Des chercheurs aixois tentent de prévenir un séisme majeur en Turquie

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

 

Des chercheurs aixois tentent de prévenir un séisme majeur en Turquie

Comme une célèbre boisson à la pulpe d'orange, lorsqu'une faille sous-marine est secouée par un tremblement de terre, il peut se produire un dégagement de gaz; phénomène plusieurs fois observé dans les zones à forte activité sismique. Ce fut notamment le cas lors du terrible séisme survenu en 1999 dans le golfe d'Izmit (30 000 morts). Mais la grande question est de savoir si de tels dégagements se produisent avant un tremblement de terre. Si tel devait être le cas, il serait alors possible d'anticiper la catastrophe en détectant l'apparition des bulles annonciatrices. Pour cela, les scientifiques disposent d'un outil étonnamment simple: un sondeur utilisé d'ordinaire par les pêcheurs pour repérer les bancs de poissons. Car le sondeur ne détecte le plus souvent non pas l'animal lui même mais l'écho des bulles d'air contenues dans sa vessie natatoire. Restait à valider cette technique, si possible dans une zone sismique sensible. Mission que des chercheurs du CNRS et de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) ont réalisé en juin 2007, au fond de la mer de Marmara, le long de l'immense faille nord-anatolienne qui borde Istanbul. La mégapole de 12 millions d'habitants vit en effet sous la menace constante d'un tremblement de terre majeur, associé ou non à un tsunami.

Baptisé MarNaut et largement ouvert aux coopérations internationales, ce programme de recherche associait principalement l'Université technique d'Istanbul qui possède l'expertise sur la géologie et l'historique sismique de la région, et l'Institut italien des sciences marines (ISMAR), à Bologne, qui a beaucoup travaillé sur le séisme de 1999. Sur place, l'opération était pilotée par Pierre Henry, Tiphaine Zitter et Xavier Le Pichon, trois scientifiques provençaux appartenant à l'équipe de géodynamique du Collège de France et au Centre européen de recherche et de l'enseignement de géosciences de l'environnement (Cerege) basé sur l'Europôle méditerranéen de l'Arbois. Recueillis grâce aux équipements de pointe embarqués sur le navire de l'Ifremer "Atalante" et le submersible "Nautile", les résultats de cette campagne viennent d'être publiés par Louis Geli (Ifremer) dans la prestigieuse revue Earth and Planetary Science Letters. Ils sont spectaculaires, prometteurs mais aussi très inquiétants.

"Le gaz est essentiellement du méthane produit par les bactéries qui dégradent les boues des sédiments, précise Pierre Henry, directeur de la mission MarNaut. Ce méthane s'échappe en remontant le long des failles. Avant, pendant et après un tremblement de terre, des tensions très fortes se produisent, lesquelles entraînent des déformations de la croûte terrestre. Les failles libèrent alors les gaz emprisonnés. Malheureusement, l'importance des déformations n'est jamais la même et toute la difficulté est d'interpréter correctement les phénomènes précurseurs".

Or le seul endroit où aucun dégagement de bulles n'a été observé au cours de la mission MarNaut se situe précisément au sud d'Istanbul, à moins de 20 km du rivage. Considérée comme la plus dangereuse, cette portion de la faille n'a pas cédé depuis le dernier séisme qui l'a affecté, en 1766... On peut donc penser qu'en l'absence de secousses, les fissures dans la roche ont été bouchées par les sédiments et les gaz qu'elles retiennent seront expulsés lors du prochain séisme. Mais les scientifiques turcs, français et italiens n'ont pas l'intention de rester les bras croisés en attendant que se produise l'inéluctable.

"Dès l'an prochain, des sismomètres vont être installés le long de la faille et connectés par câble à la côte, explique Pierre Henry. Pour la première fois au monde, un réseau sera mis en place de manière durable sur une faille active au fond des mers; le but de notre projet est d'utiliser les capacités de ce réseau pour y ajouter des capteurs d'émissions de fluides" . Des fluides constitués pour l'essentiel des fameuses bulles de gaz, mais aussi parfois d'eau saumâtre piégée lors de la dernière glaciation, quand la mer de Marmara n'était encore qu'un immense lac.

Sources La Provence

 

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Catastrophes

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