Face à un ours polaire en Norvège

Publié le par Adriana Evangelizt

Face à face avec un ours polaire en Norvège



par Marie Tison

 

Je monte la garde pendant que les autres dorment profondément dans les tentes. Nous sommes en Arctique, où il fait jour tout l'été. Avant de réveiller celui qui prendra la relève, j'entreprends de me brosser les dents. C'est alors qu'en levant la tête, j'aperçois un ours polaire à 10 mètres de moi... Avez-vous déjà essayé de crier «Un ours!» avec la bouche pleine de dentifrice?

En une fraction de seconde, je peux constater que mon ours n'a pas l'air agressif. Le rusé animal, qui s'est approché discrètement en tirant avantage des irrégularités du terrain, a plutôt l'air curieux, indécis. Mais je sais que son attitude peut changer en un rien de temps.

Je me rends également compte que j'ai laissé le pistolet d'alarme dans l'abri où nous prenons nos repas, à cinq mètres derrière moi. Comme tout les membres de l'expédition, je porte un petit engin de la taille d'un stylo qui tire de petites fusées éclairantes, mais je veux le gros calibre: l'ours est si près, je ne veux pas manquer mon coup.

En quelques pas, je retourne dans l'abri en faisant revoler ma brosse à dent, je crache le dentifrice par terre et je crie «Un ours!» pour réveiller mes camarades. Sans attendre, je saisis le pistolet d'alarme, je tire une fusée éclairante exactement où il le faut, à côté de l'animal. Il sursaute et s'écarte en quelques bonds.

Le chef de notre expédition, Pierre Fijalkowski, de l'agence Svalbard Nature, sort de sa tente avec son Magnum 44, mais il n'a pas besoin de tirer: l'ours a décidé de passer son chemin. C'est à ce moment que mes jambes commencent à trembler.

C'est la troisième fois que je viens faire du kayak de mer au Svalbard, un archipel qui appartient à la Norvège et qui se situe à mi-chemin entre le nord de ce pays et le pôle Nord. J'y reviens sans cesse parce que j'aime le soleil de minuit, les glaciers, les icebergs de teinte bleutée, la toundra et l'observation d'une faune nordique fascinante. Sauf qu'à 10 mètres, on ne parle plus d'observation, mais d'interaction...

Il y aurait environ 3000 ours polaires au Svalbard, un territoire de 63 000 km2. Pour camper, il faut faire preuve d'une extrême prudence. En fait, à l'extérieur des trois communautés de l'archipel (la ville norvégienne Longyearbyen, la ville minière russe Barentsburg et le village scientifique Ny-Alesund), il faut être armé. Et savoir se servir de son arme.

Mais pas question de tuer quoi que ce soit: les ours polaires sont protégés ici. Il s'agit essentiellement de faire peur.

Tous les membres de notre petite expédition ont un rôle à jouer pour assurer la sécurité du camp. C'est ainsi que pendant la nuit (ou ce qui en tient lieu), nous devons monter la garde à tour de rôle. Nous avons alors à notre disposition le pistolet d'alarme, de quoi effrayer tout ours curieux ou agressif.

Tout s'est bien passé pour moi, comme dans la majorité des rencontres entre un ours polaire et un être humain. Il faut dire que nous sommes bien équipés et bien entraînés. Et puis, il ne s'agit pas de mon premier ours polaire.

Il y a moins de 10 jours, dans une autre région du Svalbard, nous avons eu la visite d'un ours alors que nous campions près d'un glacier. Cette fois, celui qui montait la garde n'a absolument rien vu. C'est Pierre qui, engoncé dans son sac de couchage, a entendu un grognement tout près. Il a ouvert l'oeil... et a vu, en transparence, une grosse patte d'ours posée sur la toile de sa tente! Il a saisi son Magnum 44, ouvert la porte de la tente et tiré dans les airs. Un deuxième guide, armé d'une carabine, a également fait feu dans les airs. L'ours nous a finalement trouvés un peu trop tapageurs et a décidé d'aller exercer sa curiosité ailleurs.

À vrai dire, beaucoup de gens qui viennent faire du kayak de mer au Svalbard ne voient pas d'ours polaires. Ils ont l'immense plaisir de naviguer entre les icebergs, ils contemplent les impressionnants glaciers, ils observent les rennes, ils s'émerveillent devant le vol spectaculaire des pétrels fulmars, ils rigolent devant le décollage laborieux des guillemots, ils doivent parfois chasser de minuscules renards arctiques qui reluquent les sacs de nourriture. Mais les ours? Invisibles. Plusieurs croient même que l'ours polaire n'est qu'une légende et que toutes les précautions, les armes, les tours de garde, ne servent qu'à impressionner les touristes. Ce n'est pas tout à fait mon expérience.

À la fin de notre périple au nord de l'archipel, dans Liefdefjorden, c'est pratiquement le festival de l'ours polaire.

En attendant le bateau qui viendra nous chercher dans trois jours, nous campons près d'une cabane de trappeurs, nommée Texas Bar. Malheureusement, une expédition de cartographes a laissé, dans des cages anti-ours, du matériel et des détritus à venir chercher plus tard. Évidemment, les ours ont facilement déjoué ces cages et ont éparpillé le matériel un peu partout. Ce qui attire maintenant plusieurs de leurs camarades.

Nous devons donc jouer à cache-cache entre d'une part, une ourse et ses deux oursons et d'autre part, un ours solitaire.

Sources : Cyberpresse

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Mes Amis les bêtes

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