Les surprises de la nécropole romaine d'Evreux

Publié le par Adriana Evangelizt

Rites funéraires:

les surprises de la nécropole romaine d'Evreux

Photo prise le 25 janvier 2007 de l'un des squelettes découverts lors de fouilles à Evreux

Des fouilles menées à proximité du centre-ville d'Evreux, où des ossements humains ont été retrouvés en contact étroit avec de très nombreux restes de chevaux, viennent bousculer les certitudes des archéologues sur les rites funéraires de la Gaule romaine.

"C'est la première fois que l'on trouve quelque chose de semblable", relève Christian Goudineau, professeur au Collège de France et spécialiste de l'archéologie de la Gaule, venu visiter avec la presse le site découvert par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

"Chez les Romains, tout est très organisé et assez strict. On sait normalement à l'avance à peu près ce que l'on va trouver. Ici, pas du tout. Bien au contraire", explique Sylvie Pluton, la responsable du chantier.

Ici, c'est la nécropole du Clos au Duc, à quelques centaines de mètres de la gare de la préfecture de l'Eure. Le site est connu depuis le 19ème siècle et a produit de très beaux objets exposés au musée local. Mais ces fouilles anciennes ont généré peu de connaissances scientifiques sur les rituels funéraires qui y ont été pratiqués entre le 1er et le 4ème siècle de notre ère.

Sur un coteau où doit s'édifier un pavillon, les archéologues de l'Inrap ont retrouvé une quarantaine de squelettes sur quelques dizaines de mètres carrés. "Si normalement les nécropoles romaines sont bien organisées, ici aucune organisation ne semble se dessiner", relève Mme Pluton. On a retrouvé des dépouilles avec la tête à l'ouest, à l'est, au nord et au sud.

La position des corps y est inhabituelle. Après l'abandon graduel de la crémation, les Romains ont commencé à enterrer leurs morts. A Evreux, les squelettes retrouvés sur le dos sont très minoritaires.

"Surtout, ce qui est inédit, c'est l'association avec les chevaux. Dans les tombes romaines, on trouve souvent des offrandes alimentaires, mais c'était du porc, la viande la plus consommée. A 3ème siècle, on ne consommait plus de cheval, ce qui permet d'exclure la thèse de l'offrande", affirme-t-elle.

Photo prise le 25 janvier 2007 de l'un des squelettes découverts lors de fouilles à Evreux



Dans certaines civilisations, les guerriers étaient inhumés avec leur chevaux. Quelques cas sont connus chez les Gaulois, comme les célèbres cavaliers de Gondole, près de Clermont-Ferrand. Où plusieurs siècles plus tard, lors des invasions germaniques qui ont précipité la chute de l'empire romain.

Mais une distance était toujours maintenue entre dépouilles humaines et animales. Ici, des tronçons de chevaux, voire des animaux entiers, ont été disposés en contact direct avec les cadavres. "Toutes les tombes ne contiennent pas de chevaux, mais à chaque fois que vous trouvez du cheval, vous pouvez être sûr qu'il y aura des restes humaines en dessous", souligne Mme Pluton.

L'ensemble est difficile à dater, car presque dépouillé de tout objet rituel, à l'exception de deux vases typiques du 3ème siècle.

"Tout cela me laisse perplexe", concède le Pr Goudineau. "Je ne crois pas à une survivance gauloise, comme un culte d'Epona (la déesse des guerriers et des chevaux), après trois siècle de romanisation. Pourrait-on avoir disposé dans un grand trou esclaves et chevaux morts de maladie ? Mais des tombes ont été creusées avec un certain soin".

Antoine Cottard, chercheur de l'Inrap, note une volonté "de mise en scène" dans certaines tombes, avec par exemple un crâne humain enchâssé entre deux têtes de chevaux dépouillées de leur mandibule inférieure.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Histoire des hommes

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