Visages féminins de l'Islam

Publié le par Adriana Evangelizt

Article intéressant sur la petite "démocratisation" de l'Islam en Egypte où des prêcheurs femmes sexologues abordent le thème de la sexualité y compris avec les hommes...

Personnellement, je pense que de nombreux problèmes relationnels entre hommes et femmes viennent de la possessivité et de la jalousie. Ces deux fléaux entraînant un manque de confiance qui conduit les plus "les plus arriérés" à toujours suspicionner l'Autre et à l'obliger à se voiler pour ne pas que ses charmes soient visibles par d'autres. Sous prétexte que c'est un précepte de Dieu  « Le hidjab est un devoir envers Dieu, et la femme doit se soumettre à cet ordre et montrer sa foi sincère » cela s'est transposé en obligation vis-à-vis du conjoint. Il y a beaucoup à dire sur le sujet, je suis en train d'écrire un article que je poserai ce soir sur mon blog de poésie.

 

Visages féminins de l’islam

par Wendy Kristianasen

Au Caire, le changement est dans l’air. Tout au long de l’année, des gens de divers horizons, de la gauche aux islamistes, ont manifesté contre la décision du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis un quart de siècle, de se présenter à nouveau à l’élection présidentielle. « Kefaya » (« assez ») : tel est le nom du mouvement populaire pour le changement.

Mme Nawal El-Saadawi, une militante féministe de longue date, psychiatre et écrivaine, âgée de 73 ans, s’est portée candidate à cette élection. Même si la commission électorale ne l’a finalement pas retenue, son geste reflète un nouveau climat dans un pays où les femmes représentent 53 % de la population, mais n’occupent que 2,5 % des postes politiques. Le politique n’est pas le seul domaine dans lequel s’affirme cette volonté de changement. Des femmes musulmanes engagées se battent aussi pour l’égalité des droits, notamment dans le domaine de la... religion.

Le mouvement féministe égyptien, avant-garde de la lutte des femmes arabes, était historiquement non confessionnel. Le film remarquable de Hala Galal, Dardasha nissa’iyaa (2004), montre les évolutions à travers quatre générations d’une même famille. Les plus âgées, tête nue et décidément modernes, se souvenant du mouvement féministe lancé par Hoda Charaawi dans les années 1920, se trouvent confrontées à leurs petites et arrière-petites-filles, portant le hidjab (foulard). Force est de le constater : l’immense majorité des femmes au Caire – plus de 80 % – est voilée, notamment dans les boutiques chics et les cafés aux noms européens, ainsi que dans les quartiers de la bourgeoisie montante, à Mohandisin ou dans les ruelles ombragées et riches de Zamalek.

Personne, même pas les laïques les plus convaincues, ne met en cause le rôle de la religion. Ainsi, le Dr Hoda Sophi, une économiste, spécialiste de la planification au très gouvernemental Conseil national des femmes, la seule de nos interlocutrices à ne pas porter le foulard, explique : « Ce qui me préoccupe, ce sont les stéréotypes sur les femmes. Cela vient de notre culture traditionnelle. C’est cela, notre vrai problème, pas le hidjab ou l’islam. Nous essayons avec force de clarifier l’essence de l’islam et de la séparer de la tradition. »

Omaima Abou Bakr est une universitaire, cofondatrice du Forum pour les femmes et la mémoire, un centre de recherche non gouvernemental qui se consacre aux problèmes des rapports sociaux de sexe. Se définissant comme « féministe avec certaines réserves, une féministe arabe et musulmane », elle veut combler le fossé entre les femmes laïques et islamistes, « un fossé qui continue d’exister même s’il a été un peu marginalisé par la focalisation actuelle sur la démocratisation ».

C’est parmi les femmes islamistes, confrontées à une version plus douce et plus progressive du « nouvel islam », que les plus grands changements se produisent. Mme Dalia Salaheldin, 35 ans, travaille comme journaliste sur Islamonline (IOL), un site pionnier en anglais et en arabe, ouvert en 1999. Elle a commençé à porter un voile à l’université, contre la volonté de ses parents. Elle se passionne pour son travail : « Ce n’est pas juste un boulot, c’est le choix de ma vie. IOL cherche à montrer la réalité de l’islam, qui a été déformée au cours des années. La tradition a obscurci la religion. Je pense que les musulmans doivent être blâmés pour cela. »

 

Madame Samar Dowidar, âgée elle aussi de 35 ans, s’occupe des questions sociales sur le site arabe d’IOL. Elle reçoit six cents lettres chaque semaine, dont un tiers concernant des sujets « sensibles », comme la drogue, l’adultère, l’homosexualité, la masturbation. Un certain nombre sont publiées avec des réponses, ce qui participe de l’islam nouveau et ouvert.

Mme Dalia Youssef, 27 ans, qui se définit comme une « militante musulmane », explique que travailler pour Islamonline était son rêve et a élargi son horizon : « Le mouvement des femmes se voulait non confessionnel, et les islamistes étaient réactionnaires et sur la défensive. » Elle en semble persuadée : « Nous, islamistes, devenons plus ouverts et notre pensée est plus élaborée. Nous reconnaissons l’existence de problèmes et nous cherchons à voir comment les résoudre. Cela rapproche les nouvelles générations non confessionnelles ou islamistes. »

Les fondateurs d’IOL ont aidé à apporter le « nouvel islam » en Egypte. Résultat de la mondialisation, des télévisions par satellite, des clips, des prêcheurs charismatiques comme M. Amr Khaled proposent une vie meilleure, un assortiment de bien-être matériel et de Dieu. Ce mélange favorise une « pensée positive » – pour les femmes, il s’agit avant tout d’encourager leur confiance en elles-mêmes et leur prise de responsabilités.

C’est particulièrement vrai dans le domaine de la religion. On demande de plus en plus de prêcheurs femmes, et l’université musulmane d’Al-Azhar a ouvert pour elles une section spéciale en 1999. Le ministre des affaires religieuses a annoncé en avril 2005 qu’il sélectionnerait cinquante-deux femmes formées (parmi huit cents candidates) pour jouer le rôle d’imam dans les prières... réservées aux femmes. Mme Shirin Sathy est l’une des plus populaires : sa prière du mercredi, à la mosquée Sidiqi, dans le quartier prospère d’Héliopolis, attire des foules de quatre cents femmes. La mosquée est pleine à craquer, mais l’atmosphère est détendue : des femmes des classes moyennes, d’âges variés, voilées de différentes manières, conversent, prient, lisent les messages sur leurs téléphones portables. Mme Sathy arrive dans une robe noire et avec une énorme kheima (châle pour la tête) blanche. Ensorcelé, le public suit son prêche, retransmis par amplificateurs.

Mme Magda Amer est un personnage surprenant, avec ses cheveux frisés roux, son rouge à lèvres abondant, son grand sourire. Elle n’était pas pratiquante dans sa jeunesse, mais elle enseigne désormais les droits des femmes, le fiqh et la charia (1), qu’elle a étudiés quatre ans à Al-Azhar. Elle aussi prêche à la mosquée Sidiqi et elle n’hésite pas à se servir de textes occidentaux populaires, comme Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus  (2) : « Je prends ce qui est positif et conforme à l’islam. Je me concentre sur l’art de traiter avec les hommes et sur ce qui arrive aux femmes faute de savoir s’y prendre. Je leur apprends à ne pas demander : “Où étais-tu, pourquoi es-tu en retard ?” Avec tous ces conseils, j’ai sauvé nombre de mariages. » Ce n’est pas tout. Mme Amer enseigne aussi l’immunologie, et elle a ouvert à Héliopolis, il y a trois ans, un magasin diététique où elle vend du riz brun, du blé, de l’orge et du sésame cultivés en Egypte. Sa boutique fait partie d’un waqf  (3), et les profits vont à la mosquée. C’est aussi un lieu où elle peut soigner les gens – non officiellement.

Une autre pratique se développe dans les classes moyennes du Caire : les réunions privées pour l’instruction religieuse. Les invitations se font de bouche à oreille (elles ne sont pas autorisées officiellement). Ces salons islamiques, ou halaqat (« cercles »), ont été lancés dans les années 1990 par Mme Suzie Mazhar, une femme riche et pieuse. Au départ, avant les prêcheurs femmes, c’était un prêcheur homme, caché derrière un rideau, qui apportait la bonne parole ! Elle a recruté nombre d’actrices et de danseuses « repenties » (sic) – comme la très attirante Chems Al-Baroudi, connue sous le surnom « la tentatrice », qui, avec d’autres, a soudain cessé de jouer, mis un neqab (voile pour le visage) et commencé à étudier l’islam. On le voit, l’engagement dans des activités féminines ne débouche pas forcément sur une interprétation progressiste de l’islam.

On assiste aussi au développement des femmes muftis (muftiyya). Diplômées d’Al-Azhar, versées dans les hadith et la sunna (4), ces femmes pratiquent l’ijtihad  (5) et prononcent les fatwas pour résoudre les problèmes des gens, en accord avec la charia, mais avec une compréhension réelle des difficultés de la vie quotidienne. Depuis quatre ans, une campagne s’est développée pour voir leur statut reconnu officiellement. En attendant une décision du président Moubarak, l’université d’Al-Azhar a nommé des femmes comme doyennes à la faculté des études islamiques, et le quotidien officieux Al-Ahram comme la télévision publique diffusent des fatwas de femmes. Islamonline a sa propre muftiyya, la professeure Souad Saleh, une des doyennes de l’université d’Al-Azhar.

La section des fatwas de l’IOL répond ainsi à une question sur le droit d’un homme à imposer le foulard à sa femme : « Le hidjab est un devoir envers Dieu, et la femme doit se soumettre à cet ordre et montrer sa foi sincère en Dieu. Toutefois, imposer cela à votre femme est négatif. Vous devez être patient et faire appel à ses sentiments. » Autre réponse sur la possibilité de pratiquer des fellations : « Tous les actes qui satisfont les épouses et leur plaisent sont acceptés, à deux exceptions près : l’amour anal et l’amour pendant les règles. Il est donc permis aux époux et aux épouses de pratiquer cunnilingus et fellations. »

Dans d’autres domaines aussi, les femmes font des vagues au nom de l’islam. Mme Heba Qutb est une militante musulmane voilée, titulaire de deux doctorats, dont un de l’université Maimonide de Floride. Elle est aussi sexologue. Dans sa clinique de Mohandisin, elle traite principalement les problèmes des hommes. Elle a écrit une étude sur la sexualité dans l’islam. « Je suis une pionnière : le défi est de changer la vision de l’islam. Mes recherches dans les sources islamiques m’ont permis de mesurer que l’islam avait compris la place des relations sexuelles dans le mariage bien avant le reste du monde. »

Pour celles qui y participent, ces activités sont libératrices. Mais est-ce que les attitudes fondamentales ont changé ? A Islamonline, on rencontre une volonté réelle de réexamen de la tradition. Dans les salons islamiques et les mosquées, pas encore ; on continue à utiliser la langue traditionnelle, mais ce sont les femmes qui la parlent. Qui peut dire où conduira l’appel du nouvel islam à la prise de responsabilités des femmes ?

 

Notes :

(1) La charia est la loi islamique, et le fiqh le droit musulman.

(2) John Gray, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, J’ai lu, Paris, 2002.

(3) Les waqf sont des biens de mainmorte.

(4) Les hadith sont les paroles et actes de Mahomet et de ses compagnons, regroupés dans la sunna.

(5) Effort d’interprétation personnel à partir du Coran et de la sunna.

Sources Monde Diplomatique

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Religions Extrêmisme

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