Une arche de Noé au cœur de l’Arctique

Publié le par Adriana Evangelizt

Une arche de Noé au cœur de l’Arctique


Non loin du pôle Nord, à Svalbard, la plus grande banque génétique au monde va voir le jour. Ce « temple » qui doit résister aux catastrophes, aux guerres et aux bouleversements climatiques.


Le projet intéresse aussi la Suisse qui voudrait déposer un lot de son patrimoine végétal agricole en lieu sûr


Ce qui a été défini comme « le dépôt de l’Apocalypse » est l’une des plus récentes créations de l’homme en mesure de résister aux changements climatiques, aux guerres nucléaires et même à la chute d’astéroïdes.

De fait, le Svalbard International Seed Vault (SISV, Dépôt international pour les semences à Svalbard) est une véritable forteresse. Il est fiché au cœur d’une montage de l’archipel de Svalbard, dans les eaux glacées de l’océan arctique.

Le caveau de béton armé est protégé par une carapace formée de dizaines et de dizaines de mètres cubes de roche et de glace. Un tunnel long de 120 mètres et une série de portes blindées coupent cette chambre forte du monde extérieur.

Le plus grand congélateur du monde


« Chaque jour, nous perdons irrémédiablement une part de la biodiversité des espèces cultivées de la planète », rappelle Cary Fowler, le directeur exécutif de Global Crop Diversity (GCDT, Fonds pour la diversité des semences de culture dans le monde), promoteur du projet norvégien.

Le but du SISV, dont les travaux d’excavation de la montagne en vue de la construction de l’édifice ont débuté en mars dernier, « est de conserver les semences qui permettront à l’agriculture de s’adapter aux défis imposés par les changements climatiques et les maladies qui peuvent anéantir les récoltes », poursuit Cary Fowler.

Le choix du site du SISV – qui devrait être achevé dès 2008 – n’est pas le fruit du hasard. Les îles de l’archipel de Svalbard sont les surfaces terriennes les plus septentrionales de la planète. Elles constituent le dernier rempart terrien avant le Pôle Nord. « C’est un endroit retiré, qui offre la stabilité indispensable à un projet amené à durer sur le long terme », explique encore le chercheur.

Eviter tout risque


Le permafrost qui entoure le futur édifice, doit garantir un refroidissement permanent oscillant entre - 4 et -6°. Une température propre à empêcher la germination. Les quelque 3 millions de semences qui forment l’essentiel de l’agriculture mondiale, trouveraient refuge dans le dépôt du bâtiment, en cas de défaillance du système d’alimentation énergétique (à -18°).

Situé à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, le SISV - dont le coût est estimé à près de 5 millions de dollars - resterait à l’abri de l’humidité, même dans l’hypothèse d’une fonte totale des glaces et de l’élévation du niveau des océans qui en découlerait.

Pour éviter tout risque de détérioration ou de contamination, les semences seront renfermées dans des conteneurs d’aluminium étanches, sortes de « boîtes noires » spécialement conçues. Elles ne seraient dévérouillées que si toutes les autres sources de semences de la planète étaient épuisées ou détruites.

Garantir la sécurité alimentaire


La Suisse s’intéresse de près au projet qui doit voir le jour à Svalbard. « Même si nous ne participons pas directement à sa réalisation, nous voudrions y stocker un lot de duplicata de semences conservées à la banque de gènes nationale », explique François Pythoud de l’Office fédéral de la culture.

« Les détails du stockage seront discutés ultérieurement, lorsque le GCDT aura établi ses critères de gestion et de dépôt », précise encore le fonctionnaire.

Pour la Direction du développement et de la coopération (DDC), qui participe à la création du Fonds international, le SISV correspondant à une véritable nécessité.

« Les ressources génétiques sont le pilier de la sécurité et de l’approvisionnement alimentaire mondial, en particulier dans les pays en voie de développement. Par conséquent, des endroits sûrs, où stocker la semences assurant leurs survie sont une véritable nécessité », explique Katharina Jenny, de la Section des ressources naturelles et de l’Environnement à la DDC.

Mieux vaut prévenir...


« Malheureusement, c’est précisément dans les pays pauvres que les banques de gènes sont exposées aux difficultés liées à leur financement, aux catastrophes naturelles et aux conflits », ajoute la spécialiste.

Ainsi, en septembre 2006, un typhon qui s’était abattu sur les Philippines avait sévèrement endommagé la banque de semences du pays.

Même si le danger d’une telle catastrophe naturelle est plutôt faible en Suisse, le responsable de la banque de gène de la station fédérale de Changins dans le canton de Vaud, préfère ne pas courir un tel risque.

« Garantir une réserve est certainement utile, parce que nous ne sommes jamais à l’abri d’un incendie ou d’une inondation », précise l’ingénieur agronome Geert Kleijer.

swissinfo, Luigi Jorio, de retour de Svalbard (Traduction de l’italien : Nicole Della Pietra)

Sources Armées com

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Arctique-Antarctique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article