Histoire du tabagisme 1ère partie

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

HISTORIQUE DU TABAGISME


Professeur Robert MOLIMARD

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1ère partie

 

Le tabac n'est pas un sujet comme un autre. Ce comportement, qui asservit un aussi grand pourcentage de la population mondiale, retire des masses considérables d'argent des poches des plus pauvres, rend les états dépendants par les énormes ressources fiscales qu'il leur procure, alimente des industries tabagière et pharmaceutique florissantes dont les lobbies influencent les décisions politiques, soulève des passions.

Pourtant, ce comportement qui est responsable de 66.000 décès prématurés dans notre pays, "la plus grande cause de mortalité évitable" se plait-on à dire, souvent au terme de longues années de souffrance, aurait mérité une mobilisation scientifique sans précédent, au moins au même titre que l'épidémie de SIDA, qui en quelques années a abouti à la découverte du virus, des modes de transmission permettant une prophylaxie et à des médicaments de plus en plus efficaces. Des laboratoires où grouilleraient des centaines de chercheurs devraient se pencher sur le problème. Rien de tel, depuis 50 ans d'études épidémiologiques qui ont permis de mesurer l'ampleur de la catastrophe sanitaire qu'il entraîne.

Or on n'a pas vaincu la peste par des prières, des incantations, des autodafés, des processions. On l'a vaincue lorsque la mise en évidence du rôle de la puce du rat et la découverte parYersin du bacille responsable ont permis prophylaxie et développement de traitements efficaces.

C'est pourquoi le but primaire de cet enseignement est de vous donner des connaissances de base scientifiquement validées sur la chimie du tabac, ce qu'est une cigarette, le comportement du fumeur, les mécanismes pharmacologiques, psychologiques et sociologiques de la dépendance, et d'en déduire les stratégies que l'on peut actuellement préconiser ou tenter de valider quant à la prévention du tabagisme et aux moyens que l'on peut proposer aux fumeurs pour tenter d'abandonner ce comportement nocif.

Le deuxième objectif est de vous faire faire un tour d'horizon de toutes les approches de prévention et de réduction du tabagisme.

Le troisième objectif est de former ainsi des praticiens éclairés, capables de mettre en œuvre avec efficacité les notions théoriques acquises.

En conséquence

Le but n'est pas de former des "activistes anti-tabac", mais des experts.
Ce cours ne définit pas ce qui est "Le Bien" et ce qui est "Le Mal". Vous entendrez des opinions contradictoires, dont certaines pourront vous choquer. Mais c'est voulu, parce que la vie c'est la diversité et le mouvement. Il est essentiel que vous entendiez tous les sons de cloche, des activistes les plus durs au chercheur de l'industrie du tabac, afin de peu à peu vous forger votre propre opinion, basée sur le développement de votre sens critique.

Je serais comblé si, au sortir de cet enseignement, vous aviez pu développer en vous ces deux qualités qui sont la source unique de tout progrès :
1.- L'absence de préjugés, de censure systématique.
2.- Le DOUTE scientifique, la mise en cause de tout ce qui est présenté comme un dogme. Tout l'histoire des sciences n'est qu'un long et laborieux combat contre des certitudes et des vérités révélées.

 

Histoire du tabagisme

 

L'histoire du tabagisme n'aurait qu'un intérêt mineur s'il s'agissait simplement d'accumuler des anecdotes pour alimenter les conversations de salon.  Mais elle appelle à une grande réflexion pour tenter de ne pas renouveler d'anciennes erreurs et de développer des stratégies efficaces dans les politiques publiques.  Je voudrais à ce propos, et tout au long de cet enseignement, instiller dans vos esprits le doute scientifique.  Toute l'histoire des sciences montre que les progrès n'ont jamais été réalisés que lorsque des notions universellement admises ont été mises en question.  Ce n'est pas parce que tout le monde dit la même chose que c'est une vérité.  Sur ce point, la minorité n'a pas toujours raison, mais la majorité a toujours tort, surtout lorsqu'elle cherche à faire taire les contestataires sous le poids de ses évidences.

L'histoire

La fumée, subtile émanation du feu, qui semble lui emprunter sa force en s'élevant, au point que les Montgolfier lui attribuaient la vertu ascensionnelle, qui emporte et exalte les arômes des plantes, a fasciné l'homme bien avant qu'il connaisse le tabac.  Mille cinq cent ans avant notre ère, les fumigations constituaient la partie essentielle des rituels religieux de la période védique.  Le chanvre faisait vraisemblablement partie de ces rituels, puisque parmi les substances utilisées on comptait le  soma et le bhangas, et que bhang est le nom usuel du cannabis en Inde.  Selon Hérodote, les Scythes répandirent l'usage religieux du cannabis de la Sibérie à l'Europe au VIe et Ve siècle avant Jésus-Christ.  Lors de cérémonies, ils inhalaient la fumée exhalée par les graines et les sommités fleuries de chanvre jetées sur des pierres brûlantes.  C'est vraisemblablement la fumée de jusquiame qu'inhalait la Pythie de Delphes pour rendre ses oracles.  Les aromates, l'encens mêlés à la myrrhe et le benjoin ont été brûlés dans des rites de purification et d'exorcisme dans de nombreux cultes.  Un  autel des encens existait au temple de Jérusalem.  L'usage s'en répandait d'autant plus que certaines fumées génèrent une sorte d'enthousiasme, une élévation de l'âme et un obscurcissement de la conscience.  Par un glissement sémantique, le mot de fumée en est venu à exprimer ces vertus, si bien qu'on parle encore de nos jours des "fumées" de l'alcool.

L'utilisation individuelle n'était d'ailleurs pas inconnue.  Un cylindre assyrien du VIe siècle avant Jésus-Christ représente un roi, aspirant par un tuyau la fumée d'un petit fourneau rond.  On aurait retrouvé, dans des tombeaux celtiques d'Irlande et au Danemark certains ustensiles se rapprochant des pipes modernes, qui auraient pu servir à aspirer la fumée de quelque aromate, le tabac semblant exclu, puisque les nicotianées sont des plantes américaines et australiennes.  Pourtant l'utilisation d'une sorte de tabac sauvage à fleurs jaunes, qui pourrait être une variété de nicotiana rustica, aurait déjà été signalée en Chine dans la province de Gan Su en 225 de notre ère [1].  Quelques données récentes sont troublantes.  Ainsi, en 1992, une équipe de Münich a pu doser de la cocaïne, du haschich, mais également de la nicotine dans des momies égyptiennes d'un millénaire avant notre ère [2]. L'hypothèse la plus immédiate, en particulier pour les cheveux et les tissus mous, est celle d'une contamination par le tabagisme des archéologues. La présence dans les os pose un peu plus problème, mais la nicotine ayant une prodigieuse capacité de diffusion, il faudrait des études sur des momies de découverte récente vierges de tout contact avec de la fumée de tabac environnementale, et que l'analyse ait plutôt porté sur la cotinine pour emporter la conviction.  Aucun texte égyptien ne faisant état d'utilisation d'une plante pouvant être du tabac, cette nicotine pourrait provenir d'autres sources, puisqu'elle est présente en petite quantités dans d'autres espèces, voire d'une nicotianée sauvage comme il vient d'en être découvert une en Afrique.  La présence dans ces momies de cocaïne, qui n'a pas les propriétés de diffusion et d'adsorption de la nicotine, est beaucoup moins explicable, et pourrait suggérer l'existence de liens commerciaux très anciens avec le nouveau monde.  Quoi qu'il en soit, le terrain n'était pas vierge et était propice à l'implantation d'une nouvelle plante à faire de la fumée.

C'est bien comme des fumigations rituelles religieuses que Luis de Torrès et Rodrigo de Jerez, compagnons de Christophe Colomb, interprétèrent le comportement des Indiens lorsqu'ils débarquèrent de la Pinta sur le sol de Cuba le 28 octobre 1492 et se mirent à explorer la région.  "Nous observâmes avec inquiétude ce qui nous a semblé être un sacrifice rituel par le feu, car nombre de ces indigènes portaient à leur bouche des tubes ou des cylindres se consumant à leur extrémité et ils les suçaient, des tubes à travers lesquels ils aspiraient de la fumée, et de leur apparent confort nous en déduisons qu'il doit s'agir d'un rituel important dont ils semblent éprouver une satisfaction des plus grandes.  Nous vîmes même d'ailleurs ces indigènes s'offrir les uns aux autres ces tubes étranges et les allumer".

Christophe Colomb et ses amis ont cependant vite constaté que, chez les indiens, la fumée n'avait pas ce caractère sacré ou thérapeutique qu'elle avait revêtu dans l'Antiquité ou au Moyen-âge.  Chacun, du moins à partir d'un certain niveau social, pouvait fumer à sa convenance.  La pipe était préférée au cigare par les indiens de classe sociale plus élevée, ou dans des circonstances sociales plus recherchées comme les banquets.  Au fur et à mesure des expéditions explorant de plus en plus profondément les terres indiennes, on découvrit qu'on fumait partout, soit des feuilles roulées en cylindre, soit en aspirant la fumée à travers un tuyau ou un roseau.  On utilisait aussi cette herbe séchée en la mâchant, en la suçant, ou même en boisson.  Barthélemy de Las Casas, qui avait accompagné Colomb en 1492 et en 1502, en parle dans son ouvrage "Historia de las Indias".  "Ce sont des herbes sèches, enveloppées dans une certaine feuille, sèche aussi, en forme de ces pétards en papier que font les garçons à la Pentecôte.  Allumés par un bout ou par l'autre, ils le sucent ou l'aspirent ou reçoivent avec leur respiration vers l'intérieur cette fumée, dont ils s'endorment la chair et s'enivrent presque.  Ainsi ils disent qu'ils ne sentent pas la fatigue".  Et déjà, très perspicace, Las Casas note la dépendance qu'induit cet usage : "J'ai connu des espagnols dans l'Ile Espagnole (Saint-Domingue) qui s'étaient accoutumés à en prendre et qui, après que je les en aie réprimandés, leur disant que c'était un vice, me disaient qu'il n'était pas en leur pouvoir de cesser d'en prendre.  A cette plante, les navigateurs donnent le nom de tabacco".  Les européens, marins ou explorateurs, initiés par les indiens, se mirent à fumer et répandirent rapidement l'usage du tabac de l'autre côté de la Cordillère des Andes où il n'était pas encore connu, au Pérou avec Pizarre et Almagro, au Chili vers 1540.

Tout naturellement, les marins et soldats revenant en Europe y rapportèrent le tabac, qu'ils fumaient dans les rues de Lisbonne et de Barcelone.  On fumait déjà dans les ports de la côte occidentale de l'Afrique avant même que le tabac se répandît dans les pays européens.  Mais d'autres navigateurs, explorateurs et évangélisateurs du Nouveau monde préparèrent l'introduction massive du tabac en Europe.  Cortez en avait déjà envoyé des graines en 1518 à Charles-Quint.  André Thévet, un moine cordelier qui avait fait partie de l'expédition de Villegaignon partie en 1515 pour coloniser le Brésil, dût regagner la France en 1556 parce qu'il était tombé malade, et se fit l'apôtre du tabac.  C'était justement l'aumônier de Catherine de Médicis.  Est-ce lui qui, par l'intermédiaire du Cardinal de Lorraine, fit  souffler à son protégé Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, l'idée d'envoyer à la Reine de la poudre de tabac pour traiter ses migraines?  L'idée vint-elle de Jean Nicot qui, le 26 avril 1560, écrivait au Cardinal "J'ai recouvré une herbe d'Inde merveilleuse et expérimenté la propriété contre le noli me tangere (dermatose prurigineuse), les fistules déplorées comme irrémédiables par les médecins et de prompt et singulier remède aux nausées".  Le tabac fut-il salvateur ?  Le succès en fut sans doute suffisant pour que la mode à la Cour tournât à la furie et que l'usage s'en répandît comme une traînée de poudre.  Cet utilisation médicinale a certainement favorisé la progression de l'usage, en particulier dans les sociétés aristocratique et bourgeoise.  C'était un remède universel, adapté aux maladies les plus diverses.  Le tabac guérissait nausées, plaies, ulcères, dartres, morsures de chiens enragés, rhumatismes. Comme il coûtait cher, Catherine de Médicis encouragea sa culture en Bretagne, en Gascogne et en Alsace.  On le nommait tabac, pétun, nicotiane.  Il n'y eût pas de mots assez flatteurs pour cette panacée.  Herbe à l'Ambassadeur, Herbe à la Reine, Médicée, Buglosse ou Panacée Antarctique, Herbe sainte, Herbe sacrée, Herbe à tous les maux, Jusquiame du Pérou.  Son introduction en Italie en 1561 par le Cardinal Prospero de Santa-Croce et le Nonce Tornadon lui valurent les noms d'Herbe de Sainte-Croix et de Tornadonne.

 

DEUXIEME PARTIE

Sources Formation tabacologie

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans TABAC-CANNABIS-DROGUES

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