Histoire du miroir

Publié le par Adriana Evangelizt

L'histoire du miroir... on utilise tous les jours de nombreux objets mais qui connait leur origine ?

Le miroir

Par Françoise Labalette




"Le miroir ferait bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image", a dit Cocteau. Jugé utile à la connaissance de soi par les philosophes grecs, ou maléfique par l'Eglise médiévale, cet objet apparemment anodin est empreint d'une forte symbolique.


Le miroir antique est un petit disque de bronze, bombé, posé sur un pied ou muni d'un manche, de vingt centimètres de diamètre environ. Selon Socrate, cet auxiliaire du « connais-toi toi-même » conduit à se dépasser, et à triompher de ses vices et de ses faiblesses. Ainsi le philosophe propose-t-il un miroir aux ivrognes afin que leur image répulsive les dissuade de boire. Pour Sénèque, le miroir conduit l'homme à mettre ses actes en harmonie avec son image. Le reflet de ses propres cheveux blancs prépare de manière utile à la mort. Mais dans la pratique, les hommes ont détourné la leçon du miroir. Au lieu de se voir, ils se sont admirés et contemplés. Dans la mythologie, Narcisse cède à la contemplation de son reflet dans l'eau. Amoureux de lui-même, il meurt de désespoir.

Avec le Moyen Age apparaît le miroir de verre, un objet de luxe dans un cadre d'or ou d'argent, protégé par une petite boîte, sculptée, parfois d'ivoire. Les miroirs de métal (« d'étain », comme on les nomme à l'époque), toujours bombés, sont les plus courants. Pour l'Eglise, l'utilisation du miroir a une double symbolique. D'une part, les théologiens chrétiens recommandent aux fidèles de se regarder, reconnaissant dans l'introspection une fonction morale salutaire. D'autre part, ils y voient aussi un objet condamnable, à l'instar de la peinture, car il complexifie le réel, le prend au piège et renvoie une image déconcertante. Le miroir ne permet-il pas d'inverser, éloigner, rapprocher, fragmenter, grossir ? Ses pouvoirs mystificateurs abusent le regard. L'Inquisition, bras justicier de l'Eglise, va sévir, comme le montre l'histoire de Béatrice de Plannisoles. En 1321, accusée d'hérésie, d'adultère et de sorcellerie, la jeune femme comparaît devant l'évêque de Pamiers. Parmi les « choses très suspectes détenues par elle pour faire des maléfices », l'accusation retient, entre autres, un miroir, attirail ordinaire des sorcières. L'Eglise soutient en effet qu'elles y enferment les démons. En outre, le miroitement déclenche une hypnose ou un état de transe. L'éclat aveuglant empêche de voir les objets, l'attention du sujet, alors refoulée vers l'intérieur, devient propice aux intuitions surnaturelles venues du diable. Interprétations, révélations abusives, envoûtements, possessions s'ensuivent. L'usage du miroir est donc maléfique. Ce qui n'empêchera pas les plus grands princes, dont la reine Catherine de Médicis, d'avoir recours à la divination par le miroir pour prendre ses décisions politiques. Du moins le dit-on.

L'apologie du paraître connaît son apothéose au XVIIe siècle. Depuis un siècle environ, les artisans verriers ont mis au point de nouveaux procédés, utilisant notamment le verre soufflé. Les meilleurs artisans se regroupent en Lorraine, en Allemagne et en Italie ; à Venise notamment, dans l'île de Murano, où des verriers mettent au point une matière aussi claire que le cristal de roche, qui rend le miroir plus brillant. Mais c'est en France, entre 1690 et 1720, qu'une nouvelle technique, dite du coulage, permet d'obtenir des miroirs de qualité comparable à ceux de Venise et, en plus, de bien plus grandes dimensions. La Galerie des glaces de Versailles en est le meilleur exemple.

Même dans le privé, le cabinet lambrissé, paré de miroirs, multiplie le jeu des reflets dans lesquels on recherche complaisamment la mise en scène flatteuse de soi. Mais les moralistes, influencés par l'Eglise, rappellent que, plus on se regarde, moins on se voit, et censurent le regard sur soi. D'autant que « se voir » engendre la concupiscence. Découvrir les parties sexuées de son corps attise les sens. La fréquentation du miroir ruine la pudeur, donne une audace inconvenante et coupable. L'orgueil la guette, elle devient « idolâtre d'elle-même » selon Fénelon. Les traités d'éducation recommandent donc aux jeunes filles de se baigner en chemise, de lever les yeux au ciel pour s'habiller. Dans les pensionnats et les couvents, tout miroir est prohibé.

Il n'y a pas si longtemps, dans les maisons où avait eu lieu un décès, on voilait les miroirs et on recouvrait les récipients d'eau de peur que l'âme du défunt n'en reste captive. Le maléfice attaché au miroir reste présent puisque, brisé, il annonce, paraît-il, sept ans de malheur !

Dans la Bible et le Coran

Dans la religion judaïque, le miroir est connoté positivement. On apprend dans l'Exode que les filles d'Israël utilisent des miroirs de métal pour se faire belles. Lors de la fuite en Egypte, les femmes rejoignant leurs maris avec des miroirs, s'y mirent avec eux, provoquant le désir salutaire qui va les rendre mères. C'est en souvenir de cela que Moïse accepte que les femmes offrent des miroirs lors de la construction du Tabernacle, destiné à recevoir l'Arche d'alliance et les objets sacrés avant l'élévation du temple de Jérusalem. Dans les pratiques de deuil, les proches des endeuillés voilent les miroirs afin d'éviter que l'âme du défunt ne soit piégée. Cette pratique sera reprise en pays chrétien. L'islam, quant à lui, semble n'attacher aucune importance particulière au miroir. Aucun verset du Coran ne le mentionne ni pour le recommander ni pour s'en méfier. Les femmes l'utilisent sans interdit.

Femme de tête

Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri II, était sûre de son charme. D'ailleurs, elle ne regarde même pas son image, mais se laisse en réalité admirer.

Sources
Historia

 

Utilisation des miroirs

 

La première utilisation des miroirs fut sans doute pour se regarder soi-même (coquetterie).

Archimède, entre 215 et 212 av. J.-C., se serait servi de miroirs concaves pour concentrer les rayons du Soleil et enflammer les voiles des navires romains qui attaquaient Syracuse (« miroir ardent »). Cette propriété de focalisation est utilisée de nos jours dans les télescopes ainsi que pour le four solaire d'Odeillo.

Le champ de vision humain est limité. En réfléchissant les rayons venant d'une autre direction, un miroir permet d'étendre ce champ de vision dans d'autres directions (mais il masque une partie du champ de vision direct) ; c'est le principe des rétroviseurs d'automobile.

Un miroir bien placé permet de voir derrière un objet ; par exemple, le coiffeur met un miroir derrière la tête du client pour que celui-ci puisse voir, dans le miroir lui faisant face, la coupe vue de derrière. Les dentistes utilisent un petit miroir au bout d'une tige pour voir l'arrière des dents. Les services de sécurité, police ou douane peuvent inspecter le dessous d'un véhicule, d'un meuble bas ou le dessus d'une armoire avec un système similaire.

Les miroirs évoqués ci-dessus ont pour but de donner une représentation fidèle (ou légèrement déformée mais agrandie) des objets. Mais un miroir peut aussi donner une vision volontairement déformée, par exemple dans les miroirs déformants des attractions de foire.

Les anamorphoses à miroir permettent grâce à l'interposition d'un miroir cylindrique ou conique de faire apparaître une image qui est la réflexion d'une image déformée conçue à cet effet. L'image déformée est peinte sur une surface plane autour d'un emplacement prévu du miroir ; ce n'est qu'en y installant le miroir que l'image apparaît non déformée sur la surface du miroir. Répandu au XVII ème et XVIII ème siècle, ce procédé d'anamorphose a permis de diffuser caricatures, scènes érotiques et scatologiques, scènes de sorcellerie et grotesques qui se révélaient pour un public confidentiel lorsque le miroir était positionné sur la peinture.

Les miroirs réfléchissent les rayons de manière symétrique, loi décrite par Descartes au XVIIe siècle. Ainsi, si l'on voit un objet, à partir de l'orientation du miroir (angle que fait sa surface avec l'axe de vision), on peut déterminer la direction dans laquelle se trouve l'objet observé. Ce principe est utilisé dans les sextants pour déterminer la hauteur d'un astre (angle par rapport à l'horizon), et par les géomètres pour déterminer les distances.

Un miroir peut réfléchir un rayon lumineux vers l'endroit d'où il vient, après avoir parcouru une certaine distance. Le temps de trajet de la lumière a ainsi servi à la mesure de la vitesse de la lumière. Cette vitesse étant connue, on peut se servir de cette technique pour déterminer les distances ; par exemple, on a mesuré la distance Terre-Lune à l'aide d'un laser réfléchi par un miroir placé sur la Lune par une mission Apollo.

Un miroir semi-transparent peut séparer un rayon de lumière en deux rayons identiques. Ces deux rayons ayant par la suite un trajet différent, la différence finale entre les rayons permet de connaître la différence entre les milieux traversés ou les objets rencontrés. C'est ainsi qu'en prenant un des rayons comme référence, on peut construire un hologramme. Cette technique est aussi utilisée en interférométrie ; cela peut servir en travaux pratiques d'optique pour apprendre à connaître les propriétés de la lumière, mais les interféromètres ont permis à Albert Einstein de déduire l'invariance de la vitesse de la lumière (expérience de Michelson-Morley), et on s'en sert pour étudier les ondes gravitationnelles.

Si un rayon est réfléchi et fait un aller-retour, il parcourt une distance double ; à l'aide de miroirs, on peut donc avoir un grand trajet optique dans un espace réduit. Ceci est utilisé pour certaines expériences d'optique, ainsi que pour avoir des télescopes compacts.

Si un rayon est piégé entre deux miroirs,cela crée une cavité résonnante qui permet de sélectionner les longueurs d'onde ; ceci est utilisé dans les laser et permet d'avoir une lumière monochromatique.

On notera qu'on se sert du test du miroir en zoologie et en philosophie de l'esprit pour apprécier le degré de conscience de soi dont font preuve les différentes espèces animales.

Symbolique des miroirs

Le miroir plan renvoie une image fidèle de la personne qui se regarde dedans, il est donc chargé d'une forte connotation symbolique. Il permet de se voir tel que l'on est, mais toujours sous un seul et même angle (face à face), notamment avec ses défauts. Il est souvent associé à la vérité, comme par exemple le Miroir Magique de Blanche-Neige.

Le miroir est également l'inverseur de la vérité. Dans Don Quichotte, le Chevalier des Miroirs est l'ennemi mortel de l'Hidalgo dont il renie l'inspiration.

C'est aussi un symbole fort de la mythologie japonaise, du shintoïsme ; c'est un des attributs de la déesse du soleil Amaterasu (ou Ameratsu).

Le psychanaliste Jacques Lacan définit le « stade du miroir », qui est le moment où l'enfant a conscience qu'il se voit lui-même dans un miroir. Cette connaissance de soi (et non cette reconnaissance, puisqu'avant de se voir dans un miroir, un enfant ne connaît pas l'apparence de son visage) intervient entre 18 et 24 mois, en général. Elle participe de la mise en place de différents sentiments, telle que l'empathie, la fierté, la honte et l'inversion (apparition de la négation).

C'est aussi le symbole d'une porte, d'une limite vers un autre monde, particulièrement mis en valeur dans Alice au pays des merveilles.

Sources
Wikipedia

Posté par Adriana Evangelizt

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