Attention, vous êtes ciblé

Publié le par Adriana Evangelizt

''Attention'', vous êtes ciblé

Dans toutes les communautés d’Ile-de-France, le mouvement évangélique rallie les fidèles en ciblant son public : blacks, blancs et beurs. Tour d’horizon de quelques maîtres à penser.

L’école d’évangélisation du pasteur breton


L a rhétorique est guerrière, carrément offensive : le pasteur Edouard Fillon, 40 ans, parle de « lever une armée pour convertir la France en commençant par Paris et sa région, la première terre de mission ». Ce discours enflammé fait froid dans le dos. Et pourtant, avec sa mine réjouie et son sourire ultra-bright, Edouard exalte son auditoire. Habité par sa foi, inébranlable sur la guérison miraculeuse de son frère atteint de sclérose en plaques («  après qu’un pasteur eut prononcé une parole de révélation » ), l’homme a la conviction contagieuse. Une perle rare repérée par une poignée de pasteurs franciliens qui l’ont débauché illico de son église bretonne de Fougères et payé un aller simple pour la capitale. Ce jour-là, ils sont plusieurs dizaines – pasteurs, responsables de communautés, bénévoles… – à assister du côté de la Bastille au speech du tout nouveau directeur de l’école d’évangélisation de Clamart. Dans cette église évangélique de la rue de Charonne (11 e ), Edouard vient faire l’article de son établissement, Cijem Force, un projet inédit en France. Il fait sensation.


Son objectif : former des missionnaires chargés d’évangéliser non pas l’Afrique ni l’Europe de l’Est, mais l’Hexagone ! Contrairement aux écoles existantes, comme Jesus Revolution Army à Marseille qui, elles, fabriquent des disciples envoyés à l’étranger. L’implantation en région parisienne s’est vite imposée : « Il y a du monde, de la masse, explique Edouard. L’idéal pour inventer de nouveaux concepts d’évangélisation. » Installée à Clamart, Cijem Force accueille depuis septembre 2006 une quinzaine d’élèves de 18 à 35 ans. Pendant neuf mois, cette « jeune armée biblique » suit à la lettre un programme sacrément verrouillé qui n’omet aucune cible : sensibilisation auprès des enfants, évangélisation des musulmans « en allant dans les rues de Barbès, en visitant les mosquées afin de les comprendre et les aimer avant de les convertir ». Mais aussi sessions multimédia, « évangéliser par internet » , leçons de danse, de vidéo, de théâtre, « des langages que les jeunes comprennent, cela crée d’emblée un bon contact ».

Sans négliger les quartiers difficiles, où ils expérimentent différentes techniques d’approche. Celle du « sondage », par exemple. Le principe : interroger quelqu’un sur sa foi, histoire d’engager la conversation. « C’est la moins agressive, celle qui me met le plus à l’aise quand j’aborde quelqu’un dans la rue, confie Estelle, 26 ans, apprentie évangélisatrice, qui souhaite «  être formée pour aider, comme l’église m’a aidée, moi, pour sortir de ma boulimie ». Cette professeur de fitness arrive tout droit de Bretagne avec Yann, un magasinier de 28 ans, son mari, élève lui aussi. Leur fils de 2 ans, Clément, gambade tranquillement au fond de la classe, à côté du matelas installé pour la sieste. Neuf mois de congé sans solde pour étudier à Clamart, le tout subventionné par des économies et des dons de leur communauté bretonne. Un vrai casse-tête, cette histoire de sous. Aussi bien pour les étudiants que pour Edouard.


« On a vécu une avalanche de miracles », se félicite le pasteur Fillon. Financiers, les miracles. L’école est abritée gratuitement par l’église évangélique de Clamart et vit grâce à la générosité des communautés partenaires et des particuliers. Les frais d’inscription ne couvrent que le salaire des profs (une trentaine, dont une partie de bénévoles) et le matériel (ordinateurs, vidéos…). Le loyer mensuel du pensionnat adjacent s’élève, lui, à 25 000  € . « Il faudrait 25 élèves pour vivre correctement. »

Il y croit, Edouard. Et parle déjà d’ouvrir une seconde année, spécialisée sur le thème du « leadership », et d’autres centres de formation. Les troupes gagnent du terrain. « Le vocabulaire est guerrier, comme dans la Bible, Jésus était le chef de l’armée de l’éternel, nous ne menons pas une guerre humaine, mais spirituelle. » Voilà qui rassure.

Du croissant à la croix


Enfant, Saïd est « un bon petit soldat de l’islam ». Quatrième d’une fratrie de onze, il embrasse la tradition familiale et pratique un islam engagé, « voire radical » . Dans sa cité des Vosges, Saïd fait ses cinq prières quotidiennes, respecte le ramadan, célèbre toutes les fêtes religieuses. Son entourage diabolise le christianisme, compare les fidèles à des idolâtres. Alors forcément, lorsque ses parents découvrent qu’il lit la Bible en douce, c’est la guerre chez les Oujibou.

L’histoire douloureuse de sa conversion, Saïd, 38 ans, la raconte dans son one-man-show, « Liberté Egalité Couscous ». Pas si fréquent qu’un musulman fasse son coming out religieux sur scène. Son spectacle humoristique brise le tabou. C’est aussi du pain bénit pour les évangéliques. Saïd est un ambassadeur inespéré. L’islam, c’est la nouvelle terre de mission de ces protestants toujours en quête de nouveaux fidèles. Un gigantesque marché qu’ils attaquent discrètement mais sûrement. « Convertir est un business qu’ils exécutent à la manière d’un chef d’entreprise qui fait du chiffre », analyse Linda Caille, rédactrice en chef du mensuel « Mission ».

Voilà six mois que l’artiste trimbale son récit dans les banlieues. Son enfance marquée par le racisme, la violence… Parcours typique du déraciné pris en étau entre deux cultures : « Ma religion ne m’a pas aidé. » Sa sœur, convertie secrètement à force de fréquenter les voisins du dessus, « des Gaulois chrétiens », essuiera les plâtres. Battue et enfermée, elle persiste. Ses parents déchirent sa Bible et chargent Saïd de la surveiller. Cette mission le conduira dans une église évangélique. Une révélation : « C’était gai, accueillant, tout le monde s’intéressait à moi, c’est la première fois que je me suis senti aimé et accepté en France. » Il n’en faut pas plus pour aiguiser son appétit chrétien. Petit à petit, il se convertit. Drame familial. Lui aussi est frappé, insulté, mis au ban. Aujourd’hui, Saïd vit à Evry, il est pasteur itinérant.

Plusieurs associations sillonnent comme lui les quartiers sensibles, à la recherche d’âmes à convertir. Mena (Ministère évangélique parmi les nations arabophones) par exemple, émanation française de l’association Arab World Ministries, distribue dans la rue et sur les marchés Bibles en arabe et DVD. Les bénévoles de l’association Quartier libre plantent leur drapeau dans les cités : « Nous souhaitons avant tout recréer du lien social, il peut se passer des mois avant que nous leur parlions de Jésus. Ce n’est pas notre objectif principal », se défend son fondateur Didier Crelier. Sur son site, l’association parle bien de « vivre et partager l’Evangile avec les enfants là où ils habitent, apprennent et jouent ». La toute jeune Fédération des Nord-Africains chrétiens de France parle de 10 000 musulmans convertis au christianisme. D’autres évoquent à peine 2 000 convertis au protestantisme évangélique. Difficile de savoir. Chez les Oujibou, le calme est revenu. Le père de Saïd s’est converti deux ans après son fils.

Gospel : le bon filon


Le Centre du réveil chrétien ratisse large. Forum des entreprises, séminaires sur le succès, concerts et culte gospel, institut de formation, action sociale (collecte de vêtements et de nourriture), aide humanitaire… Le pasteur David Goma, 47 ans, et sa femme Jocelyne, 36 ans, ont fondé le CRC il y a cinq ans à Saint-Denis (93). Ils cartonnent. Le centre compte 400 ultrafidèles, majoritairement noirs et antillais (dont une centaine qui paient la dîme, soit 1/10 e de leur salaire mensuel) et 2 500 aficionados épisodiques (dons occasionnels). Le secret de ce succès ? Le gospel. Véritable aimant à croyants. Chaque dimanche, le groupe Total Praise se produit à l’église. Une trentaine de chanteurs, flanqués de robes orange à col jaune, clament leur adoration pour Jésus. Entre deux louanges, David et Jocelyne prêchent : le CRC a placé l’année 2007 sous le signe du succès. La semaine, les apprentis patrons peuvent s’inscrire au Forum des entreprises qui les aide à créer leur boîte et diriger leurs affaires « selon les valeurs de l’Evangile ». Sans compter les événements culturels destinés « à valoriser la vie chrétienne ». En octobre 2006, le concert au grand dôme de Villebon (91) du numéro un américain du gospel, Kirk Franklin, a attiré plus de 4 000 fans. Pour louer Kirk ou Jésus ? Les deux sûrement

Sources Top Chrétien

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Religions Extrêmisme

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