Video : Laurent Héquily, au coeur du Tibesti

Publié le par Adriana Evangelizt

Alors ce qui est très curieux, c'est que je trouve cette vidéo sur une expédition menée par un jeune aventurier, mot employé dans le sens noble du terme, et en faisant des recherches sur lui, je m'aperçois qu'il habite dans ma ville... le monde est petit... voilà son blog... sous la vidéo, un article paru dans l'Humanité datant de 1993 où il parle de cette expédition... très beau reportage.


 

Au coeur du Tibesti

menée par Laurent Héquily


 

 

Laurent, l’aventurier qui a survolé le Tibesti tchadien

 

LAURENT HEQUILY. Trente ans, vit à Bayonne. A monté, en mai 93, une expédition en montgolfière et en ULM dans le massif très fermé du Tibesti tchadien, en plein Sahara. Il en rêvait.


« Si j’ai du goût, ce n’est guère que pour la terre et les pierres. Loin, très loin. Ce n’est rien : j’y suis, j’y suis toujours... » Rimbaud l’a bercé, jeune, puis adolescent, et lorsqu’il repense aujourd’hui à cet appel intérieur qui l’a sans cesse forcé à fuir plus loin que son horizon, Laurent Héquily ne sait trop s’il doit se réjouir ou s’étonner encore. Afrique. Sahara. Expéditions. Silences. Des mots d’ailleurs qui voulaient tout dire et qu’il fallait aller goûter, loin, très loin, forcément.


Laurent Héquily est de ces hommes qui caressent la vie par les rêves et se tracent des frontières qu’il leur convient de franchir un jour pour mieux s’en fixer d’autres. « En me rendant en Afrique pour la première fois en 1982, j’ai d’abord concrétisé mes voeux d’ado. J’ai traversé une partie du désert à moto. Et puis, un jour, on m’a parlé d’une région du Sahara où l’homme occidental n’avait pas mis les pieds depuis des lustres, le Tibesti tchadien. Un coin où vivait un peuple de montagnards, habiles, sur un massif quasi désert et élevé, l’un des plus fermés au monde depuis la nuit des temps. M’y rendre était devenu une obsession. Difficile à décrire. »


Le plus beau lieu
de tout le Sahara


Alors qu’il vient d’avoir trente ans et qu’il achève ses études de médecine pour finalement tout plaquer et créer une petite entreprise à Bayonne, Laurent n’a pas abdiqué ni rangé ses rêves dans les tiroirs pharmacologiques ou les livres de comptes. Au contraire. Après avoir tâté le terrain à distance en rencontrant des gens qui étaient allés sur place, ou, le plus souvent, « qui prétendaient y être allés », l’homme se forge surtout une opinion lorsqu’il évoque la région avec l’explorateur Théodore Monod. « En quelques mots, il m’a fait comprendre qu’il s’agissait bien du plus beau lieu de tout le Sahara. Mais difficile d’accès et théâtre de conflits hermétiques qui ont longtemps empêché les visiteurs d’entreprendre un quelconque séjour. »


Le fantasme prend vraiment forme quand des sponsors veulent partir à l’aventure. Moyen de locomotion : une montgolfière et un ULM - donc silencieux.


Manquent, dans un premier temps, certaines autorisations, indispensables pour survoler ce massif situé en vue de la Libye. « Deux départs ont été avortés pour des problèmes liés aux conflits armés, explique-t-il. Les traces de la guerre entre le Tchad et la Libye sont visibles partout. Des mines. Des carcasses de chars. » Manque, aussi, une personne connaissant vraiment le Tibesti.


« C’est là que j’ai rencontré Monique Brandily, chercheur au CNRS, conseiller en ethnologie, et, surtout, c’était l’un des rares personnages au monde à avoir vécu là-bas, en 1961, 1965, 1977 et 1979. Elle y avait vu la guerre et avait partagé la vie des Teda, l’ethnie nomade qui le peuple. » Les réticences de la vieille dame, qui imagine d’abord une sorte de Paris-Dakar version soft où l’on se moquerait encore une fois de la géographie comme des populations, ne brident pas l’enthousiasme du jeunot. Il insiste. Et il a ces mots alibis qui touchent au but : « Monique, venez avec moi. Quand nous reviendrons, les récits de l’expédition seront de votre seule responsabilité... »


Décor sans bruit et éternel


Un matin de mai, avec dix hommes et (donc) une femme, Laurent Héquily découvre sa majesté le Tibesti, conte de fées s’élevant au jour dans des diversités de couleurs rares. « Il n’y avait aucun règlement sportif, assure Laurent. Mais on s’était astreint à une vie dure, avec des horaires fixes et des étapes obligatoires.


Nous devions, au départ, partir plus de six semaines. Mais cela n’a duré que quatre semaines, en raison d’un retard pris au début. » Viennent les émotions : « En mettant les pieds là-bas, dans ce décor sans bruit et éternel, nous savions qu’on découvrait un endroit qui n’avait pas été foulé depuis près de vingt ans. C’était symbolique. Comme si on rouvrait un vieux sentier oublié. »


Les rencontres : « Les Teda étaient là. Fabuleux, dignes, beaux. Monique Brandily en a même reconnu quelques-uns. Elle parlait avec eux. Ils nous ont fait une fête incroyable, un festin, malgré leur peu de richesses. » Les aveux : « Moi, je regardais, j’apprenais à vivre. » La découverte : « Tout ce que j’avais vu du Sahara n’était rien à côté de ça. Les expéditions les plus belles ne sont pas toujours celles qu’on croit. Là, on n’a rien ramené, on a vu. » L’introspection : « En revenant, quand on réalise qu’on est parvenu à ses fins, au bout de ses rêves, c’est un sentiment étrange. D’abord de l’orgueil. Et puis, surtout, ça m’a rendu très humble. Pour repartir. »

 

 

(1) Chaque lundi, nous traçons le portrait d’une personnalité du sport, connue ou anonyme, champion ou évoluant en coulisse.

 

 

 


 

 

Posté par Adriana Evangelizt

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