifier la peur que cette question traduit.

La seconde expression, celle de sous-développement, révèle une optique plus positive puisqu’elle revient à chercher les moyens (politiques, sociaux, culturels, économiques, etc.) de satisfaire la population existante.

En définitive, si ponctuellement il est possible de dire qu’un espace est surpeuplé (le métro aux heures de pointe, une plage de la Côte d’Azur en plein mois d’août !), cela ne permet pas de dégager des solutions pour l’avenir. La notion de surpopulation n’a aucun caractère opérationnel.

Elle ne sert pas à grand chose, mais permet au moins de décrire un fait ; ce n’est pas si mal.

Eventuellement ; mais il arrive surtout que l’emploi du terme cache la réalité profonde, à savoir l’insuffisance de la fécondité pour assurer l’avenir justement. Dans ce cas, nous devons effectivement parler de "mythe de la surpopulation".

D’un point de vue scientifique, nous pouvons dire qu’il y a abus de langage depuis qu’a été analysé le phénomène de transition démographique. Ce dernier permet, d’une part d’expliquer la croissance exceptionnelle des populations à un moment très précis de leur histoire, d’autre part de fonder l’hypothèse d’une stabilisation de la population mondiale. C’est le schéma le plus souvent retenu par les experts des Nations Unies.

Il est d’ailleurs dépassé, et pas dans le sens habituellement mis en avant : l’inconnue la plus forte concerne en fait ce qui se produit dans la période post-transitionnelle ; la situation observée dans les pays industrialisés suggère de ne pas écarter trop vite le risque d’une implosion. Nous sommes bien loin de la surpopulation.

Pourtant, certains pays en développement peuvent être confrontés à des difficultés liées à une croissance trop rapide de leur population.

Bien entendu ; les réserves et mises en garde qu’une analyse rigoureuse nécessite de faire n’empêchent pas qu’une augmentation accélérée de la population puisse rendre plus difficile le maintien d’un niveau élevé d’équipement par travailleur.

Il n’en est pas moins vrai que la généralisation de cette perspective aux économies développées dont la population croît lentement est problématique... et cela d’autant plus que l’impact positif de la population sur le plan qualitatif est généralement ignoré.

Alors, quelle leçon faut-il retenir ?

Toutes ces questions relatives aux liens entre la population, la croissance et le niveau de vie ne font l’objet d’aucun consensus [1]. Sur le plan théorique, la question est loin d’être tranchée dans un sens ou dans l’autre de façon convaincante. Le fond du problème est bien que le développement économique n’est jamais le résultat d’un processus mécanique ; il se fait par des hommes et pour des hommes. C’est en plaçant les rapports humains au centre de l’économie que celle-ci surmontera les défis qui lui sont posés.


Chiffres-clés : L’accroissement démographique mondial

  - En 1750, on évalue la population mondiale à 750 millions d’êtres humains.

  - En 1800, elle est estimée à 954 millions de personnes.

  - Elle dépasse pour la première fois le milliard au cours du XIXème siècle.

  - Elle atteint 1.634 millions au 1er janvier 1900.

  - Le Population Reference Bureau estime la population mondiale à 5,607 millions en 1994.

  - En 1999, la barre des 6 milliards d’hommes sur la terre est franchie.

Soyons sérieux

L’idéologie malthusienne utilise des clichés émotionnels forts pour frapper les esprits, présentant sur l’ensemble de la planète des populations surnuméraires entassées avec un espace vital extrêmement réduit.

"Peut-être faut-il rappeler plus sérieusement que pour concentrer toute la population du monde sur un espace où chacun ne disposerait que d’un mêtre carré, il suffirait d’occuper l’équivalent d’un département français moyen" !...

J.D.Lecaillon, La Nef, juin 1996.

Saviez-vous que...

"De l’avis même de la FAO (Food and Agriculture Organization) et du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population), dont on connaît l’action pour le contrôle démographique, il y a actuellement plus qu’assez de nourriture pour alimenter la planète. Le problème essentiel n’est ni d’ordre démographique ni d’ordre agronomique ; il est de nature morale, politique et organisationnelle".

Père Michel Schooyans, in La Nef, juin 1996.


"Il y a quelques années seulement, les spécialistes attendaient une population mondiale d’au moins 12 milliards pour le siècle prochain. Les mêmes estiment aujourd’hui qu’elle devrait plafonner à 8 milliards au mieux, avant de baisser à partir de 2050 ou même avant".

Jean-Paul Dufour, Le Monde, 31 octobre 1996.

Politiquement correct

"Quelles sont les manifestations du politiquement correct dans le domaine démographique ? D’abord, le silence des organes de presse de la Communauté européenne qui est la région du globe où le déficit démographique est le plus fort. L’indice de la fécondité européenne qui est de l’ordre de 1,4 à 1,5 est très faible, plus faible que l’indice japonais, et cela fait deux dizaines d’années qu’on est dans cette situation. D’ici quelques années, le nombre des décès va l’emporter sur le nombre des naissances. Trouve-t-on quelque chose sur ce sujet dans les journaux ou les communiqués de presse venant des organismes communautaires ? Rien. (...) De ce phénomène qui est essentiel et qui va à long terme modifier radicalement le poids et la compétitivité de l’Union européenne (...) on ne parle pas. Il y a une sorte de volonté de dissimuler ces réalités alors que dans le langage à la mode chez les experts, on dit que c’est un fondamental".

Jean-Claude Chesnais, démographe, Le crépuscule de l’Occident, Robert Laffont, 1995.

Question de bon sens

"S’il est prouvé qu’aucun pays ne s’est jamais développé dans une phase de stagnation démographique, il est par conséquent erroné d’attribuer le sous-développement de certains pays à la croissance démographique. Il convient plutôt d’examiner si ces pays ne sont pas dotés de systèmes économiques, juridiques, politiques et sociaux injustes, les empêchant "d’accueillir" la croissance démographique."

A.S. BOURDIN, "Famille chrétienne" n°950, 28 mars 1996.


"Combien d’hommes y aura-t-il sur la terre à la fin du XXIème siècle ? L’ONU, (...) a révisé son pronostic à la baisse il y a quelques mois. Elle prévoit qu’il faudra plus d’un siècle pour assister au doublement de la population actuelle. La barre des 12 milliards ne devrait pas être touchée avant 3020 et nous serons presque9 milliards en 2050. "Nous devrions sans grand risque de se tromper être 9,5 milliards autour de 2050", estime pour sa part Jacques Vallin, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Lorsque le monde a atteint la barre des 6 milliards d’habitants en 1999, c’est après avoir vu sa population multipliée par quatre en cent ans. Pareille explosion ne devrait donc pas se répéter : nous ne serons pas 25 milliards en 3000."

Lucas DELATTRE, "Le Monde", 10 novembre 1999.


"On souligne souvent le caractère explosif de l’évolution démographique, justifiant ainsi des mesures anti-familiales. Or, le rapport de l’ONU souligne que l’accroissement démographique mondial ralentit régulièrement, et que l’explosion attendue n’aura pas lieu. Le taux d’accroissement annuel de la population, qui était de 2% il y a trente ans, est tombé à 1,4%. Même en valeur absolue, l’accroissement annuel de 80 millions de personnes est inférieur au maximum de 92 millions de 1992. Les prévisions de population ne cessent de se réduire : elles devraient atteindre 9 milliards de personnes en 2050, alors que les chiffres les plus fantaisistes circulaient encore il y a peu".

Professeur Jean-Yves NAUDET, "France Catholique", 24 septembre 1998.

Le malthusianisme

Thomas Robert Malthus (1766-1834), pasteur protestant anglais. Très préoccupé par la misère du peuple anglais, suite à la révolution industrielle, il élabore une théorie selon laquelle l’accroissement de la population, qui est géométrique, sera toujours supérieur à celui des moyens de subsistance, qui est arithmétique. "Un homme qui naît aujourd’hui, arrive dans un monde déjà plein ; au grand banquet de la nature, il n’y a point de couvert disponible pour lui ; elle lui ordonne de s’en aller, et elle ne tardera pas elle-même à mettre son ordre à exécution, s’il ne peut recourir à la compassion de quelques convives du banquet. Si ceux-ci se serrent pour lui faire de la place, d’autres intrus se présentent aussitôt, réclamant les mêmes faveurs. (...) L’abondance qui régnait précédemment se change en disette et la joie des convives est anéantie par le spectacle de la misère et de la pénurie qui sévissent dans toutes les parties de la salle, et par les clameurs importunes de ceux qui sont, à juste titre, furieux de ne pas trouver les aliments qu’on leur avait fait espérer" (in Essai sur le principe de population, 1798).

[1] Sur ce thème, et pour une présentation synthétique des arguments en présence comme des résultats des principales études, on pourra se reporter à J.D.Lecaillon, Démographie économique-Analyse des ressources humaines, LITEC, 1992, chapitres VII et VIII en particulier, pp. 187-236.

Sources :
ICHTUS

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Deliquescence Humaine

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