2 - La grippe aviaire: une aubaine pour "Big Chicken"

Publié le par Adriana Evangelizt

 

 

 

La grippe aviaire: une aubaine pour "Big Chicken"

2ème partie

1ère partie

La privatisation de la grippe aviaire: l'ultime menace sur la santé

Les mêmes tensions affectent l'aspect qui concerne la santé humaine dans  la crise de la grippe aviaire. Le 9 février 2007, la nouvelle éclata dans les médias internationaux que l'Indonésie avait interrompu la livraison des échantillons du virus local H5N1 (grippe aviaire) à l'OMS. Quand l'histoire est arrivée, le gouvernement indonésien avait appris qu'une firme australienne, CSL, était en train de développer un vaccin contre la grippe aviaire basé sur les échantillons provenant d'Indonésie, que Jakarta avait livrés à l'OMS, sans information ni demande d'autorisation. Pour se venger, raconte-t-on ensuite, Jakarta avait fermé la porte à l'OMS, symbole mythique de la coopération internationale dans la lutte contre tout risque de pandémie de grippe aviaire, et conclu à la place un accord privé avec une grosse compagnie pharmaceutique étasunienne, Baxter International, qui avait accepté de produire et de fournir des vaccins à l'Indonésie aux conditions du gouvernement.

Partout dans le monde, mais surtout en Occident, les populations condamnent et dénoncent l'Indonésie pour cette manœuvre. Le gouvernement a très vite été accusé de cupidité, d'avoir fait une erreur, de manquer de perspicacité et d'être nationaliste, comme si on disait que l'Indonésie était obligée de donner pour que d'autres puissent  vendre. Vu de Jakarta, c'est très offensant. C'était de nouveau comme à l'époque coloniale.

Quand les choses se sont calmées, et que l'OMS et le ministre de la Santé indonésien ont signé un accord de paix en termes de relations publiques , il est devenu clair que beaucoup de gens n'avaient pas compris ce qui se passait et ce qui était en jeu.

L'Indonésie n'était pas le premier gouvernement à cesser d'envoyer des échantillons du virus de la grippe aviaire à l'OMS. La Chine l'avait déjà fait. D'ailleurs, l'Indonésie n'a cessé d'envoyer que les échantillons physiques du virus à partir de son territoire. Elle n'a pas cessé de collecter le matériel et d'envoyer les données à Genève. Manifestement, Jakarta n'était pas en train d'essayer de prendre le reste du monde en otage, mais d'essayer de résoudre un problème national urgent.

Le problème pour le gouvernement indonésien est qu'il a besoin d'un approvisionnement suffisant en vaccins pour traiter la question de santé publique qui représente une bombe à retardement sur laquelle il est assis.  C'est l'Indonésie qui a été le plus touché de tous les pays par le virus H5N1. Le virus est à l'état endémique maintenant dans sa volaille; les gens continuent d'en mourir (38% de tous les cas rapportés d'êtres humains morts de la grippe aviaire dans le monde sont indonésiens), et c'est le quatrième pays le plus peuplé du monde. Ce qui est en jeu est tout simplement considérable. Le gouvernement a calculé que l'approvisionnement global de tout traitement sera nécessairement limité; qu'il ne peut et ne pourra pas s'offrir la plupart des vaccins, en particulier pendant la période de pénurie que toute pandémie entraîne; et qu'il a besoin d'un vaccin développé à partir de souches locales de la grippe pour une plus grande efficacité. Le système de l'OMS, à cet égard, ne conduit nulle part pour un pays comme l'Indonésie. L"organisation demande à ses pays membres d'envoyer des échantillons de tous les cas isolés de grippe aviaire, humains et animaux. Les échantillons sont conservés dans quatre centres collaborant avec l'OMS, basés comme par hasard dans les pays riches (Royaume uni, Japon, Etats-Unis et Australie),  et les données alimentent une base de données protégée par un mot de passe, installée (est-ce étonnant?) aux Etats-Unis. On demande donc à un pays comme l'Indonésie de fournir gratuitement des échantillons de virus et de laisser les gros fabricants de produits  pharmaceutiques accéder aux informations pour qu'ils produisent des médicaments dont ils détiendront les droits de propriété. C'est exactement ce qui s'est passé avec CSL. Le déséquilibre de pouvoir inhérent à ce système est choquant. 

Lorsque l'Indonésie a dit "plus jamais", elle disait "c'est injuste". Ce n'est pas juste que les pays pauvres fournissent la "matière brute", gratuitement, à une entreprise pharmaceutique mondiale qui concentre le pouvoir du marché et tire des profits considérables par le biais de ses privilèges de monopole appelés brevets, en particulier quand ce sont les pays pauvres qui affrontent les plus gros problèmes de santé publique. Ce que l'Indonésie a réclamé par conséquent, comme d'autres pays qui se battent avec la crise de la grippe aviaire, comme la Thaïlande, c'est que l'OMS et les autres organismes les aident à développer la capacité de produire leurs propres vaccins eux-mêmes. Le brevet, que les pays en développement sont obligés d'accepter et auquel ils doivent se conformer, empêchera toujours que ça se passe comme ça. C'est ce que le brevet est censé faire: réprimer ("réguler") la concurrence. C'est pourquoi les géants des produits pharmaceutiques comme Syngenta, Novartis et Pfitzer se battent avec tant d'acharnement actuellement en Inde, en Thaïlande et aux Philippines, pour empêcher, autant que possible, la licence obligatoire et la fabrication générique. Il s'agit d'un pur problème d'opposition entre des intérêts commerciaux bornés et des intérêts publics larges. Quand les pays en développement, conduits par la Thaïlande, ont essayé de changer le système de distribution des échantillons de grippe aviaire de l'OMS en juin dernier afin qu'il soit limité à des objectifs non-commerciaux, il leur a été opposé un "non" catégorique.

Aujourd'hui on commence à dire que "D'accord, l'Indonésie a marqué un point. Tout vaccin contre une pandémie de grippe aviaire devrait être partagé. Et la technologie pour produire ce vaccin devrait aussi être partagée. La grippe aviaire est un problème de 'santé publique' qui demande une réponse allant dans le sens du 'bien public'." C'est juste. Et en Indonésie, des groupes comme le Syndicat Sebindo insistent catégoriquement pour que tout vaccin pour les êtres humains contre la grippe aviaire soit gratuit, et non vendu. Mais cela n'arrivera pas, ou nous retomberons sans arrêt dans ce dilemme, sauf si les gens contestent vraiment le système des brevets, qui n'apporte pas grand chose à la santé mais dont l'objectif est d'enrichir encore plus les PDG des compagnies pharmaceutiques et leurs actionnaires. Demain, quand des laboratoires vont breveter le virus H5n1 lui-même, les gens crieront certainement que c'est un crime. Mais demain, ce sera trop tard.

Punir les pauvres

La réponse à la crise de la grippe aviaire se déroule comme un programme d'ajustement structurel. Ici aussi, le monde des affaires et les organismes internationaux se servent d'une calamité, favorisée par les modèles qu'ils ont eux-mêmes mis en place, pour augmenter les profits des entreprises et faire avancer des réformes encore plus profondes qui presseront encore davantage les pauvres. Mais, tout comme les organisateurs des fameux programmes d'ajustement structurel qui ont tellement dévasté les pays du Sud, les autorités qui gèrent la crise de la grippe aviaire sont en train aussi de perdre toute légitimité.  De plus en plus de gens sont convaincus que les réponses officielles à la grippe aviaire ont moins à faire avec la santé publique qu'avec les pouvoirs politiques.  Et la résistance locale se construit petit à petit, engendrant des tensions entre les différents niveaux du gouvernement qui doivent faire face à la colère de leur population et les organismes internationaux où les lobbies des entreprises sont bien établis.  C'est la raison pour laquelle des moyens plus importants sont déployés actuellement, y compris la force militaire et les sanctions économiques, pour imposer les directives centrales

La vision que prônent les entreprises, c'est à dire des élevages industriels et des abattoirs entièrement intégrés, produisant à la chaîne des volailles standardisées pour les étalages des supermarchés –déjà baptisé système du "Big chicken" pour le degré de contrôle qu'il implique – est plus que jamais enfoncée dans le crâne des décideurs. La menace d'une pandémie de grippe aviaire met en œuvre cette vision plus vite et plus profondément qu'elle ne l'aurait été sans elle. Mais les souffrances que cela cause à ceux qui sont broyés par les réformes, sans parler des risques que cela pose pour la santé de toute la planète, sont considérables.  Le revers de la médaille de la manne que cela représente pour les entreprises, c'est la destruction des systèmes traditionnels d'élevage et la biodiversité de la volaille dont dépendent des centaines de millions de personnes pour leur sécurité alimentaire et leurs moyens d'existence. En agissant ainsi, cela sape aussi les bases d'une solution à long terme pour la grippe aviaire. Comme nous allons commencer à le voir en Indonésie et ailleurs, les gens n'ont pas d'autre choix que de résister.

Contributions: Riza Tjahjahdi et les bénévoles de  Biotani Foundation Indonesia ont généreusement apporté leur aide  à ce rapport par leurs recherches de données de base.


* Le terme 'Big Chicken' vient de Wendy Orent, une anthropologue et auteure d'ouvrages scientifiques des Etats-Unis.(ndt: Il fait référence au "Big Brother" du roman 1984 de George Orwell, personnage qui symbolise le contrôle totalitaire de la société par un état policier)

Sources Grain

Posté par Adriana Evangelizt



 

A qui profite la grippe aviaire ?

 

Par Salim A. Bourras

 

 

Des aspects sinistres de la grippe aviaires commencent à apparaître au grand jour. Au-delà de la crise sanitaire, les enjeux économiques ont pris le dessus sur les priorités de santé publique. Criminalisation des élevages familiaux, indisponibilité des vaccins pour les pays pauvres et lobby économique autour de l’octroi des aides, telles sont les autres facettes de cette crise.

Les pays pauvres privés de vaccins -

A peine quatre ans après les premières flambées en Asie du Sud-Est, les enjeux commerciaux autour de la grippe aviaire sont devenus aussi importants que ceux autour du sida ou du cancer. Les multinationales pharmaceutiques se sont engagées dans une bataille commerciale à l’échelle planétaire, qui ne fait qu’amplifier l’écart dans l’accès aux soins et aux vaccins antigrippaux, entre pays riches et pays en développement. A cause des contrats d’exclusivités signés entre les puissances économiques mondiales et les transnationales du médicament, les stocks mondiaux de vaccins sont gelés pour toute la première année suivant le déclanchement de l’épidémie [1]. Les pays les plus touchés et qui en ont le plus besoin - tels que l’Indonésie ou l’Egypte - en seront privés.

Le jeu dangereux du lobby pharmaceutique -

Selon le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), les pertes des pays en voie de développement en royalties sur les produits pharmaceutiques s’élevaient à 5.4 milliards de dollars en 1994. Contraint par l’OMS, les pays touchés par la grippe aviaire doivent partager les souches du virus que leurs services sanitaires collectent sur le terrain. Cependant, les organisations humanitaires et citoyennes dénoncent le parti pris de l’Organisation onusienne qui favorise clairement les multinationales. En effet, alors que les laboratoires des firmes peuvent disposer librement de ces souches pour fabriquer des antigrippaux, les pays pauvres n’ont en contre partie aucune garantie de pouvoir en disposer. Les brevets qui protègent ces vaccins permettent aux firmes d’imposer leurs prix et de les maintenir au plus haut niveau.

La faute aux élevages familiaux et aux oiseaux migrateurs !

« Aujourd’hui, plus que jamais, l’agrobusiness utilise cette calamité pour consolider ses chaînes alimentaires ferme-usine-supermarché alors que ses concurrents des petites fermes sont criminalisés » [2]. En effet, les élevages familiaux et de petites tailles sont systématiquement criminalisés, notamment dans les cas de contamination humaine. Rappelons, que la première flambée de grippe aviaire en Asie du Sud-Est, et qui avait touché Vietnam, Thaïlande, Cambodge, Laos et Indonésie, s’était produite dans des fermes d’élevage industriel. Selon David Nabarro, coordinateur de l’ONU pour la grippe aviaire et humaine « la vague de grippe aviaire de cette saison, contrairement à celle de la saison dernière, est largement propagée par le commerce de volailles, contrairement à celle due à la migration d’oiseaux sauvages contaminés ». Les oiseaux sauvages ont eux aussi bénéficiés de ce « traitement spécial », et selon GRAIN, « les gouvernements continuent à débiter impudemment la théorie de l’oiseau sauvage afin d’échapper à leurs responsabilités. Il y a à peine quelques semaines, les autorités moscovites ont attribué aux oiseaux migrateurs un cas de grippe aviaire aux abords de la ville – au beau milieu de l’hiver russe ».

Des pays qui résistent - Certains pays, comme l’Indonésie et l’Inde, choisissent la voie de la résistance. L’Indonésie a refusé de partager les souches du virus H5N1 collectés sur son territoire car pour la ministre indonésienne de la santé, il n’est pas question de mettre ces souches à la disposition de l’industrie pharmaceutique qui s’en servira pour fabriquer des vaccins que sont pays ne pourra pas payer. Selon GRAIN « l'Indonésie n'était pas le premier gouvernement à cesser d'envoyer des échantillons du virus de la grippe aviaire à l'OMS. La Chine l'avait déjà fait ». L'Inde pour sa part, et à travers ces deux principaux fabricants de médicaments génériques, a exprimé sa volonté de fabriquer du Tamiflu générique à bas prix, sans attendre l’autorisation des laboratoires suisses Roche.

[1] Grippe aviaire : pas de vaccin pour les pays pauvres !
http://www.actualites-news-environnement.com/20070327-grippe-aviaire-vaccin-pays-pauvres.php
[2] La grippe aviaire: une aubaine pour "Big Chicken". Publications "Against the grain" 2007.
http://www.grain.org/articles/?id=24

Sources Actualités news environnement

 

 

 

Grippe aviaire : pas de vaccin pour les pays pauvres !

 

 

 

Si une pandémie mondiale de grippe aviaire venait à se déclarer, les pays en voie de développement n’auraient pas accès au vaccin antigrippal. En effet, les stocks mondiaux de vaccins sont gelés pour toute la première année suivant le déclanchement de l’épidémie, à cause des contrats signés entre les pays développé et les multinationales de l’industrie pharmaceutique. Ces contrats leurs assurent un accès prioritaire et privilégié aux vaccins. Certains pays comme l’Indonésie choisissent la voie de la résistance, en refusant de partager les souches de du virus H5N1. Pour la ministre indonésienne de la santé, il n’est pas question de mettre ces souches à la disposition de l’industrie pharmaceutique qui s’en servira pour fabriquer des vaccins que sont pays ne pourra pas payer.

La santé publique dans les pays pauvre se retrouve ainsi prisonnière de l’économie de marché. Un premier constat avait été dressé en 1994 par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) qui évalue à 5.4 milliards de dollars par an, les pertes des pays en voie de développement en royalties sur les produits pharmaceutiques. Les industriels n’utilisant pas de stratégie particulière, où n’ont plus à le faire depuis qu’ils sont protégés par la loi au dépend des malades. En effet, les médicaments sont protégés contre la concurrence par un brevet pendant 20 ans. Grâce à cette protection, la firme peut maintenir un prix élevé qui lui permet de financer la recherche, la publicité, les actionnaires et de s'assurer des profits.

« Le secteur pharmaceutique bénéficie aussi d’un marché mondial en forte croissance : + 8 % par an en moyenne depuis dix ans, 406 milliards d'euros en 2001. Cette croissance soutenue devrait encore s’accélérer, compte tenu de l’accroissement démographique, des besoins médicaux non encore satisfaits et des produits innovants en voie de commercialisation » [1]. La production mondiale se concentre dans les pays développé (Canada, Japon, Allemagne, France et Etats-Unis) où deux groupes se détachent en réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 25 milliards de dollars (Pfizer et GlaxoSmithKline). Selon www.investquebec.com, parmi les 30 leaders mondiaux, 60% réalisent un chiffre d'affaires inférieur à 10 milliards de dollars par an.

Face à ces constats, l’OMS organise à Jakarta un sommet réunissant pays développé et en développement pour tenter de trouver une issue équitable à cette situation. Cette réunion qui a eu lieu à la demande de l’Indonésie, à pour objectif de répondre à une proposition du pays hôte sur la nécessité de changer les réglementations de l'OMS concernant la distribution des vaccins. Cependant, les organisation humanitaires doutent de la capacité de l’OMS à trouver un juste compromis. Tant que la production, la disponibilité et le prix du vaccin obéiront aux lois du marché, les pays pauvres seront systématiquement défavorisés. Rappelons que selon les règlements de l’OMS, il est illégal de retenir de l'information cruciale pour la santé publique.

[1] Boris GUANNEL, Arielle MOREAU, Claire PLATEAU, Robert VIATTE. L’industrie pharmaceutique. Sur les chemins difficiles de l’internationalisation.
http://www.industrie.gouv.fr/biblioth/docu/4pages/pdf/4p174.pdf

Sources Actualités News environnement

Posté par Adriana Evangelizt

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article