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Vendredi 16 février 2007

Cléopâtre et Marc Antoine n'étaient pas si beaux que l'on croit

Les deux faces d'une pièce de 32 av JC représentant Marc Antoine (g) et Cléopâtre (d)

Cléopâtre et Marc Antoine, l'un des couples les plus célèbres de l'histoire, à la beauté idéalisée par la littérature ou le cinéma, étaient en réalité bien moins séduisants qu'on le croit, selon l'étude d'une pièce de monnaie par des archéologues de l'université de Newcastle.

Cette pièce en argent, vieille de 2000 ans, dévoile une reine d'Egypte dotée d'un front fuyant, d'un menton pointu, d'un nez anguleux et de lèvres fines. Une image peu conforme à l'incarnation de la beauté laissée dans les esprits par Elizabeth Taylor dans le film de Joseph L. Mankiewicz sorti sur les écrans en 1963. Sur l'autre face, figure un Marc Antoine -avec qui Cléopâtre a entretenu une liaison de dix ans- aux yeux proéminents, avec un nez crochu et un large cou. Là encore un portrait bien éloigné de celui de Richard Burton, dans le même film.

Cette pièce, datée de 32 av JC, était détenue depuis 1920 par la Société des antiquaires de Newcastle (nord de l'Angleterre). Elle était depuis restée dans le coffre d'une banque. Or, la numismatique est considérée comme l'un des meilleurs indicateurs des traits faciaux des monarques.

"Les écrivains romains nous parlent d'une Cléopâtre intelligente et charismatique, nous disent qu'elle avait une voix séductrice mais, et c'est significatif, ils ne mentionnent pas sa beauté", explique Lindsay Allason-Jones, directrice du musée archéologique de l'université de Newcastle. "L'image de Cléopâtre comme une belle séductrice est bien plus récente."

Une Cléopâtre symbole de beauté remonte dans l'imaginaire occidental à William Shakespeare. Dans son "Antoine et Cléopâtre", publié en 1623, il décrit ainsi la reine: "L'âge ne peut la flétrir, ni l'habitude épuiser l'infinie variété de ses appas". Blaise Pascal nota ensuite dans ses "Pensées", parues en 1670, que "si le nez de Cléopâtre eut été plus court, la face du monde en aurait été changée". Mais le cinéma d'Hollywood avec Claudette Colbert, Vivien Leigh, puis Elizabeth Taylor a persisté à fournir la même image magnifiée de la souveraine.

La pièce de monnaie contemporaine du couple, longtemps oubliée était probablement destinée à payer la solde des soldats stationnés en Egypte. Elle a ressurgi lors de recherches liées à la création d'un musée du Grand Nord en 2009. Elle est exposée depuis mercredi au musée de l'université de Newcastle.

Sources AFP

Posté par Adriana Evangelizt




par Adriana Evangelizt publié dans : HISTOIRE Personnages/Objets
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Mercredi 31 janvier 2007

Comment en est-on arrivé à l'avion ou au bateau à moteur, il y a toujours un précurseur ou un inventeur... le comte de Lambert fut un de ceux-là.

 

Sur la mer comme au ciel


Par Gérald Guétat




Contact. D'une bouteille d'acier s'échappe un jet d'air comprimé qui met soudain le moteur en marche. Le comte de Lambert, avec à son bord une délégation du ministère des Colonies, s'apprête à piloter un des derniers modèles de sa conception devant ses ateliers des berges de l'ouest parisien. Charles Alexandre de Lambert est un industriel pionnier après avoir été un de ces « merveilleux fous volants sur leurs drôles de machines » de la Belle Epoque.

Tout au long de l'année 1928, sa firme, la Société anonyme des hydroglisseurs de Lambert, multiplie les démonstrations pour séduire plusieurs compagnies de France et d'outre-mer à la recherche de nouveaux moyens de transport à faible tirant d'eau. Le comte de Lambert s'apprête à démontrer que ses engins, propulsés par des hélices d'avion, ouvrent des routes nouvelles là où les navires ne peuvent s'aventurer sans risquer l'échouage. Ses collègues avionneurs comme Farman et Voisin connaissent bien l'obstination de cet aristocrate d'origine russe qui traque la vitesse sur l'eau et dans les airs depuis le tournant du siècle. Blériot sait aussi avec quelle intrépidité cet adversaire original entreprit de le devancer lors de la première traversée de la Manche en 1909, avant de renoncer après avoir « cassé du bois » près du port de Boulogne.

Cofondateur de l'Aéro-Club de France, Lambert est devenu le premier homme à survoler Paris en avion, le 31 octobre 1909. Depuis 1891, il a déposé et développé un brevet pour une « embarcation à grande vitesse » classée dans les « constructions de navires et engins de guerre ». Son but est de faire planer une coque à la surface des flots pour s'affranchir de la résistance à l'avancement (c'est-à-dire du frottement de la coque dans l'eau) et gagner ainsi en vitesse. Ses premières tentatives propulsées par une machine à vapeur, trop lourde, ne sont pas vraiment convaincantes. Mais en 1904, il récidive et dépose les plans d'une « embarcation à flotteurs inclinés ». A cette époque, une folie mécanicienne s'est emparée de l'Occident. Pendant la décennie qui suit, ce sont partout automobiles, aéronefs et canots de course qui sont lancés à la conquête des limites du monde connu.

L'effort de guerre de 1914 donne des ailes à quelques constructeurs déterminés qui créent l'arme aérienne et produisent des moteurs de plus en plus légers et puissants. Après l'Armistice, Charles de Lambert dispose à peu de frais de la force propulsive indispensable aux flottes d'hydroglisseurs dont il rêve depuis trente ans... Il peut désormais se concentrer sur les carènes de ses « glisseurs », légers et rapides comme des aéroplanes, mais équipés de cabines vitrées, confortables comme des limousines.

La crise économique internationale qui favorise l'exploitation de l'empire colonial français, offre des débouchés aussi larges que le delta du Mekong, aussi prometteurs que la remontée du Congo ou du Niger. La société de Lambert propose aux gouvernements et aux états-majors une grande variété d'appareils destinés aussi bien à la pénétration de régions inaccessibles qu'au ravitaillement de postes militaires éloignés. Passagers, marchandises et porteurs indigènes sont ainsi libérés de marches aussi interminables que périlleuses là où il n'existe ni routes ni ponts. Des hydroglisseurs sont donc expédiés à Suez, à Haiphong, à Brazzaville ou à Niamey.

En cette année 1928, Charles de Lambert pilote toujours lui-même ses prototypes, malgré ses 63 ans et les nombreuses séquelles laissées par ses pirouettes aériennes. Fièrement assis au volant, il doit conserver une concentration et un sang-froid à toute épreuve. En effet, l'hydroglisseur, mû par 200 ch, est peu maniable. Seule sa puissance lui permet de contrer la propension de sa coque presque plate équipée d'un gouvernail très court à dériver. Il faut aussi savoir anticiper, car on ne peut guère inverser la vapeur pour accoster ou éviter un obstacle, comme sur un autre navire...

Ces exploits méconnus, apogée de sa carrière, coïncident étrangement avec le déclin du système politico-financier de la colonisation, voué à la désagrégation. Charles de Lambert se retire peu à peu des affaires. L'hydroglisseur n'est cependant pas mort : de rares héritiers comme l'ingénieur Couzinet, le père de l'Arc-en-Ciel de Mermoz, poursuivent la voie médiane entre l'air et l'eau jusque vers 1950. Mais sans plus de succès que leur aîné.

Les parages du port de Monaco sont le théâtre du plus important meeting international de compétition motonautique de 1904 à 1914. Ce banc d'essai, unique en son genre, accueille aussi bien les canots automobiles que les « glisseurs » et même les premiers hydro-aéroplanes. L'équipe du comte de Lambert, forte de plusieurs unités, y crée la sensation dès 1907 avec ses « hydroplanes » à hélice aérienne qu'il pilote lui-même en course. En dehors de ses aspects sportifs et mondains, cette manifestation fréquentée par les industriels et les politiques, est aussi l'occasion de rencontres et de négociations fructueuses.

Pionnier des « grandes vitesses » sur l'eau dès 1891, Charles Alexandre de Lambert illustre l'éclectisme des aventuriers de la technique dans les premières années du XXe siècle. Après avoir brillamment obtenu son certificat de pilote à l'école ouverte par Wilbur Wright à Pau en 1908, il achète à ce dernier deux biplans avec lesquels il tente plusieurs exploits l'année suivante. On peut remarquer la légèreté du siège du passager sur ce frêle aéroplane.

Les colonies offrent les débouchés majeurs de ces engins fabriqués près de Paris. La remontée des fleuves et la pénétration dans des zones difficiles d'accès pour y implanter et y exploiter les ressources naturelles font partie des missions confiées à l'hydroglisseur. Une descente de mise à l'eau sur rails est généralement installée près de sa base. Les essieux et ces roues primitives surélèvent la carène planante équipée de patins pour la protéger pendant la manoeuvre.

Action de la Société anonyme des hydroglisseurs de Lambert émise en 1920. Chaque titre proposé aux souscripteurs est signé de la main même du président. On remarque le soin apporté à l'illustration de l'avenir radieux qui attend ces appareils sur les eaux tropicales.

Comme le décrit Paul Morand en 1928, « les ponts sont le seul danger de cette navigation. En avant des piles, l'eau fait un tourbillon qui hume le niveau et l'abaisse d'un demi-mètre. Nous donnons du nez dans le rapide ; l'hydroglisseur tremble, penche, hésite ; un coup d'accélérateur le redresse »... Vu du parapet, le passager auteur de cette aimable dédicace semble pourtant n'avoir gardé qu'un excellent souvenir de son excursion.

La maison de Lambert cherche ici à démontrer la facilité avec laquelle une équipe réduite peut mettre à l'eau un hydroglisseur à passagers à l'aide d'une infrastructure plus que modeste. Cet hybride de bateau et d'avion est équipé de phares et d'un avertisseur sonore, comme une automobile. Un photographe fixe sur la plaque l'instant décisif du contact de la machine avec son élément.

Contrairement à ses confrères et concurrents Farman, Voisin ou Besson, le comte de Lambert ne s'intéresse pas à la mécanique et aux records du monde de vitesse. La vocation utilitaire de ses « glisseurs » est le seul objet de ses recherches. Il officie comme pilote d'essai été comme hiver autour de sa base sur la Seine. Les échappements libres du moteur ont été réunis par un collecteur pour dégager le cockpit des émanations et réduire le bruit infernal.

Sources Historia

 

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : HISTOIRE Personnages/Objets
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Mercredi 31 janvier 2007

On peut malheureusement dire que l'invention de la carte à puce va nous mener tout droit à la puce qu'il faudra porter un jour avec toutes nos coordonnées bancaires, d'identité, de sécurité sociale... etc... l'argent est en train de devenir purement virtuel... mais pas pour tout le monde.

 

Roland Moreno et la carte à puce

Par Alain Frerejean


Tableau de Duncan Long



Pour la téléphonie mobile, la banque, le secteur de l'identité et de la sécurité, c'est une révolution : 1,8 milliard de cartes à puce ont été écoulées en 2005, soit 23 % de hausse par rapport à 2004.



Ce Français né au Caire en 1945 montre dès son plus jeune âge un esprit de curiosité hors normes. « Ce n'était pas toujours facile de répondre à ses questions, raconte sa mère, il voulait toujours démonter les appareils ménagers pour voir comment ils marchaient. » A la fin de la classe de quatrième, pour avoir introduit au collège des boules puantes, il est renvoyé et rejoint un lycée technique : sa vocation pour le bricolage en est renforcée. Un jour, comme il tombe en arrêt devant la vitrine d'un magasin de radio, ses parents lui offrent un poste à galène en kit avec un petit livre d'initiation à l'électricité, Jean-François électricien. « Je passais des heures à câbler, à câbler sans cesse. Ah, quel plaisir de manipuler les composants colorés, flexibles, de voir fondre la soudure au bout du fer, la petite boule d'argent ! De construire de mystérieux échafaudages qui ne révèlent leur signification qu'une fois sous tension. »

Le bac en poche, Roland exerce divers petits métiers : commis charcutier, monteur de luges, employé aux écritures au ministère des Affaires sociales - « ce qui m'éloigna à tout jamais des tentations du service public et de l'emploi garanti » -, journaliste reporter à Détective, garçon de courses à L'Express, secrétaire de rédaction à Chimie actualités. Le soir, de retour dans sa chambre, il bricole, un jour une horloge dont les aiguilles tournent à l'envers, un autre une calculatrice qui affiche systématiquement un résultat excédant d'une unité le résultat exact ou encore une machine à imiter le chant d'un oiseau : « On peut le faire très gai, ça n'est pas sale, on n'a pas à le nourrir, et il ne risque pas de s'envoler. »

Sa première véritable invention se nomme le Matapof, une machine à jouer à pile ou face sans pièce de monnaie : « On appuyait sur un bouton noir, la machine réfléchissait et faisait clignoter deux lampes à toute vitesse. Lorsqu'on relâchait le bouton, elle répondait soit vert soit rouge ; mais en ralentissant le rythme du clignotement on pouvait prédire la couleur gagnante. » Puis il invente le Radoteur, qui crée des néologismes à partir de listes de mots du dictionnaire. En collant bout à bout des syllabes, en assemblant le début d'un mot avec la fin d'un autre, ce dispositif permet d'imaginer des injures inédites : « immoche », « merdure », « pourrible », aux allures d'injures connues. Ou de façonner de curieux proverbes du genre : « Après la pluie, rien d'impossible », « L'union vient en mangeant », voire des petites annonces loufoques, telles que : « Etudiant cherche dame sensible avec remorque. » Le résultat offre toujours un air de famille avec les mots de départ. Un outil farfelu mais bienvenu pour proposer des noms de marques commerciales aux entreprises en quête d'une nouvelle identité.

C'est l'époque des premiers fax. Comme ils sont très lents, Roland Moreno cherche à en accélérer la transmission. Jusqu'alors, partant du principe qu'un texte s'analyse en une multitude de points noirs disposés sur une feuille blanche, la machine émettrice envoie des millions d'ordres, un pour chaque point, afin de scruter s'il est noir ou blanc. Elle détermine ainsi l'endroit où imprimer les points noirs sur la feuille du récepteur. Constatant que dans tout texte les points noirs sont moins nombreux que les blancs, Roland Moreno en déduit qu'on irait plus vite en remplaçant l'interrogation point par point par la mesure du temps de lecture des blancs. Il n'a guère le loisir de mener à bien cette troisième invention car il a un autre sujet d'intérêt en tête : le fonctionnement de la mémoire.

Comment débarrasser sa mémoire d'un souvenir inutile, par exemple la cravate rouge de X le jour d'une allocution télévisée, alors qu'on n'arrive pas à se remémorer une seule des idées que celui-ci a exprimées en la circonstance ? Et comment rendre une mémoire électronique plus utile, plus sélective, que la mémoire humaine ? La mémoire des ordinateurs, ces suites de milliers de 0 et de 1 gravées sur des pastilles de silicium auxquelles leur taille et leurs pattes de connexion donnent l'allure d'une puce, est de deux types. La première, immuable après sa fabrication, est réservée au stockage des instructions ; l'autre, volatile, sert à écrire ou effacer les données variables. En 1974, des mémoires mixtes apparaissent sur le marché, combinant à la fois une zone figée et une zone qu'on peut programmer à la demande. Une sorte de verrou protège contre toute intrusion les instructions de la partie fixe, tout en permettant de modifier les données de la partie variable. Cette mémoire à zones, similaire aux lobes d'un cerveau, donne aussitôt à Roland Moreno une idée inédite : la rendre portable pour servir de titre de paiement, comme les pièces de monnaie ou les billets de banque.

Deux ans auparavant, les banques ont mis en circulation des cartes de crédit plus ou moins rudimentaires destinées à réduire la manipulation des chèques et le risque de chèques sans provision. Au recto, des empreintes en relief permettent aux commerçants d'établir leurs « facturettes » avec un engin fonctionnant comme un fer à repasser. Au verso, certaines portent une ou deux pistes magnétiques contenant des données utiles pour acquitter un péage ou retirer des billets dans des distributeurs automatiques. Mais ces cartes se démagnétisent à la chaleur ou au contact d'objets métalliques, et sont relativement faciles à dupliquer. Pour obtenir un moyen de paiement aussi inviolable que la combinaison de sûreté d'un coffre-fort, Roland Moreno a l'idée de remplacer les pistes magnétiques par des puces à mémoire mixte logées sur des supports portables. L'insertion d'une serrure virtuelle entre les différentes zones de la mémoire empêcherait de lire ou d'écrire dans la zone verrouillée. Encore faut-il associer à la puce un outil capable de comparer les données introduites manuellement avec les données enregistrées dans la zone verrouillée, de filtrer les ordres reçus et de n'ouvrir le passage qu'au détenteur d'un mot de passe.

Si Roland Moreno n'est ni l'inventeur de la carte de crédit ni celui du microprocesseur à mémoire mixte, déjà utilisé dans l'ordinateur, en revanche il est bien celui du paiement par carte à mémoire. Cette invention, baptisée TMR - pour Take the Money and Run (« Prends l'oseille et tire-toi »), titre d'un film de Woody Allen - est brevetée en 1974. Hanté par un héros de science-fiction dont la bague ouvrait les portes d'un vaisseau spatial, Moreno pense d'abord, comme support, à une bague plutôt qu'à une carte logeable dans un portefeuille. Il commence par acheter aux Trois Quartiers une chevalière sur laquelle il colle à l'Araldite une puce avec trois zones de mémoire : une pour l'identité, une pour le crédit, la dernière destinée au circuit de traitement. Puis il bricole la maquette d'un lecteur, un circuit imprimé fixé sur une planche, parcouru par une multitude de fils dans tous les sens et complété par un clavier, un afficheur et deux clignotants. Lorsque le porteur de la bague compose au clavier son code personnel à deux chiffres, une lumière rouge clignote si le code est faux. Une lumière verte signifie que le code est bon et le solde du compte s'affiche aussitôt. Reste à composer au clavier le montant de l'achat ; s'il dépasse le solde affiché, la lampe rouge s'allume à nouveau ; s'il est inférieur, l'unité de traitement calcule et affiche le nouveau solde. Les moyens de sécurité sont contenus dans la bague, pas dans le lecteur. Une bague intelligente, smart, diraient les Anglo-Saxons.

« Pourquoi une bague et pas une carte ? » demande le premier banquier auquel Moreno présente son projet. « Nos clients sont habitués depuis deux ans à la carte. Ne changeons pas leurs habitudes ; votre bague inviolable vaut mieux que la carte actuelle, c'est vrai, mais une carte inviolable, ce serait encore mieux. » Va pour la carte à puce.

Roland Moreno dépose alors quatre brevets. Le premier, sur le blocage de l'accès à la zone confidentielle, de façon à empêcher d'augmenter frauduleusement aux dépens de la banque la réserve d'argent constituée au départ. Le deuxième protège la comparaison des mots de passe et décompte les fausses manoeuvres, qu'elles soient effectuées sur le même terminal ou sur des terminaux différents. Le troisième, encore plus original, concerne le « suicide » de la carte après trois tentatives infructueuses. Roland Moreno dissuade ainsi un fraudeur expérimenté, à la recherche du bon code, d'en générer 9999 à toute vitesse. Enfin, le quatrième brevet assure la cohérence des données sur la carte du client et sur le journal du commerçant.

Le développement technique de la carte à puce prend à Roland Moreno moins d'un an. D'abord pour relier un circuit imprimé à une puce électronique de mémorisation et de traitement par des fils d'or soudés et enrobés de résine et loger le tout dans une mince carte en plastique, au format de la carte de crédit. D'autre part, pour créer le système d'exploitation capable de personnaliser les cartes et d'inscrire les références bancaires des utilisateurs. Enfin, pour mettre au point le lecteur. Mais le plus long sera la lutte pour surmonter l'indolence et les querelles intestines des banquiers : cela demandera onze ans de patience. En attendant que ces messieurs parviennent à s'accorder, Roland Moreno trouve une application dégradée de son invention dans les télécartes à prépaiement.

La France affiche en matière de téléphonie un invraisemblable retard jusqu'aux années 1980. De Gaulle n'aime pas le téléphone, n'en use que rarement et refuse de le décrocher. C'est l'époque du 22 à Asnières de Fernand Raynaud. Affichant un certain mépris des usagers, l'administration détourne les recettes du téléphone pour combler le déficit de la poste ou des chèques postaux. Il faut deux ans d'attente en moyenne pour être raccordé au réseau. Des dizaines de millions de Français n'ont d'autre recours pour téléphoner que d'aller faire la queue dans une cabine publique, un Publiphone. Encore faut-il avoir l'appoint en pièces de monnaie. Mais deux cabines sur trois sont vandalisées. Le remède, c'est la Télécarte. N'ayant pas d'informations confidentielles à protéger contre l'intrusion, elle est plus simple qu'une carte bancaire, donc bon marché. La pénurie de téléphones est telle que le marché s'avérera immense. Grâce aux possibilités d'impression, la carte devient un support publicitaire et même un objet de collection. En moins de vingt ans, il s'en est vendu plusieurs milliards. Par la suite, Roland Moreno imagine des cartes à prépaiement pour les parcmètres et pour les distributeurs automatiques d'essence dans les stations-service fermées la nuit.

En 1985, onze ans après l'expérimentation satisfaisante de la première carte à puce, le succès des télécartes décide les banques françaises à sortir de leur torpeur. Elles instituent l'interbancarité, c'est-à-dire qu'elles acceptent d'honorer dans leurs distributeurs automatiques les cartes mémoire émises par n'importe laquelle d'entre elles. Le client d'une petite banque va pouvoir retirer de l'argent au distributeur d'une grande banque, et vice versa. Une révolution pour la profession, et pour Roland Moreno le triomphe de sa carte à mémoire multizone, que personne n'a encore falsifié !

Dans la foulée, la carte à puce a trouvé de nouvelles applications avec la carte de santé Vitale et un rebondissement phénoménal avec la carte Sim, qui identifie le propriétaire d'un téléphone portable, son type de contrat et son numéro d'abonné. Un Petit Poucet doté d'une mémoire de géant ! De son côté, la carte à prépaiement, type Télécarte, trouve une nouvelle vocation avec le porte-monnaie électronique Moneo et la carte de métro Navigo, lisible à distance.



Alain Frerejean a publié Les Maîtres de forges (Albin Michel, 1996), Terre d'inventeurs (Tallandier, 2000), De Gutenberg à Bill Gates (Tallandier, 2001) et Les Peugeot, deux siècles d'aventure (Flammarion, 2006). Toutes les citations sont le fruit d'une dizaine d'entretiens avec Roland Moreno.

Vitale : pour la santé

Elle contient le numéro de Sécurité sociale, l'identité de l'assuré, son régime d'assurance. La carte Vitale 2 portera la photo de l'assuré.



Monéo : au quotidien

Il s'agit d'un "porte-monnaie électronique" et non d'une carte à débit différé. Créditée de 30 E renouvelables, elle sert aux menus achats.



Parcmètres : la fin du pillage

Pour mettre un terme à la détérioration ou au pillage des horodateurs, la Ville de Paris - comme d'autres municipalités - a mis en place des parcmètres fonctionnant avec des cartes prépayées de 10 ou 30 E. A Boulogne-Billancourt, la dégradation des appareils était estimée à 2 millions d'euros par an.



Mobile : en mémoire

La carte SIM (Subcriber Identity Module), cerveau du mobile, stocke toutes les informations de l'abonné, y compris son carnet d'adresses.

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt



par Adriana Evangelizt publié dans : HISTOIRE Personnages/Objets
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Mercredi 31 janvier 2007

Passons maintenant à l'histoire des cloches... ce n'est pas ce qui manque dans notre monde... sourire.

Le fondeur de cloches

Par Janine Trotereau

 





Leur carillon appelle les fidèles aux offices, sonne le glas ou le tocsin, oriente les voyageurs égarés, accompagne les bêtes aux alpages, ou mande les domestiques aux grandes tables bourgeoises. Elles sont l'oeuvre des saintiers. Histoire d'un métier vieux comme le monde.



Les premières cloches apparaissent dès que l'homme sait travailler l'argile et la faire sécher. Puis, bois creusé et façonné, coques de fruits séchées, coquillages, argile cuite, feuilles de métal martelé, verre, cristal, porcelaine, opaline, argent, or... les matériaux sont d'une extrême diversité et diffèrent selon les civilisations : de la Chine à l'Egypte antique, de la Crète à l'empire aztèque, du Japon au Gabon ou aux îles océaniennes et, bien entendu, à l'Europe. L'Egypte les fabrique dès le IIe millénaire avant notre ère, les Crétois les connaissent ainsi que les Phéniciens. La Grèce et Rome utilisent la tintinnabula, la clochette, tout comme les Gaulois. Ce sont, à l'origine, des instruments de musique à percussion, utilisés aussi bien dans le sacré que dans le profane.

Selon la tradition, l'évêque Paulin de Nole (353-431), une petite ville de Campanie en Italie, aurait eu, le premier, l'idée d'utiliser la cloche pour régler la vie religieuse. Ce qui expliquerait l'étymologie des noms campane et campanile pour désigner la cloche en français jusqu'au XVIe siècle, particulièrement dans les pays de langue d'oc. Au nord, on préfère utiliser le mot cloche, dérivé du bas latin clocca, lui-même issu du celte cloc, introduit en Europe continentale par les moines irlandais venus la christianiser. Ses dérivés ont donné clocher ainsi que clochette, au XIIe siècle, puis clocheton au début du XVIIIe siècle.

Les cloches de bronze sont en tout cas présentes en Italie dès le IVe siècle. En France, c'est au siècle suivant qu'elles se répandent, considérées comme la voix de Dieu appelant à la prière. Et ce sont les moines qui s'improvisent fondeurs, devenant au fil du temps de véritables maîtres en la matière. Ils fondent le bronze d'abord pour leurs monastères, puis pour les églises environnantes. A partir du VIIIe siècle, le métier devient l'apanage de laïcs qui se constituent en corporations. Ils obtiennent bientôt le droit de porter l'épée et le titre de bourgeois, se déplacent en fonction des commandes, devenant par-là même artisans itinérants. Les saintiers n'emportent avec eux, dans leur bissac, que quelques outils (notamment un compas, une pince, une louche et plusieurs matrices) et des planches de bois gravées de symboles et de lettres qui lui permettront d'élaborer le décor commandé. Ils s'installent à proximité de l'édifice où la cloche va être montée. Ils y construisent le four à fusion et les fosses de coulée nécessaires à leur travail. Ce qui demande au moins un mois de mise en place, voire plus. Parfois même, c'est à l'intérieur de l'église qu'ils s'établissent en condamnant une partie du sanctuaire et en déposant vitres ou vitraux afin de permettre l'évacuation des vapeurs. Les archives religieuses nous renseignent sur ces pratiques, les contrats passés avec le saintier, donnant des précisions quant au poids du bronze prévu, au prix payé, à la sonorité désirée, au décor de la tête d'anse, du cerveau ou de la panse de la cloche, et au nom de baptême choisi par un parrain et une marraine. Celui-ci sera gravé dans l'airain, avec bien souvent notés l'année de fabrication, le patronyme de celui qui l'a bénite et celui du fondeur.

Dès le Moyen Age, on rencontre ces saintiers dans toutes les provinces. Ceux du Bassigny notamment (petit pays à cheval sur la Champagne et la Lorraine) acquièrent une grande réputation. Ils parcourent toute l'Europe et sont particulièrement bienvenus en Espagne. Certains vont oeuvrer au Moyen-Orient quand d'autres, après les grandes découvertes, s'expatrient temporairement en Amérique latine. Leurs déplacements commencent au début du Carême, généralement le mercredi des Cendres, pour se terminer à la Toussaint. La plupart des fondeurs de cloches cesseront ce nomadisme à la toute fin du XVIIIe siècle.

L'une des plus lourdes cloches au monde, de type chinois - celles-ci sonnent grâce à un percuteur, généralement un maillet voire un tronc d'arbre suspendu -, est la Mingoon Bell de 88 tonnes, fondue en 1790 pour Mandalay au Myanmar (Birmanie). Mais la plus colossale, cependant, demeure la Tsar-Kolokol, datant de 1735, exposée depuis 1836 au pied du beffroi Ivan-Veliki du Kremlin à Moscou, oeuvre de Pardoux-Mosnier, un saintier originaire de Viverols, en Auvergne. Mais elle n'a jamais fonctionné, un incendie s'étant déclaré dans l'atelier de fonte et elle a été irrémédiablement endommagée. Elle est abondamment décorée d'images saintes et d'effigies et pèse plus de 210 tonnes. Si l'on touche à deux mains la partie brisée en faisant un voeu, celui-ci a toute les chances d'être exaucé. C'est du moins a conviction de nombreux Moscovites.

Autre célébrité, brisée elle aussi, est la cloche de Schiller (Schillerglocke) que le poète allemand célèbre dans sa Ballade de la cloche. Coulée en 1486, installée dans le cloître attenant à l'ancienne cathédrale de Schaffausen, en Suisse, elle porte l'inscription Vivos voco, mortuos plango, fulgura frango (« J'appelle les vivants, je pleure les morts, je brise les éclairs »), et rappelle ainsi les trois principales fonctions de la cloche, dont celle de sonner les cloches à la volée au cours des orages pour les éloigner. Ce qui n'a pas été sans entraîner la mort de nombreux sonneurs ainsi exposés, dans leurs clochers à la foudre.

La doyenne des cloches françaises, en fer et fonte, date du XIIIe siècle et se trouve à Saint-Pierre-de-Belleville en Savoie. Elle ornait une chapelle templière, depuis longtemps disparue. A Paris, la plus ancienne est celle de Saint-Merri, qui date de 1331. La plus imposante est la Savoyarde, un bourdon de 18 tonnes fondu en 1891 situé dans le campanile du Sacré-Coeur de Montmartre. La plus sanglante est sans doute la Marie, installée en 1527, qui, à Saint-Germain-l'Auxerrois, donna dans la nuit du 23 août 1572, avec ses compagnes aujourd'hui disparues, le signal du massacre de la Saint-Bathélemy. Quant à la plus belle, c'est sans conteste Emmanuelle-Louise-Thérèse, le bourdon de 13 tonnes de Notre-Dame, créé en 1681, qui eut pour parrain Louis XIV et pour marraine la reine Marie-Thérèse. On raconte que sa pureté sonore provient des bijoux que de nombreuses grandes dames du temps jetèrent dans le bronze en fusion.

En matière de carillon, le plus connu est celui de Douai, fabriqué en 1981 ; il est ambulant, comporte 49 cloches et pèse quelque huit tonnes. Il parcourt la région pour donner de nombreux concerts. Mais au nombre de cloches, c'est celui de Saint-Bénigne de Dijon qui remporte la palme de premier carillon de France avec 63 unités.

Les techniques de fabrication n'ont guère changé depuis des siècles. Il s'agit d'abord de choisir une note et d'en déterminer l'octave. Ce n'est qu'une fois cette note arrêtée que l'on taille la planche à trousser destinée à exécuter le moule nécessaire à la fabrication. On peut alors, grâce à elle, exécuter le tracé du noyau, puis de la fausse cloche sur laquelle on placera les éléments du décor et, enfin, de la chape. Tout commence par l'exécution du noyau plein en argile, dans lequel on ménage une ouverture par où on introduira le combustible, avec trous d'appel d'air et conduit d'évacuation des émanations gazeuses. A chaque couche d'argile, la planche à trousser permet d'en rectifier le profil. De nos jours, on préfère monter un noyau creux, lui-même édifié sur un soubassement de briques.

Sur ce noyau séché, recouvert d'un lit de cendres, on exécute une fausse cloche par ajout progressif de couches de terre que l'on calibre avec la planche à trousser. Puis on enduit cette fausse cloche aux dimensions extérieures exactes du futur instrument d'une couche de suif qui la rend particulièrement brillante. On y appose alors le décor exécuté à l'aide de matrices en bois dans lesquelles on a coulé un mélange de cire et de résine. Une fois durci et détaché de son support, ce décor de motifs ornementaux, de saynètes religieuses ou de lettres est soigneusement déposé aux emplacements choisis. On passe à présent au montage de la chape exécutée en couches successives très fines de terre réfractaire très délayée, entrecoupées de fils de chanvre qui en constituent l'armature. Aux emplacements du décor, la terre est délicatement passée à la plume d'oie pour ne pas le détériorer. Ce montage, toujours contrôlé à la planche à trousser et interrompu par des phases de séchage à l'air ambiant, se poursuit à feu vif jusqu'à complète dessiccation. Il ne reste plus qu'à démouler la chape. Elle est nettoyée puis passée à l'huile de lin.

Ce sont là les principales phases de la fabrication de la cloche - auxquelles il faut ajouter le positionnement et l'exécution du battant et de la tête d'anse, et la préparation du bronze - avant l'étape finale de la fusion et de la coulée. La première s'effectue dans un four chauffé au bois. L'alliage cuivre étain en fusion s'écoule ensuite dans une fosse où l'on a enterré les moules que le métal en fusion rejoint par des rigoles pour s'insinuer entre noyau et chape. Aujourd'hui, on enferme ces moules dans des frettes métalliques ce qui évite l'enfouissement mais des poches de coulée identiques y sont ménagées. Il ne restera plus qu'à décocher la cloche plusieurs heures après la coulée, à la nettoyer et à la polir puis à en accrocher le battant.

Si cette technique millénaire de fabrication est toujours d'actualité, on y a introduit l'ordinateur qui simplifie tous les calculs. En France, les fondeurs sont depuis longtemps sédentaires. Et s'ils ne sont plus aussi nombreux qu'autrefois, ils n'en sont pas moins reconnus dans le monde entier. Ainsi Bollée à Saint-Jean-de-Braye (Loiret), Paccard à Servier (Haute-Savoie), Cornille-Havard à Villedieu-les-Poêles (Manche), Granier Robert à Hérépian (Hérault), Charles Obertino à Labergement-Sainte-Marie (Doubs) ou Susse à Arcueil (Val-de-Marne). Du bourdon à la clochette souvenir, ils peuvent satisfaire tous les goûts, tous les usages et toutes les bourses.

Sources : Historia

Posté par Adriana Evangelizt


par Adriana Evangelizt publié dans : HISTOIRE Personnages/Objets
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Mercredi 31 janvier 2007

L'histoire du miroir... on utilise tous les jours de nombreux objets mais qui connait leur origine ?

Le miroir

Par Françoise Labalette




"Le miroir ferait bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image", a dit Cocteau. Jugé utile à la connaissance de soi par les philosophes grecs, ou maléfique par l'Eglise médiévale, cet objet apparemment anodin est empreint d'une forte symbolique.


Le miroir antique est un petit disque de bronze, bombé, posé sur un pied ou muni d'un manche, de vingt centimètres de diamètre environ. Selon Socrate, cet auxiliaire du « connais-toi toi-même » conduit à se dépasser, et à triompher de ses vices et de ses faiblesses. Ainsi le philosophe propose-t-il un miroir aux ivrognes afin que leur image répulsive les dissuade de boire. Pour Sénèque, le miroir conduit l'homme à mettre ses actes en harmonie avec son image. Le reflet de ses propres cheveux blancs prépare de manière utile à la mort. Mais dans la pratique, les hommes ont détourné la leçon du miroir. Au lieu de se voir, ils se sont admirés et contemplés. Dans la mythologie, Narcisse cède à la contemplation de son reflet dans l'eau. Amoureux de lui-même, il meurt de désespoir.

Avec le Moyen Age apparaît le miroir de verre, un objet de luxe dans un cadre d'or ou d'argent, protégé par une petite boîte, sculptée, parfois d'ivoire. Les miroirs de métal (« d'étain », comme on les nomme à l'époque), toujours bombés, sont les plus courants. Pour l'Eglise, l'utilisation du miroir a une double symbolique. D'une part, les théologiens chrétiens recommandent aux fidèles de se regarder, reconnaissant dans l'introspection une fonction morale salutaire. D'autre part, ils y voient aussi un objet condamnable, à l'instar de la peinture, car il complexifie le réel, le prend au piège et renvoie une image déconcertante. Le miroir ne permet-il pas d'inverser, éloigner, rapprocher, fragmenter, grossir ? Ses pouvoirs mystificateurs abusent le regard. L'Inquisition, bras justicier de l'Eglise, va sévir, comme le montre l'histoire de Béatrice de Plannisoles. En 1321, accusée d'hérésie, d'adultère et de sorcellerie, la jeune femme comparaît devant l'évêque de Pamiers. Parmi les « choses très suspectes détenues par elle pour faire des maléfices », l'accusation retient, entre autres, un miroir, attirail ordinaire des sorcières. L'Eglise soutient en effet qu'elles y enferment les démons. En outre, le miroitement déclenche une hypnose ou un état de transe. L'éclat aveuglant empêche de voir les objets, l'attention du sujet, alors refoulée vers l'intérieur, devient propice aux intuitions surnaturelles venues du diable. Interprétations, révélations abusives, envoûtements, possessions s'ensuivent. L'usage du miroir est donc maléfique. Ce qui n'empêchera pas les plus grands princes, dont la reine Catherine de Médicis, d'avoir recours à la divination par le miroir pour prendre ses décisions politiques. Du moins le dit-on.

L'apologie du paraître connaît son apothéose au XVIIe siècle. Depuis un siècle environ, les artisans verriers ont mis au point de nouveaux procédés, utilisant notamment le verre soufflé. Les meilleurs artisans se regroupent en Lorraine, en Allemagne et en Italie ; à Venise notamment, dans l'île de Murano, où des verriers mettent au point une matière aussi claire que le cristal de roche, qui rend le miroir plus brillant. Mais c'est en France, entre 1690 et 1720, qu'une nouvelle technique, dite du coulage, permet d'obtenir des miroirs de qualité comparable à ceux de Venise et, en plus, de bien plus grandes dimensions. La Galerie des glaces de Versailles en est le meilleur exemple.

Même dans le privé, le cabinet lambrissé, paré de miroirs, multiplie le jeu des reflets dans lesquels on recherche complaisamment la mise en scène flatteuse de soi. Mais les moralistes, influencés par l'Eglise, rappellent que, plus on se regarde, moins on se voit, et censurent le regard sur soi. D'autant que « se voir » engendre la concupiscence. Découvrir les parties sexuées de son corps attise les sens. La fréquentation du miroir ruine la pudeur, donne une audace inconvenante et coupable. L'orgueil la guette, elle devient « idolâtre d'elle-même » selon Fénelon. Les traités d'éducation recommandent donc aux jeunes filles de se baigner en chemise, de lever les yeux au ciel pour s'habiller. Dans les pensionnats et les couvents, tout miroir est prohibé.

Il n'y a pas si longtemps, dans les maisons où avait eu lieu un décès, on voilait les miroirs et on recouvrait les récipients d'eau de peur que l'âme du défunt n'en reste captive. Le maléfice attaché au miroir reste présent puisque, brisé, il annonce, paraît-il, sept ans de malheur !

Dans la Bible et le Coran

Dans la religion judaïque, le miroir est connoté positivement. On apprend dans l'Exode que les filles d'Israël utilisent des miroirs de métal pour se faire belles. Lors de la fuite en Egypte, les femmes rejoignant leurs maris avec des miroirs, s'y mirent avec eux, provoquant le désir salutaire qui va les rendre mères. C'est en souvenir de cela que Moïse accepte que les femmes offrent des miroirs lors de la construction du Tabernacle, destiné à recevoir l'Arche d'alliance et les objets sacrés avant l'élévation du temple de Jérusalem. Dans les pratiques de deuil, les proches des endeuillés voilent les miroirs afin d'éviter que l'âme du défunt ne soit piégée. Cette pratique sera reprise en pays chrétien. L'islam, quant à lui, semble n'attacher aucune importance particulière au miroir. Aucun verset du Coran ne le mentionne ni pour le recommander ni pour s'en méfier. Les femmes l'utilisent sans interdit.

Femme de tête

Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri II, était sûre de son charme. D'ailleurs, elle ne regarde même pas son image, mais se laisse en réalité admirer.

Sources
Historia

 

Utilisation des miroirs

 

La première utilisation des miroirs fut sans doute pour se regarder soi-même (coquetterie).

Archimède, entre 215 et 212 av. J.-C., se serait servi de miroirs concaves pour concentrer les rayons du Soleil et enflammer les voiles des navires romains qui attaquaient Syracuse (« miroir ardent »). Cette propriété de focalisation est utilisée de nos jours dans les télescopes ainsi que pour le four solaire d'Odeillo.

Le champ de vision humain est limité. En réfléchissant les rayons venant d'une autre direction, un miroir permet d'étendre ce champ de vision dans d'autres directions (mais il masque une partie du champ de vision direct) ; c'est le principe des rétroviseurs d'automobile.

Un miroir bien placé permet de voir derrière un objet ; par exemple, le coiffeur met un miroir derrière la tête du client pour que celui-ci puisse voir, dans le miroir lui faisant face, la coupe vue de derrière. Les dentistes utilisent un petit miroir au bout d'une tige pour voir l'arrière des dents. Les services de sécurité, police ou douane peuvent inspecter le dessous d'un véhicule, d'un meuble bas ou le dessus d'une armoire avec un système similaire.

Les miroirs évoqués ci-dessus ont pour but de donner une représentation fidèle (ou légèrement déformée mais agrandie) des objets. Mais un miroir peut aussi donner une vision volontairement déformée, par exemple dans les miroirs déformants des attractions de foire.

Les anamorphoses à miroir permettent grâce à l'interposition d'un miroir cylindrique ou conique de faire apparaître une image qui est la réflexion d'une image déformée conçue à cet effet. L'image déformée est peinte sur une surface plane autour d'un emplacement prévu du miroir ; ce n'est qu'en y installant le miroir que l'image apparaît non déformée sur la surface du miroir. Répandu au XVII ème et XVIII ème siècle, ce procédé d'anamorphose a permis de diffuser caricatures, scènes érotiques et scatologiques, scènes de sorcellerie et grotesques qui se révélaient pour un public confidentiel lorsque le miroir était positionné sur la peinture.

Les miroirs réfléchissent les rayons de manière symétrique, loi décrite par Descartes au XVIIe siècle. Ainsi, si l'on voit un objet, à partir de l'orientation du miroir (angle que fait sa surface avec l'axe de vision), on peut déterminer la direction dans laquelle se trouve l'objet observé. Ce principe est utilisé dans les sextants pour déterminer la hauteur d'un astre (angle par rapport à l'horizon), et par les géomètres pour déterminer les distances.

Un miroir peut réfléchir un rayon lumineux vers l'endroit d'où il vient, après avoir parcouru une certaine distance. Le temps de trajet de la lumière a ainsi servi à la mesure de la vitesse de la lumière. Cette vitesse étant connue, on peut se servir de cette technique pour déterminer les distances ; par exemple, on a mesuré la distance Terre-Lune à l'aide d'un laser réfléchi par un miroir placé sur la Lune par une mission Apollo.

Un miroir semi-transparent peut séparer un rayon de lumière en deux rayons identiques. Ces deux rayons ayant par la suite un trajet différent, la différence finale entre les rayons permet de connaître la différence entre les milieux traversés ou les objets rencontrés. C'est ainsi qu'en prenant un des rayons comme référence, on peut construire un hologramme. Cette technique est aussi utilisée en interférométrie ; cela peut servir en travaux pratiques d'optique pour apprendre à connaître les propriétés de la lumière, mais les interféromètres ont permis à Albert Einstein de déduire l'invariance de la vitesse de la lumière (expérience de Michelson-Morley), et on s'en sert pour étudier les ondes gravitationnelles.

Si un rayon est réfléchi et fait un aller-retour, il parcourt une distance double ; à l'aide de miroirs, on peut donc avoir un grand trajet optique dans un espace réduit. Ceci est utilisé pour certaines expériences d'optique, ainsi que pour avoir des télescopes compacts.

Si un rayon est piégé entre deux miroirs,cela crée une cavité résonnante qui permet de sélectionner les longueurs d'onde ; ceci est utilisé dans les laser et permet d'avoir une lumière monochromatique.

On notera qu'on se sert du test du miroir en zoologie et en philosophie de l'esprit pour apprécier le degré de conscience de soi dont font preuve les différentes espèces animales.

Symbolique des miroirs

Le miroir plan renvoie une image fidèle de la personne qui se regarde dedans, il est donc chargé d'une forte connotation symbolique. Il permet de se voir tel que l'on est, mais toujours sous un seul et même angle (face à face), notamment avec ses défauts. Il est souvent associé à la vérité, comme par exemple le Miroir Magique de Blanche-Neige.

Le miroir est également l'inverseur de la vérité. Dans Don Quichotte, le Chevalier des Miroirs est l'ennemi mortel de l'Hidalgo dont il renie l'inspiration.

C'est aussi un symbole fort de la mythologie japonaise, du shintoïsme ; c'est un des attributs de la déesse du soleil Amaterasu (ou Ameratsu).

Le psychanaliste Jacques Lacan définit le « stade du miroir », qui est le moment où l'enfant a conscience qu'il se voit lui-même dans un miroir. Cette connaissance de soi (et non cette reconnaissance, puisqu'avant de se voir dans un miroir, un enfant ne connaît pas l'apparence de son visage) intervient entre 18 et 24 mois, en général. Elle participe de la mise en place de différents sentiments, telle que l'empathie, la fierté, la honte et l'inversion (apparition de la négation).

C'est aussi le symbole d'une porte, d'une limite vers un autre monde, particulièrement mis en valeur dans Alice au pays des merveilles.

Sources
Wikipedia

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : HISTOIRE Personnages/Objets
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