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Samedi 20 janvier 2007

Awa Sow Cissé Dembélé, coordinatrice d'ONG au Mali :

«La désertification produit des exodes massifs»

Par Pierre DAUM




La désertification menace 40 % des terres disponibles de la planète, essentiellement en Afrique et en Asie. Un processus qui s'aggrave, alors que les Nations unies ont déclaré 2006 «Année internationale des déserts et de la désertification». Scientifiques et représentants d'ONG venus d'une cinquantaine de pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud se sont réunis trois jours (du 20 au 23 septembre) à Montpellier pour le forum Désertif'Actions. Parmi les intervenants, la Malienne Awa Sow Cissé Dembélé, directrice exécutive du Conseil de concertation et d'appui aux ONG (CCA ONG), qui regroupe 172 organisations non gouvernementales, toutes engagées dans des actions de lutte contre la désertification au Mali.


Le Mali est-il particulièrement touché par la désertification ?

Les zones touchées représentent 40 % du territoire. Mais ce chiffre recouvre des réalités très diverses. Au nord, on a l'image classique du désert de sable sans une goutte de pluie, avec des vents qui poussent les dunes à grignoter de plus en plus d'espaces cultivés. Mais à l'est et au centre du pays, le problème est qu'il pleut trop ! Notre période pluvieuse, qui va de mai à septembre, provoque d'énormes inondations. Dans ces régions semi-montagneuses, la partie fertile des sols est arrachée par les eaux de ruissellement, laissant un sol rocailleux impropre à toute culture.

Quelles actions sont menées ?

Ce sont des actions de dimensions très modestes, voire microscopiques. En voici deux exemples parmi tant d'autres. Dans les régions semi-montagneuses, des ONG construisent de petits murets de pierre perpendiculaires à la pente, qui permettent de retenir les coulées de boue lors des averses. Et, au nord, on plante des arbustes ( Acacia albida ) ou des buissons épineux ( Prosopis ) capables de résister à la sécheresse. On les place en bordure des villages et des champs comme remparts à l'invasion des dunes de sable.

L'homme est aussi parfois à l'origine de la désertification...

Bien sûr. Pour faire la cuisine, les Maliens brûlent d'énormes quantités de bois, puisées sans retenue dans les grandes forêts du centre du pays par des bûcherons très pauvres qui n'ont que la vente de ce bois pour nourrir leur famille. Certaines ONG tentent d'organiser les femmes de ces bûcherons autour d'activités de teinture, de petits commerces et d'épargne, afin que leur participation financière au foyer incite leur mari à couper moins d'arbres. Autre problème : la démographie. Chaque fois qu'une famille s'agrandit, elle coupe l'arbre qui est devant la case afin de construire une autre case pour le fils. Nous avons besoin d'un changement de comportements : chaque fois que tu coupes un arbre, tu dois en planter un autre.

Ces actions sont-elles suffisantes ?

Non. D'abord par manque de moyens. Les ONG, qui travaillent déjà avec très peu d'argent, n'obtiennent de leurs bailleurs occidentaux que des promesses de financement sur deux ou trois ans. Et après, plus rien ! Vous croyez qu'il suffit de trois ans pour stopper la désertification d'une région ? L'autre problème, c'est que le gouvernement ne s'est toujours pas engagé dans une politique globale de lutte contre ce fléau. Or, pour empêcher qu'une zone aride ne se transforme en véritable désert, il faut absolument améliorer les conditions de vie des populations présentes pour les inciter à y rester. Il faut leur creuser des puits, leur construire des écoles et les pourvoir en soins médicaux. Résultat, alors que nous luttons depuis vingt ans, la situation va de mal en pis. Et les acteurs sur le terrain sont désespérés.

Que reprochez-vous aux organisations internationales ?

De ne pas dégager assez d'argent pour les programmes de lutte contre la désertification. Lors de la Conférence de Rio, en 1992, la communauté internationale a défini trois priorités : la biodiversité, les changements climatiques et la désertification. Il a été décidé que le Fonds pour l'environnement mondial serait le financeur principal des deux premières, mais pas de la troisième ! Pourtant, c'est dans l'intérêt direct des pays riches de nous aider. Car la désertification produit des phénomènes massifs d'exode. Les populations de ces zones arides vont vers les grandes agglomérations de leur pays, gonflant les bidonvilles. Pour les plus courageux dans ces populations écrasées par la misère, la seule solution reste l'émigration vers les pays riches...


Sources
Terre Sacrée

 

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Desertification
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Samedi 20 janvier 2007

La Terre se réduit

Lester R. Brown pour Earth Policy Institute

Traduction : Claire Richardot pour Planète Urgence


La désertification et la hausse du niveau de la mer contraignent notre civilisation de ce début de 21e siècle. L’homme dispose de moins en moins d’espace pour vivre. Ces phénomènes alimentent une densification de la population, qui n’avait, autrefois, comme seule cause, 'que' l’accroissement démographique, qui représente pourtant et déjà, à lui seul, une augmentation de la population de plus de 70 millions de personnes chaque année.

Ces deux nouvelles tendances sont toutes deux d’origine humaine. La désertification est avant tout le résultat d’un cheptel trop important et de la surexploitation des terres agricoles. La hausse du niveau de la mer est la conséquence d’une augmentation des températures provoquée par les rejets de carbones provenant de la combustion d’énergies fossiles.

En Chine et au Nigeria, les deux pays les plus peuplés d’Asie et d’Afrique respectivement, d’importantes surfaces ont été perdues au profit du désert. C’est une tendance qu’on observe dans bon nombre de pays du monde. Non seulement la Chine perd des terres agricoles, mais elle le fait à un rythme accéléré : chaque année, le pays a perdu 1560 km² entre 1950 et 1975, contre 3640 km² entre 1976 et 2000.

Un rapport de l’ambassade des États-Unis intitulé Desert Mergers and Acquisition (’’Fusions et acquisitions’’ du désert), montre des images satellites où deux déserts du centre-nord de la Chine s’étendent et se rejoignent pour n’en former plus qu’un seul, plus vaste, recouvrant ainsi les provinces intérieures de Mongolie et de Gansu. À l’ouest, dans la province de Xinjiang, deux déserts encore plus importants, le Taklimaklan et le Kumtag, se rapprochent aussi l’un de l’autre. Plus à l’est, le désert de Gobi n’est plus qu’à 241 km de Pékin, à la grande inquiétude des dirigeants du pays. Des scientifiques chinois estiment qu’au cours des cinquante dernières années, près de 24 000 villages de la Chine septentrionale et occidentale ont été totalement ou partiellement abandonnés sous l’effet du sable.

Dans tous les pays d’Asie centrale, l’Afghanistan, le Kazakhstan, le Kirghizstan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, le désert gagne du terrain. Le Kazakhstan, célèbre à l’époque soviétique pour son projet de mise en valeur des Terres noires, a perdu presque la moitié de ses terres arables depuis 1980.

En Afghanistan, pays de 31 millions d’habitants (autant qu’au Canada), le désert du Registan se déplace vers l’ouest, empiétant sur les surfaces agricoles. Selon une équipe du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement), jusqu’à 100 villages ont été submergés par des vents de sable et de poussières. Au nord-ouest du pays, des dunes de sables se déplacent vers les zones agricoles, faute de végétation détruite par l’utilisation du bois de chauffe et le surpâturage. Cette équipe a observé des dunes de près de 15 mètres qui bloquent les routes et contraignent les habitants à établir de nouveaux itinéraires.

L’Iran, qui compte 70 millions d’habitants et 80 millions de chèvres et de moutons (qui fournissent la laine nécessaire à l’industrie du tapis) est également en train de perdre son combat contre le désert. En 2002, Mohammad Jarian, directeur de l’Organisation iranienne contre la désertification, annonçait que 124 villages de la province de Sistan-Baluchistan, au sud-est du pays, ont été ensablés et par conséquent abandonnés. Des vents de sable ont recouvert les pâtures, privant les animaux d’alimentation et les habitants de leurs moyens de subsistance.

En Afrique aussi les déserts gagnent du terrain. Au nord, le Sahara repousse les populations du Maroc, de Tunisie et d’Algérie vers la Méditerranée. Dans une tentative désespérée pour stopper la désertification, l’Algérie restructure géographiquement son agriculture, remplaçant au sud la culture des céréales par celle des orchidées et de la vigne.

Entre le sud du Sahara et les régions forestières méridionales, s’étend d’est en ouest une vaste bande semi-aride, le Sahel, où les principales activités sont l’élevage et l’agriculture. Du Sénégal et la Mauritanie à l’ouest, jusqu’au Soudan, l’Éthiopie et la Somalie à l’est, la pression exercée par la densité humaine et animale transforme la terre en désert (
voir tableau).

Le Nigeria, pays à peine plus grand que le Texas, perd chaque année 3523 km² de pâtures et de terre arables en raison de la désertification. Alors que sa population a quadruplé entre 1950 et 2006, passant de 33 millions à 134 millions, le cheptel a été multiplié par 11 (de 6 millions à 66 millions). Entre le défrichement de terres marginales rendu nécessaire pour satisfaire les besoins alimentaires des habitants et le forage de puits pour répondre à un bétail en surnombre par rapport aux prairies existantes, le pays prend petit à petit l’allure d’un désert. La population croissante du pays doit s’entasser sur un espace de vie toujours plus petit.

En Amérique latine, les déserts s’étendent tant au Brésil qu’au Mexique. Dans ce dernier pays, en grande partie recouvert de terres arides ou semi-aride, la dégradation des terres agricoles oblige maintenant quelque 700 000 Mexicains à partir chercher du travail dans les villes avoisinantes ou aux États-Unis. Dans de nombreux pays, la croissance de la population et du cheptel, cause de la désertification, se poursuit sans relâche.

Alors que la désertification oblige déjà des millions de personnes à quitter leur habitat, une hausse du niveau de la mer promet d’en déplacer encore bien plus. En effet les villes côtières ou le delta de fleuves rizicoles sont des zones très peuplées. Au cours du vingtième siècle, le niveau de la mer a augmenté de 15 centimètres. Dans son rapport de 2001, le Groupe intergouvernemental sur l'évolution climatique (GIEC) a prévu une augmentation de 10 à 87,5 cm. Mais avec les températures record observées entre-temps qui ont accéléré la fonte des glaces, il est probable que celle-ci soit plus importante encore.

Sous l’effet de la chaleur, les eaux se dilatent et glaciers et calotte glacière fondent, entraînant la hausse du niveau de la mer. La fonte de la calotte glaciaire au Groenland, fortement accélérée ces dernières années, est particulièrement inquiétante. Si elle devait disparaître entièrement, alors qu’elle fait plus d’un km d’épaisseur à certains endroits, le niveau de la mer augmenterait de 7 mètres.

Une hausse d’un seul mètre inonderait de vastes régions des basses terres, notamment les deltas de fleuves rizicoles ou les plaines alluviales d’Inde, de Thaïlande, du Vietnam, d’Indonésie et de Chine. D’après la Banque mondiale la moitié des surfaces rizicoles du Bangladesh serait sous les eaux causant le départ de près de 30 millions de personnes qui migreraient à l’intérieur ou en dehors du pays.

Des centaines de villes, parmi les plus grandes du monde, seraient au moins partiellement inondées (comme Londres, Alexandrie et Bangkok). Plus d’un tiers de Shanghai, ville de 15 millions d’habitants, serait recouvert par les eaux. Si une telle hausse se conjuguait avec le déclenchement d’une tempête cinquantenale, la mer recouvrirait une grande partie du Lower Manhattan à New York et du National Mall à Washington.

Avec la fonte de la calotte glacière du Groenland qui entrainerait une augmentation de 7 mètres du niveau de la mer, des milliers de villes et populations côtières seraient abandonnées. Des centaines de millions d’habitants seraient contraints à fuir vers l’intérieur des terres ou vers d’autres pays, impliquant des conflits pour l’occupation des terres et l’espace vital. Avec la désertification et la hausse du niveau de la mer, le monde risque d’être confronté à un flot sans précédent de réfugiés environnementaux (sources de conflits).

Notre siècle doit faire face aux effets causés par les évolutions conduites au cours du siècle précédent (croissance rapide de la population, désertification et hausse du niveau de la mer). L’augmentation de la population humaine de plus de 70 millions de personnes par an s’accompagne de celle du cheptel (plus de 35 millions de têtes par an). La combustion d’énergies fossiles entraîne une hausse des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et le dérèglement du climat terrestre. Notre choix est simple : renverser ces tendances où risquer de les voir nous anéantir.

Sources Planète Urgence

Posté par Adriana Evangelizt



par Adriana Evangelizt publié dans : Desertification
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