Raspoutine refuse d'être assassiné

Publié le par Adriana Evangelizt

Comme vous allez pouvoir le constater, la mort de Raspoutine ne fut pas chose aisée pour ses assassins...

Raspoutine refuse d'être assassiné

Par Alain Ferejean



Un prince maladroit, un poison inopérant, un cadavre qui se relève : pour un peu, les conjurés échouaient à occire le favori du tsar et de la tsarine. Récit d'une hallucinante nuit de décembre au palais Ioussoupov de Saint-Pétersbourg.


En 1916, Grigori Iefimovitch Novykh, dit Raspoutine, est l'homme le plus puissant de Russie. Avec son regard perçant, magnétique, ce mystique fascine le faible tsar Nicolas II. Et plus encore son épouse bien-aimée, l'impératrice Alexandra Feodorovna, l'Allemande, comme on l'appelle méchamment. Du coup, il exerce un ascendant exceptionnel sur ces monarques absolus, il fait et défait les ministres. Pourtant, ce fils de moujik, sale et grossier, les cheveux longs et graisseux, la barbe hirsute, sait à peine lire et écrire. Il choque les princes et les grands-ducs. La rumeur publique le rend responsable de la défaite. Les mauvaises langues l'accusent à tort d'être l'amant de la tsarine et l'agent de l'Allemagne. Certains complotent de l'assassiner. Il ne l'ignore pas.

Cette année-là, début décembre, Raspoutine envoie à Nicolas II, qu'il tutoie, une lettre prophétique : « Tsar de toutes les Russies, j'ai le pressentiment que d'ici la fin de l'année, je quitterai ce monde. On va me tuer, je ne resterai plus parmi vous. Si je suis assassiné par des gens du peuple, des gens comme moi, tu n'as rien à craindre, tu resteras sur le trône. Mais si je suis tué par des nobles, leurs mains resteront souillées par mon sang. Ils se haïront, s'entre-tueront. Pendant vingt-cinq ans, il n'en restera plus un seul dans ce pays. Aucun de tes parents, aucun de tes enfants ne me survivra plus de deux ans. Le peuple russe vous mettra tous à mort. Alors, après ma disparition, sois prudent, réfléchis bien, protège-toi. Dis à tous les tiens que j'aurai versé mon sang pour eux. Prie, prie, sois fort, pense à ta famille. » Quelques jours plus tard, le 29 décembre 1916 (le 16, selon le calendrier russe) un coup de téléphone anonyme avertit Raspoutine d'un danger imminent, sans autre précision. Un peu plus tard dans la soirée, Protopopov, le ministre de l'Intérieur, vient en personne le prévenir de s'enfermer chez lui.

Pourtant, sa fureur de vivre l'emporte sur la peur de la mort. A minuit, il se parfume et s'habille pour sortir. Il met une chemise bleu ciel brodée de fleurs de tournesol et un pantalon de velours noir qui bouffe au-dessus de ses grandes bottes vernies. Car il a, cette nuit-là, un rendez-vous excitant. Lui, le fils de moujik, est invité au palais Ioussoupov, le nec plus ultra, et, qui mieux est, pour une partie de plaisir. Approchant la cinquantaine, il se sent toujours d'une vigueur extraordinaire. Le jeune prince Félix Ioussoupov doit passer le prendre pour le conduire discrètement chez lui, le présenter à sa jeune épouse, la belle Irina, que Raspoutine brûle de connaître depuis longtemps. Ensuite, ils iront tous les trois faire la fête chez les Tsiganes.

C'est un guet-apens. En réalité, Irina se trouve à Yalta, en Crimée. Son mari a organisé une mise en scène pour faire croire qu'elle l'attend dans leur palais de Saint-Pétersbourg. Dans les salons, à l'étage, un phonographe joue des airs de danse comme si la maîtresse de maison donnait une réception. A des gens de son milieu, bien sûr. En fait, là-haut se tiennent seulement quatre complices, le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le député Pourichkevitch, le lieutenant Soukhotine et le docteur Lazovert. Pour corser les choses et faire entendre quelques voix de femmes, on a convié également Marianna Defelden, une parente de Dimitri, et Vera Karalli, une danseuse du Bolchoï.

A minuit, une grosse auto avec, au volant, Lazovert, déguisé en chauffeur, vient chercher Raspoutine chez lui. En route pour le palais Ioussoupov. Au moment d'arriver, Raspoutine entend le phono et reconnaît un air à la mode, Yankee Doodle. Il s'étonne. Le prince le rassure : « Ma femme a du monde, ils vont bientôt partir. » Pas question, naturellement, de l'admettre parmi ces gens de la haute société. Alors, histoire de patienter, il lui propose de prendre un verre au sous-sol, transformé pour la circonstance en salle à manger intime. Une vraie bonbonnière. Les flammes dansent dans la cheminée de grès rouge. Elles éclairent une belle peau d'ours, un secrétaire à combinaisons, en ravissante marqueterie, surmonté d'un crucifix en ivoire. Admirable, ce crucifix. Sur une petite table, quatre verres, quelques bouteilles, des biscuits et une assiette de petits fours au chocolat. Des petits fours empoisonnés. Arme idéale du lâche, le poison évite d'affronter le regard accusateur de la victime : on attend tranquillement qu'elle perde connaissance. Le bon docteur Lazovert a glissé du cyanure de potassium dans les gâteaux. Le reste, il l'a dilué avec du vin dans deux des quatre verres. Au dernier moment, bien sûr, de peur que le poison ne s'évapore ou ne se dépose au fond. De toute façon, il est persuadé que la dose contenue dans les pâtisseries suffira largement.

Raspoutine et Ioussoupov s'assoient et entament une conversation à bâtons rompus. Nerveusement, le maître de maison offre à son invité un biscuit. Or, les biscuits ne sont pas empoisonnés. Pour se rattraper, il lui présente l'assiette à gâteaux. Raspoutine refuse, il n'aime pas les sucreries, ce que confirmera plus tard sa fille Matryona. Le prince est décontenancé. Son invité finit par en prendre un. Puis deux. Ioussoupov ne le quitte pas du regard, impatient de noter les effets du poison. Mais rien ne se passe. Comme si le sucre neutralisait le cyanure. Il lui offre alors de goûter son excellent vin de Crimée. Nouveau refus, nouvelle anxiété. Finalement Raspoutine remplit lui-même les deux verres vides. On trinque. Il aime le vin, il en redemande. Ioussoupov réussit alors à lui donner un des deux verres contenant du poison. Raspoutine boit d'une traite, sans noter d'odeur ni de goût suspect. A nouveau, le prince guette la réaction, mais rien ne se produit. A croire que cet homme-là est invulnérable.

Terrorisé, Ioussoupov n'est plus capable de soutenir la conversation. Il s'excuse et monte à l'étage prévenir ses complices que le poison est inopérant : Raspoutine a sûrement partie liée avec le diable. A ces paroles, sous le coup de l'émotion, Lazovert s'évanouit. Le prince redescend. « Nous nous assîmes en face l'un de l'autre et bûmes en silence, racontera-t-il dans ses Mémoires. Raspoutine me regardait avec un sourire moqueur, comme pour me dire : "Tu vois, malgré tous tes efforts, tu ne peux rien contre moi." Soudain, il eut un regard plein de haine. Un regard diabolique. Ma tête commençait à tourner. Il me dit alors : "Verse-moi encore un verre, j'ai soif." Et, avisant la guitare que j'avais oublié d'ôter, il ajouta : "Chante-moi une chanson tsigane, Félix, quelque chose de gai. J'aime t'entendre chanter." » Démoralisé, Ioussoupov entonne alors une chanson affreusement triste.

Une heure passe, deux heures. Tandis que Raspoutine s'impatiente de ne pas voir arriver Irina, qu'on lui a tant promise, la princesse pour laquelle il s'est mis en frais, en haut, les quatre acolytes, à bout de nerfs, se demandent s'il ne vaudrait pas mieux descendre en force pour en finir avec Raspoutine. Ioussoupov fait la navette d'un étage à l'autre. Il objecte que son hôte est capable d'une réaction terrible s'il les voit surgir tous les quatre. Que Dimitri lui prête son revolver et il abattra lui-même son invité ! Il redescend, l'arme cachée derrière le dos. Arrivé en bas, Ioussoupov reste un moment à contempler le crucifix sur le secrétaire.

« Regarde comme ce Christ est beau, dit-il à Raspoutine.

- Je préfère le secrétaire, il est plus intéressant, répond-il en ouvrant les tiroirs l'un après l'autre.

- Grigori, tu ferais mieux de regarder le crucifix. Fais devant lui le signe de la croix et récite une prière. »

Sans doute, par ce signe de croix espère-t-il exorciser le démon qui protège son ennemi. Raspoutine, est-ce par intuition, marque alors un instant de frayeur. Mais son adversaire ne lui laisse pas le temps de se ressaisir. Brandissant son revolver, il lui tire à bout portant dans la poitrine. Un cri, Raspoutine s'écroule. Au bruit, les quatre complices font irruption et traînent le corps du malheureux, pris de convulsion, dans la cour. En attendant d'aller jeter la victime à la rivière, les assassins remontent au salon arroser leur forfait avec les deux dames.

Ioussoupov ne peut s'empêcher de redescendre pour contempler le cadavre de celui qui continue de le hanter. Il se penche, cherche vainement le pouls. Croyant qu'il ne bat plus, il secoue le corps de toutes ses forces ; puis, violemment, le laisse retomber dans la neige. Soudain, Raspoutine ouvre un oeil, puis l'autre. « Une chose incroyable se produisit, poursuit Ioussoupov. Raspoutine rassembla toutes ses forces. D'un bond, il se leva, l'écume à la bouche, et se rua sur moi avec un rugissement effroyable. Les doigts tremblants, il s'accrocha à mes épaules, puis à mon cou, cherchant à m'étrangler. Il hurlait mon prénom : "Félix, Félix !" Terrorisé, je voulais me libérer, m'échapper, mais une force incroyable me retenait, comme si des puissances obscures voulaient me punir. Je tirai de toutes mes forces et, après un dernier effort, je réussis à m'extirper. Raspoutine s'effondra avec, dans la main, une de mes épaulettes, qu'il avait arrachée. »

Pourichkevitch, qui se tient en haut de l'escalier, entend le prince appeler : « Pourichkevitch, tire ! Il est toujours vivant. Il est en train de se sauver ! » Pourichkevitch descend les marches quatre à quatre, un gros revolver à la main. Dans la cour, il voit Raspoutine ramper en criant : « Félix, Félix, je le dirai à la tsarine ! » D'abord, il n'en croit pas ses yeux. Puis il s'élance à sa poursuite et fait feu deux fois, mais le manque. Survient alors le grand-duc Dimitri, escorté de sa cousine et de la danseuse. Raspoutine a déjà réussi à se traîner jusqu'à la grille. Il n'y a plus un moment à perdre. De toute la fine équipe, Dimitri est le seul militaire, le seul habitué à se servir d'une arme. A son tour, il tire deux fois. Lui au moins fait mouche à chaque coup. La première balle, dans le dos, arrête Raspoutine. La seconde, à la tête, l'étend sur la neige.

Devant les deux femmes apeurées, les hommes se défoulent, les deux plus faibles surtout. Pourichkevitch s'approche du corps et lui donne un formidable coup de pied sur la tempe. Ioussoupov, à son tour, humilié par son échec et par les familiarités du moujik, s'acharne sur le cadavre. « Ma tête éclatait, écrira-t-il. Mes idées se brouillaient. La rage et la haine m'étouffaient. Dans un vertige de folie, je me ruai sur Raspoutine avec une matraque de caoutchouc et le frappai sauvagement. » Il en tombe épuisé.

Tandis que le grand-duc s'offre à raccompagner les deux dames, Ioussoupov, reprenant ses esprits, s'occupe de faire effacer par son majordome les traînées de sang et tue d'une balle dans la bouche son chien le plus fidèle, pour se procurer un alibi au cas où quelqu'un déclarerait avoir entendu les coups de feu. De leur côté, Pourichkevitch, Soukhotine et Lazovert roulent le corps dans une couverture, l'attachent avec une corde et l'emmènent en voiture jusqu'à un pont. Là, ils le balancent par-dessus le parapet et le jettent dans la Neva gelée. Il leur faut encore descendre sur la glace qui recouvre le fleuve et trouver une brèche pour le glisser dans l'eau.

Dans leur agitation, ils ont oublié les poids pour le lester. Deux jours plus tard, deux cents mètres en aval du pont, le cadavre remonte à la surface. Il est couvert de glace et le visage est affreusement mutilé. Le plus étonnant, ce sont les mains : elles sont levées, comme pour chercher à détacher la corde. A croire qu'il a survécu à toutes ses blessures et tenté de nager. Entre-temps, toute la ville a appris la disparition de Raspoutine et une foule accourt aussitôt avec des seaux et des bouteilles pour puiser l'eau qui fut en contact avec son corps, comme pour récupérer une parcelle de sa force surnaturelle. La police identifie rapidement les meurtriers. Les gens comme il faut se congratulent, s'imaginant que le meurtre a décapité le prétendu parti allemand et sauvé la patrie. Mais pour les gens d'en bas, Raspoutine, qui est un des leurs, fait figure de martyr. Il a plaidé leur cause auprès du tsar, c'est sûrement la raison de son assassinat.

Pour la tsarine, c'est une tragédie : elle a perdu celui en qui elle mettait toute sa confiance, l'homme de Dieu, celui qui la rassurait. A l'académie de santé militaire, où est transporté la dépouille, elle voit dans ses mains levées le signe d'une malédiction, un sinistre présage : désormais, tout va s'écrouler, la Russie court à la catastrophe. Elle a raison. Un an et demi plus tard, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, elle sera assassinée avec son mari et ses cinq enfants dans un sous-sol, à Iekaterinbourg, cette fois par les bolcheviks.

L'autopsie révèle la présence d'eau dans les poumons. Preuve que malgré le poison, les balles, l'avalanche de coups, Raspoutine respirait encore au moment où il a été jeté à l'eau. Il est mort de noyade et de froid. Pourtant, le grand-duc Dimitri est bien le seul des cinq criminels à s'être montré efficace. Mais si l'on veut qu'un jour il succède au tsar, il ne faut pas qu'il ait du sang sur les mains. Alors, ses acolytes lui promettent de minimiser son rôle dans l'affaire. C'est Ioussoupov qu'on va faire passer pour le héros du jour, ou plutôt de la nuit. Un rôle qui convient tout à fait à ce Tartarin.

Nicolas II n'est pas dupe. Il est horrifié par les circonstances du meurtre et peiné du chagrin de sa femme. Cependant, instruit par l'exemple de l'affaire du collier de la reine, prologue de la chute de la monarchie française, il sait qu'à laisser se dérouler publiquement ce genre de procès, il risque le pire. Alors, il se contente de bannir les assassins et ordonne de clore l'enquête.

Alain Frerejean a publié Les Maîtres de forges (Albin Michel, 2000) et Napoléon IV (Albin Michel, 1997). Il est apparenté à Matryona Raspoutine-Solovyova, la fille aînée de Raspoutine, exilée aux Etats-Unis, dompteuse de lions et auteur de Rasputin, my Father

Comprendre

Raspoutine


Le nom est formé sur la même racine que "raspoutny", "débauché". Surnom dû aux nombreux scandales qu'il a provoqués dans sa jeunesse.

Le nom est formé sur la même racine que "raspoutny", "débauché". Surnom dû aux nombreux scandales qu'il a provoqués dans sa jeunesse.


Un sacré tempérament !

On situe la naissance de Raspoutine autour de 1869, dans un village de la région de Tobolsk, en Sibérie, à 2 500 km à l'est de Saint-Pétersbourg. Des paysans sibériens, il a les manières frustes, les mains calleuses, les vêtements amples, peu soignés. Et surtout une grande indépendance d'esprit. Tout le contraire de la soumission des moujiks de Russie d'Europe. Avec son étrange regard fixe, il séduit toutes les femmes. Débordant de vigueur, il les trousse, vole les chevaux, fait volontiers le coup-de-poing et boit plus que de raison. Il étonne tout le monde par son étrange pouvoir d'apaiser et même de guérir les animaux. Mais il a périodiquement de grandes crises de mysticisme. C'est que son père, charretier de son état, héberge souvent pour la nuit des moines errants, illuminés, les staretz. Ceux-ci racontent des histoires extraordinaires, qui enflamment son imagination.


A 19 ans, Raspoutine se marie avec une paysanne. Elle lui donne cinq enfants, dont trois survivent, un fils et deux filles. Six ans plus tard, alors qu'il travaille dans les champs, il croit voir apparaître la Sainte Vierge auréolée de lumière. Il en parle à un ermite qui lui conseille de se rendre au mont Athos, en Grèce. Quittant son foyer, le voilà parti pour un pèlerinage qui va durer plus de dix mois. Il vit de la charité et fait halte dans de nombreux monastères, où il acquiert, outre des rudiments de lecture et d'écriture, le vernis nécessaire afin de se faire passer pour un homme de Dieu. Ainsi grandit peu à peu sa réputation de sage et de guérisseur. De plus en plus loin, on vient écouter ses prêches. Chaque fois qu'on lui amène des malades, il dit : « Ce n'est pas moi qui guéris, c'est Dieu. » Suprême habileté. Vie de prédicateur, mais aussi de débauche, car Raspoutine fréquente également les khlysty, une secte qui associe l'érotisme à la religion. Dans des églises désaffectées, éclairées par des cierges, les adeptes des deux sexes, en voiles transparents, s'adonnent à des danses lascives qui dégénèrent en tournoiements effrénés. Cela se termine par de sauvages orgies amoureuses au cours desquelles le Saint-Esprit descend, paraît-il, sur les croyants.


Entendant dire que le tsar et la tsarine sont trop occidentalisés, il se met en tête de les rencontrer et de les initier à la véritable âme russe. En 1904, muni d'une lettre de recommandation d'un évêque, il se rend à Saint-Pétersbourg. Anastasia, la grande-duchesse accepte de le recevoir. Eblouie, elle le présente à la famille impériale : à chacun, il offre des icônes. Sachant le tsarévitch Alexis hémophile, il lui impose les mains et fait jeter les remèdes qu'on lui donne - de l'aspirine, justement, dont on ignore encore l'effet anticoagulant. L'enfant paraît soulagé. Trois ans plus tard, suite à des contusions, Alexis souffre cette fois d'hémorragies internes extrêmement pénibles que les médecins n'arrivent pas à contrôler. On appelle Raspoutine. Après avoir béni la famille impériale, il entre en prières. Au bout de dix minutes, épuisé, il se relève en disant : « Ouvre les yeux, mon fils. » Le garçon se réveille en souriant. Très vite, sa santé s'améliore. Dès lors, Raspoutine devient un familier du palais.


Séduite par les dons de guérisseur de ce mystique, l'impératrice voit en lui un messager de Dieu, un prophète venu aider par ses prières à l'union du tsar, de l'Eglise et du peuple. Connaissant son influence, une nuée de visiteurs l'assiègent afin qu'il intervienne en leur faveur : il signe et transmet des pétitions pour des promotions ou des affectations. Pour ses services, il ne fait pas payer les pauvres et ne demande aux riches que des pots-de-vin raisonnables. Ce n'est pas un homme d'argent, d'ailleurs. Au lieu de thésauriser, il dépense sans compter. En revanche, ce sensuel n'a aucun scrupule à faire payer en nature les jolies quémandeuses.


Raspoutine est un intermédiaire, pas un stratège. Sa seule conviction politique est l'horreur de la guerre. La guerre dont les paysans, comme lui, font toujours les frais, arrachés à leur terre, mutilés, tués. Alors, en 1913, il se traîne à genoux devant le tsar pour le supplier de laisser la Russie en dehors du conflit des Balkans. Va-t-il, l'été 1914, réussir à nouveau à le convaincre, éviter ainsi à l'Europe la Grande Guerre ? « Tu es le tsar, le père de ton peuple. Ne laisse pas triompher les lunatiques, te détruire, toi et ton peuple... Cette guerre sera un océan de larmes. Je ne trouve pas les mots pour en décrire l'horreur... Nous serons noyés dans le sang. Grand désastre et misère infinie », lui écrit-il. Mais, fidèle à son alliance avec la France, Nicolas II lance ses troupes. S'il avait écouté Raspoutine, la Russie ne serait pas entrée en guerre. Elle aurait, du même coup, évité la révolution de 1917.

Sources Historia

Posté par Adriana Evangelizt

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