Sud-Ouest : 1999-2009 : le même vent de cauchemar

Publié le par Adriana Evangelizt

Alors je pose un article de Sud-Ouest qui parle pas mal du Bassin d'Arcachon, il y a de nombreuses photos sur le site et aussi des videos prises sur le tas,ICI.


1999-2009 : le même vent de cauchemar



Au Pyla, les pompiers dégagent la voie alors même que la tempête n'est pas terminée. (photo th. David)

Ça commence par un couinement. Modulé dans les aigus, il s'infiltre par les interstices des portes et des fenêtres. Ça court sur le toit, comme si une escouade de souris était poursuivie par une chouette. Mais il n'y a ni souris ni chouette. Juste des tuiles qui glissent les unes sur les autres. Il est 4 h 10 dans le quartier des Chartrons, à Bordeaux, et la tempête tient déjà la ville serrée dans son poing.

Elle ne la lâchera plus avant longtemps et lui assènera une pointe à 162 kilomètres-heure. Ses habitants l'ont compris, qui restent terrés au petit matin. Dans les rues désertes, c'est la canonnade. Des coups sourds et lointains, des cliquetis, des tôles qui claquent rue d'Aviau, où l'échafaudage des Archives départementales frémit sous les bourrasques. Le vent mollit parfois. Cours d'Alsace-et-Lorraine, on l'entend revenir de loin. Il rugit à Pey-Berland en s'engouffrant dans ce couloir à vent.

À l'approche, il dessine des ridules dans la fine pellicule d'eau qui recouvre la chaussée. Il faut visser les pieds au sol pour résister à l'impact.

À 8 h 30, un court répit s'installe. Sur les quais de Bordeaux, on voudrait croire au retour à la normale si la Garonne, crénelée de moutons, ne venait lécher le haut des digues. Les dégâts sont incontestablement moindres qu'en 1999 alors que le vent cogne à des vitesses semblables. Les tuiles, les chéneaux et les objets volants se font rares en centre-ville. Comme si le bâti avait été assaini suite à la catastrophe du siècle précédent, et les toits calibrés pour tenir le choc du mieux possible.

9 h 30, Lacanau-de-Mios

Vers le sud et le bassin d'Arcachon, l'autoroute est vide, ou si peu remplie. Les poids lourds restent sagement alignés sur les aires de repos. Un peu plus loin, l'A 63 est coupée par un arbre. Il faut sortir et prendre vers Marcheprime, par la nationale. Mais, là aussi, un pin coupe la voie. Romain est là, qui vient de franchir l'obstacle à pied. « J'étais dans le train de nuit à destination d'Hendaye qui est resté bloqué en gare de Facture. J'ai préféré partir. Je vais descendre sur l'autoroute pour faire du stop, j'ai des amis à Bordeaux », explique le jeune homme, qui se rendait à Bayonne.

2 kilomètres plus loin, Lacanau-de-Mios. Là encore, un chêne interdit de poursuivre vers Marcheprime. « Il vient de tomber, le boulanger a juste eu le temps de passer », racontent Alain Vanden-Oetelaer et son fils Luc, qui situent le début des hostilités à 3 h 45 du matin. « J'ai l'impression que ça souffle encore plus qu'en 99 : trois-quatre tuiles s'étaient envolées sur le toit de mon garage ; là, j'en ai toute une rangée de parties », ajoute le père.

On devine ses propos plutôt qu'on ne les entend. La tempête est un vacarme autant qu'une gifle en plein visage, un vacarme qui jamais ne se tait et qui érode les nerfs. Il prend encore de l'ampleur aux alentours d'Arcachon. Sur le port de plaisance, le concert de sifflements suraigus dans les haubans vrille les tympans. Avec la matinée qui avance, de rares curieux se risquent dehors. Au bar-restaurant le Repetto, on n'a pas vu passer grand monde. Juste des rafales à 162 kilomètres-heure.

Dimitri, qui officie derrière le bar, s'est fait des frayeurs à l'embauche, à 10 heures. « L'ouverture brutale de la portière m'a presque éjecté de ma voiture. J'ai voulu ensuite m'allumer une cigarette : impossible ! » témoigne-t-il.

Sur ce ruban littoral que Klaus - le petit nom de la catastrophe - percute en pleine figure, le danger se fait omniprésent. Les pins gémissent, craquent et s'abattent sur la route. Les services techniques accomplissent des exploits en libérant les principaux axes au fur et à mesure. Il faut frôler les fûts fraîchement tronçonnés. Éviter les branches qui parsèment la chaussée. Scruter les pins qui surplombent la route du Mouleau, accélérer sous ceux qui ploient, piler 20 mètres plus loin. Ça tombe devant, ça tombe derrière, ça s'enroule dans les fils électriques. Il est urgent que ça cesse.

Midi, Pyla-sur-Mer

L'accalmie se fait attendre dans le lacis des petites rues du Pyla, à la sortie sud du Bassin. Les toits sont dévastés, mais les maisons ont été épargnées par les arbres pour qui se souvient du 27 décembre 1999. « Quand tu sens le vent monter et que tu as 99 à l'esprit, tu stresses. Tout a démarré à 4 heures, comme c'était prévu.

J'ai regardé dehors, et je me suis dit qu'au premier arbre tombé je partais à la cave. Mais ce sont les fils électriques qui ont rompu devant moi, un vrai feu d'artifice », relate Thierry Eluère, un Breton venu appliquer sa science des bateaux de course sur le Bassin. Directeur du chantier naval de Larros, il a construit « Écureuil d'Aquitaine II », de Titouan Lamazou, et le « Safran » de Marc Guillemot, actuellement en mer. Il observe pensivement la terre craquelée au pied d'un pin majestueux qui borde son jardin. « Les racines ont travaillé, il faudra l'abattre. Les arbres, ici ,n'ont jamais bougé en cent cinquante ans. Depuis dix ans, ils tombent. Comment l'expliquer ? L'Occident est désespéré. » Bref sourire.

13 h 20, plage de la Lagune

Klaus agonise, mais il a de beaux restes. Sur la plage de la Lagune, à mi-chemin d'Arcachon et de Biscarrosse, il incruste de sable les visages des imprudents. Il brasse des mètres cubes de silice en tir tendu. C'est du Kärcher à l'échelle de la Nature, hénaurme.
Quelques dizaines de mètres en retrait, Michel Hugo patauge dans le sable. Une couche d'une cinquantaine de centimètres, charriée depuis la plage, a recouvert le parking. L'homme tourne autour du restaurant sobrement dénommé La Lagune. C'est le sien depuis l'an passé. Il vient constater les dégâts. Des tuiles envolées, du bois cassé, mais, là encore, pas d'arbre sur la charpente. Soulagé, Michel. « Quand je suis parti de Bordeaux, ce matin, j'étais sûr de trouver des arbres sur le restaurant. Je ne m'en tire pas mal. Et puis c'est bien, avec tout ce sable, j'ai un vrai restaurant de plage », plaisante-t-il.

14 h 30, Biscarrosse

Si Klaus était un séisme, « Bisca » pourrait en revendiquer l'épicentre, avec sa rafale mesurée à 172 kilomètres-heure. La forêt est suppliciée. Taillée en crayon en remontant vers Mios, les troncs comme cisaillés à mi-hauteur par un géant à la colère tellurique. Mais on peut passer, le service public du tronçonnage s'avère d'une efficacité remarquable. Biscarrosse-Plage est une vaste étendue de débris divers. Bisca-Ville est un poil plus présentable. Ne le dites pas à Stéphane Malgery, dont le garage Citroën s'est délesté d'une partie de sa toiture. « Les tôles bougeaient, se levaient, et puis c'est parti. J'étais en dessous, je rapatriais les voitures », lâche-t-il.

Dans sa mairie, Alain Dudon confirme que les bâtiments industriels ont souffert. Des arbres sur les maisons ? « Pas à ma connaissance ; ils sont tombés en 1999 », soupire-t-il, ce qui n'est pas forcément le cas au sud des Landes ni en Béarn. « J'ai ma check-list avec moi, le groupe électrogène était en mairie dès hier. Je commence à avoir l'habitude », laisse-t-il tomber. Dramatique habitude. Le 15 juillet 2003, une tornade trèslocalisée avait fait deux morts à Biscarrosse.

L'Occident a de quoi désespérer.

Sources
Sud-Ouest

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Catastrophes

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