Le cyclone libère la colère de Birmans, habituellement muselés par la peur

Publié le par Adriana Evangelizt

Les Birmans ne se rebellent pas parce qu'ils ont peur de la répression. 400 000 militaires veillent sur eux.  Il n'empêche qu'une catastrophe comme celle-là pourrait les mettre vraiment en colère et qu'ils pourraient en profiter pour faire leur révolution. Et qui peut dire d'ailleurs que le gros de l'armée ne pourrait pas se ranger avec eux.



Le cyclone libère la colère de Birmans, habituellement muselés par la peur

 

En temps normal, Aung Aung ne laisserait pas éclater sa colère, par crainte d'être épié. Mais l'incapacité du régime birman à secourir la majorité des sinistrés du cyclone Nargis commence à libérer la parole d'une population habituellement muselée.

"Les gens ont faim. Ils n'ont pas d'eau potable. Ils tombent malades. Ils laissent juste éclater leur colère", raconte à un étranger ce chauffeur de taxi de 25 ans. "Ils n'ont plus rien à perdre maintenant".

Surveillée depuis près d'un demi-siècle par des juntes autoritaires, asphyxiée par une armée de plus de 400.000 hommes, traumatisée par un système de surveillance rodé, où chacun se méfie de voisins potentiellement à la solde du régime, la population a appris à s'autocensurer.

L'opposante Aung San Suu Kyi appelle depuis longtemps les Birmans à tenter de "se libérer" de cette peur. Au début des années 90, elle en avait fait un livre au retentissement mondial. Mais depuis que le cyclone Nargis a dévasté le sud, faisant 60.000 morts et disparus, une bonne partie des sinistrés n'a quasiment pas vu l'aide des autorités. Et elle est en colère.

A Pyapon, localité située dans la région la plus touchée, celle du delta de l'Irrawaddy (sud-ouest), un agriculteur, dont les stocks de riz ont été détruits, affirme avoir reçu, pour toute aide, un bol de haricots. "Ils s'imaginent que je vais survivre avec cela?", s'insurge-t-il. "Les responsables du gouvernement n'ont même pas pris la peine de venir nous montrer un peu de compassion".

De Rangoun, la principale ville du pays elle-même sévèrement frappée par le cyclone, jusqu'à la région du delta, bonzes, femmes au foyer, agriculteurs, personnes âgées, tous se pressent pour venir parler à un étranger qui passe. Beaucoup se débrouillent pour écouter des informations étrangères sur des radios. Et explosent quand ils entendent que la junte refuse de laisser des équipes internationales diriger les secours.

"Les étrangers veulent nous aider, pourquoi les arrêter? Nous avons besoin d'aide. Nous avons besoin d'eau et de nourriture", se lamente Nye Nye. Cette femme de 28 ans a perdu sa soeur et vu sa maison balayée. "Je suis en colère contre le gouvernement", affirme-t-elle. "J'ai tout perdu. J'ai faim et je cherche de la nourriture -- des noix de coco ou des bananes pour me remplir le ventre".

Entre la réalité du terrain en Birmanie, l'un des pays les plus pauvres et reclus de la planète, et les images de propagande diffusées en boucle sur la télévision d'Etat qui montre des militaires distribuer des secours, c'est le jour et la nuit.

Win Min, analyste birman réfugié en Thaïlande, évoque la possibilité de troubles, similaires à ceux intervenus en septembre dernier après l'augmentation massive des prix des carburants et que la junte avait rapidement matés. "La colère (des gens) est plus forte que leur peur maintenant", assure-t-il.

"Il y a beaucoup de colère --de haine même-- contre le gouvernement", confirme un diplomate occidental à Rangoun.

Dans un monastère bouddhiste endommagé par le cyclone, proche de la ville de Bogalay, dans l'Irrawaddy, un bonze racontait vendredi qu'aucune aide n'était encore arrivée. "J'ai entendu que le gouvernement veut donner de l'aide mais, jusqu'ici, nous n'avons rien reçu", affirmait-il. "Je suis moi-même en colère. Les militaires devraient déployer leurs hommes pour sauver des vies, plutôt que de s'accrocher au pouvoir".

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Esclavage

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