Nigeria: vers la fin des crocodiles, décimés par braconniers et tanneurs

Publié le par Adriana Evangelizt




Nigeria: vers la fin des crocodiles, décimés par braconniers et tanneurs



Va-t-on vers l'extinction des crocodiles au Nigeria? L'exploitation et le commerce illégaux de leur peau dans le nord du pays pourrait bien avoir définitivement raison d'ici quelques années de ces sauriens.


Ismail Dauda a 35 ans et depuis 20 ans il traite à Kano, la grande ville du nord, des peaux de crocodiles et de pythons. Il a suivi les traces de son père Maifata, littéralement "l'Homme peau".


Dans un très bon mois, la tannerie familiale installée dans la vieille ville traite entre 16.000 et 20.000 peaux de crocodile, selon lui. En période creuse, 2.000 à 4.000 peaux finissent dans les puits de la tannerie.


La viande est vendue sur les marchés dans le sud du pays, tandis que les peaux, une fois tannées, sont exportées vers l'Inde, l'Arabie saoudite et dernièrement la Chine.


Mais "90% des peaux proviennent du braconnage", s'insurge Desmond Majekodunmi, un militant écologiste. "La population a été littéralement décimée et bientôt, si rien n'est fait, il n'y aura plus un seul crocodile au Nigeria".


Liza Gadsby, une américaine connue pour son combat pour sauver les singes drills du sud-est du Nigeria, relève que les crocodiles sont théoriquement protégés par la loi. Mais les peaux sont en vente libre au duty-free de l'aéroport de Lagos, à quelques mètres des agents des douanes.

Quant à l'aéroport de Kano, "ce n'est pas très compliqué pour passer des peaux, il suffit de payer, c'est tout", dit sans complexe Ismail Dauda à l'AFP.


"Les officiels de l'aéroport viennent parfois dans les tanneries, ils repartent avec des petits cadeaux, même si on n'a rien à exporter à ce moment-là", poursuit-il.


Le système est bien organisé, et les marchands de peaux ont recours à des sociétés de courrier express pour exporter.


"J'ai envoyé des peaux à des clients en Europe en utilisant ce circuit trois fois. La société vous demande juste le contenu, ils pèsent, emballent, et vous payez", raconte Salisu Muhammad, un commerçant spécialisé dans les peaux de guépard et de lion sur le célèbre marché Kurmi de Kano.


La population locale de crocodile a été tellement décimée que les braconniers vont maintenant chasser jusqu'au Cameroun et au Tchad voisins, ainsi qu'au Ghana.


"C'est vrai que le stock a fortement baissé en dix ans. Il est probable qu'on tue plus vite que le temps nécessaire à la régénération des crocodiles. Mais les affaires sont les affaires et on ne peut pas s'arrêter. C'est très lucratif", concède sans remords Dauda, tout en remuant une décoction puante à base de cendre et de potasse dans laquelle trempent des peaux de serpents et de crocodiles.


Une peau de python traitée est vendue 4 dollars le mètre carré, tandis qu'une peau de crocodile peut rapporter de 40 à 170 dollars selon la taille, explique-t-il encore.


Face aux logiques de marché, le combat est assez inégal, comme le constate Musa Nuhu Kwalli, chef du Département de préservation de la faune de Kano, qui dirige le zoo de Kano et la réserve de Falgore, à 100 km à l'est de la ville.


"A une époque, raconte-t-il, on a mené des opérations coups de poing avec les agents des eaux et forêts à l'aéroport de Kano pour arrêter les trafiquants, et ça marchait".


"Mais en 1991 le gouvernement fédéral a décidé de supprimer tous les services jugés non essentiels. On était dans le lot. Dès lors, la voie était libre pour les trafiquants d'espèce en voie de disparition".


Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt  

Publié dans Animaux en danger

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