On importe du lait d'Australie et on jette celui des vaches française

Publié le par Adriana Evangelizt




On importe du lait d'Australie et on jette celui des vaches française



par Périco Légasse



C'est une véritable jacquerie qu'a provoqué l'exigence des multinationales, Lactaris en tête de baisser de 30 centimes d'euro à 21 le prix du litre acheté aux producteurs. Un processus enclenché par Bruxelles et approuvé par le ministre Barnier. Résultat : le lait monte dans la marmite.


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C'est bien le mépris de la préférence communautaire qui est entrain de conduire l'Europe laitière dans l'impasse. Furieux de voir le cours du lait s'effondrer, les producteurs Français ont sorti les tracteurs et bloquent le centre ville de plusieurs préfectures. Une jacquerie en bonne forme provoquée par le comportement insupportable du lobby industriel laitier, Lactalis en tête, digne des fermiers généraux de l'Ancien régime.


Ainsi, la Normandie, fleuron du patrimoine lactique français, vient-elle de voir le litre de lait passer de 30,30 centimes d'euros en avril 2008 à 21,10 en avril 2009. Or, le seuil de rentabilité moyen d'un élevage ne peut supporter un prix inférieur à 28 centimes du litre. Une dizaine de régions se trouvent désormais dans l'impasse. La FNSEA a beau prendre l'initiative du mécontentement, afin de ne pas se laisser dépasser par la base, c'est bien elle qui est responsable, par une gestion calamiteuse du problème des quotas laitiers, de l'actuelle gabegie.

Après une période de sous production, pour faire grimper les prix, obligeant la France à importer, le prix du lait avait flambé en 2007. Face à la demande, on s'était mis à faire pisser la vache afin de ramasser le « beurre » de cette paradoxale situation. Mais l'arrivée de la crise a fait fondre le « beurre » et le monde est aujourd'hui confronté à une surproduction. D'où un effondrement subit des prix à -30%.


L'Europe technocratique a tout géré en dépit du bon sens, relayée par des pouvoirs publics et des organisations syndicales aveuglés par la rentabilité à outrance de leur logique productiviste intensive. Nous ne dirons jamais assez combien Luc Guyau, ancien président de la FNSEA, mentor désastreux de la politique agricole chiraquienne des années 80-90, a conduit l'agriculture française dans le mur. Et les efforts courageux de son successeur, Jean-Michel Lemétayer, pour rétablir une situation presque sans espoir, semblent parfois peine perdue.


On importe du lait de Nouvelle Zélande !

Que s'est-il passé pour que le pays du bon lait en soit arrivé là ? Tout simplement l'éternelle collusion entre l'agroalimentaire et la grande distribution, la première tenue de mettre à disposition de la seconde des produits bas de gamme aux coûts de production minimalistes afin de garantir un maximum de profit aux différents intermédiaires. Résultat, le consommateur ingurgite des produits laitiers indignes et les éleveurs sont sur la paille. Qui expliquera pourquoi, aujourd'hui, près de la moitié des laits de consommation courante proviennent de Nouvelle- Zélande, d'Australie et d'autres continents lointains, contraignant nos producteurs à déverser le lait européen devant les préfectures et à bloquer les dépôts de centrales d'achat de la grande distribution pour se faire entendre ?


La baisse des prix non répercutée dans les caddies

Quand une grande multinationale laitière comme Lactalis, deuxième du monde et première d'Europe, signifie à ses fournisseurs qu'elle ne peut plus leur payer que 0,21€ le litre de lait alors que cette baisse n'est -curieusement- jamais répercutée auprès du consommateur, n'a-t-elle pas conscience d'avoir elle même cassé le marché, la valeur professionnelle des éleveurs et l'éthique de production ? Nos gouvernements ont laissé faire des années durant avec la bénédiction de la Commission de Bruxelles. Résultat, les tracteurs sont dans la rue et les vaches françaises fort mal gardées. Laissera-t-on encore longtemps dilapider un patrimoine agricole qui, non content de nous fournir des aliments de qualité, préserve des paysages qui valent à la France d'être la première destination touristique mondiale avec près de 80 millions de visiteurs ? C'est un mal très contemporain que de plumer la poule aux œufs d'or avec la bonne conscience d'être aller dans le sens de l'histoire. Jusqu'au jour où le lait monte dans la marmite et finit par déborder.


Sources Marianne 

Posté par Adriana Evangelizt  

Publié dans Deliquescence Humaine

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