Le FMI étrangle les pays pauvres

Publié le par Adriana Evangelizt




Le FMI étrangle les pays pauvres


Par Mark Weisbrot, The Guardian, 13 mai 2009


(traduction)



Le FMI ne verse pas les fonds promis à la Turquie et la Lettonie car ces deux nations n'ont pas mis en oeuvre les mesures d'austérité exigées en contrepartie. Depuis des décennies, l'aide financière internationale est conditionnée par l'adoption de plans d'ajustements structurels, qui se traduisent par une réduction des dépenses publiques. En cette période de crise, ces mesures sont encore plus néfastes qu'à l'accoutumée. La réduction des salaires des fonctionnaires, les coupes sombres dans les programmes sociaux ne font qu'ajouter aux difficultés de la récession internationale. A juste titre, l'économiste Mark Weisbrot, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research, déplore que le Congrès américain ne se saisisse pas de l'octroi de fonds supplémentaires aux réserves du FMI pour modifier les règles du jeu. Mais contrairement aux idées reçues, les USA, s'ils disposent d'un droit de véto, ne sont pas les seuls responsables en la matière. L'ensemble des droits de vote de l'Europe pèse plus que ceux de Washington. Ainsi, les politiques du FMI sont aussi de notre responsabilité. Mais qui s'en soucie ?

« Vous n’avez pas à faire ça ». Ce sont pratiquement les derniers mots de nombreuses victimes dans le film classique des frères Coen « No Country for Old Men », quand ils essayent de convaincre l’assassin implacable du film qu’il pourrait les épargner. L’assassin joué par Javier Bardem, trouve ça ennuyeux, parce que pour lui ces meurtres sont prédéterminés.


Il en est de même du FMI, continuellement en confrontation avec ses emprunteurs qui, un gouvernement après l’autre, plaident : « vous n’avez pas à faire ça ». La Turquie et la Lettonie ont fait la une des journaux la semaine dernière, ayant rejoint la brochette de gouvernements auxquels le FMI ne verse pas les fonds parce qu’ils jugent politiquement impossible d’imposer à leurs citoyens les mesures d’austérité demandées.


Le FMI considère que ces mesures sont nécessaires et prédéterminées - dans la plupart des cas pour les nations emprunteuses qui ont donné lieu à des déficits budgétaires ou de la balance extérieure intenables. De fait, le FMI a un long passif - depuis des décennies - en ayant contraint les nations emprunteuses à des mesures non nécessaires et souvent très pénalisantes.


La Lettonie a été privée d’un prêt de 200 million d’euros du FMI en Mars pour n’ avoir pas suffisamment réduit son budget. Selon la presse, le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 7% du PIB, alors que le FMI réclame 5%. La Lettonie réduit déjà son budget de 40%, et pense fermer des hôpitaux publics et des écoles afin d’atteindre les objectifs définis par le FMI, ce qui provoque des manifestations.


Le PIB de la Lettonie a dévissé de 18% au premier trimestre de cette année, après une chute de 10,3% le trimestre précédent. Il s’agit des chiffres les plus calamiteux au niveau mondial. Ceci prouve que les exigences du FMI sont vraiment trop mortifères ! Le but du FMI est en principe d’aider aux ajustements, et non de les rendre plus difficiles.

Au Pakistan, il serait surprenant que le Trésor US, qui est le principal mentor du FMI, ne juge pas nécessaire d’assouplir dans ce cas là les exigences d’austérité du FMI. Le gouvernement du Pakistan - puissance nucléaire - a lancé récemment une offensive militaire majeure contre l’insurrection des talibans. Ceci ralentit l’économie du Pakistan au moment où la crise économique globale le fait aussi, ce n’est sans doute pas la meilleure approche du point de vue d’une stabilité politique. Le FMI a négocié une augmentation du déficit fiscal du Pakistan de 3,4% à 4,6% du PIB, mais ne diminue pas d’un iota ses taux d’intérêt.


Dans la plupart de ses arrangements négociés l’an dernier, le FMI a inclus des conditions qui vont réduire l’activité économique et l’emploi dans des situations où les économies sont déjà en régression.

Washington veut octroyer rapidement plus d’argent au FMI sans que cela donne lieu à des auditions ou des débat au Congrès. On nous dit que les pays pauvres vont souffrir si le FMI n’obtient pas immédiatement une subvention du Congrès de 108 milliards de dollars. Mais ça ne tient pas debout.


Si on additionne tous les engagements pris par le FMI dans le cadre les 16 arrangements négociés avant l’intensification de la crise, le total arrive à peine à 48 milliards de dollars. Les nations les plus pauvres ne seront en aucun cas autorisées à emprunter des sommes approchant ce montant.


Le FMI a déjà 215 milliards de dollars sous la main, plus100 milliards de réserves en or. Il prévoit de créer encore 250 milliards de dollars en DTS [1], qui sont la devise propre au FMI. Si nous comptons 67.5 milliards de dollars que le Mexique ( 47) et la Pologne (20,5) peuvent retirer au total sur une ligne de crédit flexible octroyée par le FMI, il est clair que le FMI essaye d’obtenir des milliards de dollars dont il n’a pas vraiment besoin. Et il a au moins dix fois plus d’argent que ce que les pays pauvres ne pourront emprunter - de l’argent de poche par rapport aux ressources du FMI.


Par une mesure surprise tout à fait imprévisible, l’administration Obama vient de décider de lier les 118 milliards de dollars du FMI à une autre ligne de dépense afin d’éviter le processus législatif normal. La raison de cette manœuvre furtive est que le gouvernement pourrait avoir des problèmes à la Chambre des Représentants, alors qu’il passe ses journées à faire des chèques en blanc de milliers de milliards de dollars pour le renflouement de la faillite financière. Il va essayer de convaincre le Congrès d’approuver cette dépense sans exposé ni débat, suggérant qu’il faut le faire pour sauver de pauvres gens dans les pays pauvres.


Le Congrès devrait répondre en chœur : « Vous n’avez pas à faire ça ».


Publication originale
The Guardian

[1] Droits de tirages spéciaux (ndt)


Sources Contre Info

Posté par Adriana Evangelizt


 

Publié dans MISERE PAUVRETE FAMINE

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Qu’on le veuille ou pas, nous sommes tous impliqués par ce qui se passe dans le monde. Quel que soit notre propre train de vie, nous nous apercevons bien qu’un grand nombre d’individus ont un
niveau de vie disproportionné et vivent comme si la pauvreté et les nations défavorisées n’existaient pas. Le fait d’ignorer que la majorité des habitants de la planète vivent dans la pauvreté et
que des millions meurent de faim nous donne donc à tous un degré de responsabilité. Il nous suffit de nous intéresser aux réelles causes de ce manque d’harmonie pour prendre conscience de la
nécessité de mener des actions qui tentent d’établir un juste partage entre les humains. "Chaque prise de conscience individuelle peut inciter d’autres à suivre l’exemple et contribuer à une
compréhension collective qui soit en mesure de transformer le monde entier." (Alex Mero)



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