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Samedi 17 novembre 2007

L'eau potable plus menacée qu'on ne pensait par la montée des océans

La montée du niveau des mers due au réchauffement climatique pourrait absorber jusqu'à 40% d'eau potable souterraine de plus que ce qu'on pensait jusqu'à présent, a expliqué vendredi à l'AFP un chercheur en hydrologie, auteur d'une étude à paraître.

La plupart des prédictions actuelles concernant le réchauffement de la planète se concentrent sur la quantité de terres qui seraient immergées par une hausse du niveau des mers.

Mais des chercheurs de l'université d'Etat de l'Ohio (nord des Etats-Unis) ont découvert que dans de nombreuses régions côtières, l'eau de mer risquait de s'infiltrer dans l'eau douce souterraine du plateau continental et la contaminer, même au-delà des côtes.

Selon eux, le degré de contamination dépend de la structure des côtes: les plages de sables permettent en effet plus facilement aux eaux souterraines de se mélanger que les falaises.

"La structure complexe du sol peut accroître le mélange entre eau salée et eau douce" au-delà même de la nouvelle ligne côtière dessinée par la montée des mers, a expliqué au cours d'un entretien téléphonique Motomu Ibaraki, professeur d'hydrologie, qui a mené cette étude pas encore publiée.

"Dans la plupart des études, on considère que si la ligne côtière recule de 100 mètres" sous l'effet de la montée des mers, "alors l'eau douce recule de 100 mètres. Eh bien notre étude montre que (ce recul) est supérieur", selon le chercheur, qui estime que la perte d'eau douce pourrait être jusqu'à 40% plus importante.

M. Ibaraki et l'un de ses étudiants ont créé une simulation informatique pour étudier comment les différentes structures de sol côtier pouvaient affecter le mélange souterrain entre eau douce et eau salée. La prochaine étape sera d'appliquer cette modélisation à des lieux géographiques réels, pour déterminer le risque de perte d'eau douce.

Le Groupe intergouvernemental sur le climat (Giec) de l'ONU prévoit une hausse moyenne du niveau des océans de 14 à 44 centimètres d'ici 2100 en raison du réchauffement climatique.

Etant donné qu'il faut relativement peu d'eau salée pour rendre l'eau potable impropre à la consommation, même une faible élévation du niveau des océans pourrait avoir un effet très important sur les ressources en eau douce, souligne M. Ibaraki.

"La quantité d'eau sur terre est constante, pourtant la quantité d'eau potable diminue", souligne-t-il.

"Seulement 2% de l'eau présente sur terre est potable, et la plus grande partie est emprisonnée dans les glaciers", et de plus "en raison de la demande croissante en eau, les nappes phréatiques diminuent", rappelle-t-il.

L'étude, qui doit être soumise au comité de lecture d'une revue scientifique, intervient à quelques semaines de l'ouverture de la conférence sur le climat de Bali, en Indonésie, du 3 au 14 décembre, qui doit ouvrir les négociations en vue d'un nouvel accord international succédant au protocole de Kyoto, qui expire en 2012.

Posté par Adriana Evangelizt


par Adriana Evangelizt publié dans : EAU
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Jeudi 30 août 2007

La pénurie d'eau se mondialise

Par Tatiana Sinitsyna

RIA Novosti

Peut-on vivre sans eau, la ressource naturelle n°1? N'avons-nous pas oublié que nous-mêmes sommes constitués de ce liquide à 75%? Le problème du déficit croissant d'eau a récemment été évoqué à Stockholm où s'est achevée la Semaine mondiale de l'eau. Une nouvelle fois, les chercheurs se sont inquiétés du fait que plus d'un milliard de personnes soient aujourd'hui privées d'eau potable saine, et que 2,06 milliards de personnes souffrent de l'absence de conditions sanitaires civilisées. Cette fois-ci, cependant, en dehors des questions traditionnelles (réserves d'eau, méthodes d'épuration), les délégués se sont penchés sur l'influence que le climat en évolution pourrait avoir sur les ressources en eau. Les experts sont unanimes: si l'humanité ne change pas d'attitude à l'égard de l'environnement, le problème de l'approvisionnement en eau sera prochainement au centre des préoccupations des habitants de la planète.

De nombreux problèmes débattus à Stockholm touchent la Russie. Car seuls les Moscovites et les habitants de quelques grandes villes ne connaissent pas de pénurie, tandis que le reste de la population est régulièrement confronté au manque d'eau propre. Dans les régions méridionales du pays, le problème est grave au point que les robinets s'ouvrent selon un horaire précis, et dans certains endroits (en Kalmoukie, par exemple) ils ne s'ouvrent que de nuit.

Pourtant, la Russie est très riche en eau douce: 2,5 millions de fleuves et rivières et plus de 3 millions de lacs dont les réserves sont estimées à 26.000 kilomètres cubes. Dans ce contexte, l'aveu de Roustem Khamitov, directeur de l'Agence fédérale des ressources en eau, semble paradoxal: "Nous autres professionnels, nous savons que la richesse en eau du pays n'est qu'apparente, car elle est en voie de disparition". "Disposant de faramineuses réserves d'eau, la Russie n'a toujours pas appris à les gérer de manière économe", estime le directeur de l'Institut des problèmes de l'eau (Académie russe des sciences), Viktor Danilov-Danilian. D'après lui, les priorités écologiques commencent à s'effacer face aux priorités économiques. Le plus grand défaut du système russe de ravitaillement en eau est, selon le chercheur, l'absence de compteurs dans la plupart des logements. Aujourd'hui, ces défauts commencent à être éliminés, mais vu l'ampleur et les particularités russes le processus promet d'être long.

Les experts jugent mauvaise la qualité de l'eau courante consommée par les Russes. "Si la population russe continue de boire l'eau qu'elle boit aujourd'hui, il n'en restera personne dans trente ans", avertit Iouri Rakhmanine, directeur de l'Institut d'écologie de l'homme et d'hygiène de l'environnement (Académie russe des sciences). La moitié du réseau de canalisations fédéral est usée et doit être remplacée. Il faudra des décennies pour le moderniser, la longueur totale des tuyaux s'élevant à 543.000 kilomètres.

La pénurie d'eau en Russie s'explique essentiellement par une consommation peu économe. Le prix extrêmement bas de l'eau joue également un rôle négatif. "En tant que produit, l'eau n'a pratiquement pas de valeur économique en Russie, et elle ne coûte absolument rien pour les industries et le secteur de l'énergie, reconnaît Roustem Khamitov. Le prix de l'eau ne dépasse pas 0,03% de sa valeur réelle. Elle est relativement bon marché pour la population qui paie entre 5 et 7 roubles le mètre cube (entre 0,14 et 0,2 euro), contre 2 à 3 euros dans les pays européens". Comprenant qu'en Occident les revenus de la population sont beaucoup plus élevés, le gouvernement ne se hâte pas de faire reposer sur les Russes la totalité des dépenses d'eau.

Parmi les principaux facteurs qui contribuent à noircir le tableau, les spécialistes citent l'absence d'installations d'épuration modernes, la poussée agressive de l'homme sur les rivages, mais aussi le fait que la moitié de l'eau se perd lors du transport en raison de l'âge des conduites. Pour le ministre des Ressources naturelles, Iouri Troutnev, c'est l'absence d'un système rationnel de gestion des ressources en eau qui explique tous ces malheurs.

Le problème de la pénurie d'eau n'en finit pas de se mondialiser, a-t-on constaté à Stockholm pendant la Semaine mondiale de l'eau. Et il faut que tous les pays en tiennent compte, aussi bien ceux qui se permettent de dilapider le précieux liquide que ceux qui en comptent chaque goutte.

Sources Ria Novosti

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : EAU
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Jeudi 5 juillet 2007

Non à la "pétrolisation" et à la "cocacolisation" de l’eau


Riccardo Petrella, fondateur du Comité mondial de l’eau

par David Cadasse



L’eau, or bleue du XXI siècle ? C’est contre ce qu’il appelle la "pétrolisation" de l’eau, que le professeur italien Riccardo Petrella s’érige. Considéré comme l’une des trois plus grands altermondialistes de l’eau, il nous explique les dangers de ce glissement idéologique. Il dénonce également la "cocacolisation" de l’eau. Néologisme inspiré pour dénoncer la perte de la valeur fondamentale de l’eau. Eau qu’il faut avant tout considérer comme un bien commun essentiel à la vie. Interview.

Il est dangereux de penser que l’eau est le pétrole du XXI siècle. L’or bleu. Une « pétrolisation » de l’eau que Riccardo Petrella dénonce et explique à Afrik. Partenaire du Festival Asie-Africa de Monaco pour les œuvres universelles de solidarité (Famous), l’éminent professeur italien est considéré comme l’un des trois grands altermondialistes de l’eau. Fondateur du Comité mondial de l’eau, il nous explique également un autre phénomène clé montrant les dérives quant au changement de perception de l’eau : qu’il appelle « cocacolisation ». Il rappelle la valeur intrinsèque de cet élément vital à la vie et installe les postulats à une nouvelle vision des problèmes hydriques.

Afrik : Peut-on considérer l’eau comme une simple marchandise ?


Riccardo Petrella :
Il y a deux choses sur le plan biologique qui soient essentielles : l’eau et l’air. Vous pouvez substituer tout ce que vous voulez pour vivre sauf ces deux éléments. Cette essentialité et cette insubstitualité des ces deux éléments en font des biens communs à tous le monde. Ils font ainsi l’objet d’un droit. Pas d’un désir ou d’un besoin qui doit s’assouvir par son accaparation.

Afrik : Votre combat tourne autour de ce que vous appelez la pétrolisation de l’eau. Qu’entendez-vous par ce terme ?


Riccardo Petrella :
C’est une expression pour faire comprendre que le monde est en train d’opérer une mutation au niveau des visions et de la culture. On est en train de dire que le pétrole est rare, donc précieux. On nous a convaincu que l’eau est de plus en plus rare, donc qu’elle est précieuse. La première forme de pétrolisation est lorsque les dominants ont réussi à faire accepter, même par les médias, l’idée que l’eau est « l’or bleu » du XXI siècle. Au même titre que le pétrole était « l’or noir » du XXe siècle. Si l’eau est un bien rare, alors elle est l’objet de possession et d’appropriation privée. On assimile ainsi l’eau à une ressource stratégique exploitable en fonction des besoins de gens. Ce n’est plus un bien commun essentiel à la vie. Elle devient une ressource qu’on ne peut pas donner à tout le monde, puisqu’elle est rare. Et l’on ne peut opérer de sélection qu’à travers une valeur marchande de l’eau.

Afrik : Mais l’eau est bien en voie de raréfaction ?


Riccardo Petrella :
La raréfaction de l’eau est le résultat de nos actions dilapidatrices et déprédatrices. Nous la rendons rare parce que les prélèvements que nous faisons sur les ressources hydriques en terme de pompage de l’eau de nappe ou de surface sont plus importants que le renouvellement naturel de l’eau. Chaque année le cycle de l’eau nous permet d’avoir 40 000 kilomètres carrés d’eau de par le monde. Seulement au lieu de consommer les flux, nous entamons le capital. En l’occurrence ici les eaux plus profondes. Celles qui ne participent pas au cycle de vie naturelle de l’eau. Beaucoup de fleuves sont ainsi devenus secs. Le Colorado aux Etats-Unis est le premier fleuve au monde qui ne porte plus l’eau à la mer. Et ce depuis 20 ans. Nos fleuves sont pour beaucoup des cours d’eau à régime torrentiel, c’est-à-dire qui n’ont plus d’eau toute l’année. Nous avons asséché les lacs. Il ne reste plus qu’un dixième du lac d’Aral, la plus grande mer intérieure du monde. Mais si on prélevait correctement il n’y aurait pas de raréfaction. L’idée d’assimiler l’eau à de l’or bleu signifie qu’il est inévitable que nous continuions à avoir le même mode de consommation. C’est ça la grande mystification liée à la pétrolisation.

Afrik : Dans quels pays le problème de l’eau est en train de devenir capital ?


Riccardo Petrella :
Les études montrent qu’il y a trois pays qui vont avoir de gros problèmes au niveau de l’approvisionnement au cour des 30 prochaines années : la Chine, l’Inde et les Etats-Unis. Ces trois pays ont abusé de leur eau. On estime que les nappes ont baissé d’un mètre aux Etats-Unis et de trois mètres en Chine. Donc vous êtes obligés d’aller plus en profondeur pour pomper l’eau. Les nappes de surface se renouvellent en 15 ou 20 ans en moyenne. Il faut compter plus de cent ans pour des nappes plus profondes. Et puis il y a ce qu’on appelle les eaux fossiles, qui se forment en deux millions ou trois millions d’années, et sur lesquelles lorgnent déjà certains pays. On est en train de rendre non renouvelable, une ressource qui est renouvelable.

Afrik : N’est-on pas arrivé à un point où l’eau n’est justement plus un bien renouvelable ?


Riccardo Petrella :
Pour certaines destructions de corps hydriques, comme la mer Aral, c’est irréversible. Vous ne pouvez pas remplir une mer que vous avez asséchée. Si vous avez contaminé les eaux il y a des phénomènes de réversibilité. Il n’est jamais trop tard pour des phénomènes de pollutions. Mais nous nous endettons vis-à-vis des générations futures, parce que les processus durent longtemps.

Afrik : Que se passerait-il si le monde continuait de tourner normalement sans prendre conscience des dangers hydriques liés à la pollution ?


Riccardo Petrella :
Si nous continuons avec notre mode de production à haute intensité énergétique de notre économie, nous allons droit dans le mur. L’effet de serre qui participe au réchauffement de la planète fait fondre les glaciers. Donc fait monter le niveau de la mer. L’eau douce va ainsi devenir de moins en moins importante à cause de la pénétration de l’eau salée. Si on continue comme ça, les études montrent qu’en 2032, 60 % de la population mondiale vont vivre dans des régions à forte pénurie d’eau, contre 25 % à l’heure actuelle. C’est-à-dire que les personnes auront moins de 500 mètres cube d’eau par habitant et par an tout usages confondus. Le minimum est normalement de 1 700 mètres cubes. Entre 1 000 et 1 700 mètres cube, on considère que vous êtes en stress hydrique. A moins de 500 vous êtes en pénurie.

Afrik : Peut-on imaginer de futures guerres de l’eau ?


Riccardo Petrella :
On a eu des guerres du pétrole comme, actuellement, les Etats-Unis en Irak. Dans certaines régions du Moyen Orient, un litre d’eau vaut aussi cher qu’un litre de pétrole. Maintenant au marché noir, l’eau coûte même plus cher que le pétrole. Alors on dit que l’eau va bientôt être la source principale de guerre inter-Etat. Mais qui a dit ça ? A croire que c’est inévitable. Tout cela parce qu’on ne veut pas reconnaître que l’eau est un bien commun. Il ne suffit pas de faire un traité mondial pour que les Etat affirment une telle chose. Car on sait très bien que les traités ne sont jamais respectés. Il faut institutionnaliser le concept politique de l’existence de l’Humanité. L’Humanité a la responsabilité de l’eau. Et non les Etats, qui continue dans une logique géostratégique et financière. Il faut reconnaître le caractère local et globale de l’eau. Donnons-nous les instruments politiques, institutionnels, financiers et techniques, qui existent, pour résoudre le problème de manière efficace. Donnons-nous, au niveau mondial, l’institution politique de l’Humanité.

Afrik : Tout cela a aussi un coût. Par qui devraient-ils être supportés ?


Riccardo Petrella :
L’accès aux droits humains et les coûts correspondants doivent être couverts collectivement. En Europe les financements du coût à la santé, à l’éducation ou à la défense sont assurés par la collectivité. Vous n’allez pas acheter au supermarché la prestation d’un militaire. Alors pourquoi faudrait-il avoir une autre logique avec l’accès à l’eau, qu’il faut considérer par ailleurs comme un droit humain ?

Afrik : La cocacolisation de l’eau est également une réalité que vous dénoncez. Pourriez-vous nous expliquer ce que vous entendez exactement par cocalisation ?


Riccardo Petrella :
L’eau devient une boisson comme une autre. En Europe occidentale, 64% des personnes déclarent ne plus boire de l’eau du robinet mais celle en bouteille. Ils sont convaincus que l’eau en bouteille est plus sûre que l’eau du robinet. Coca Cola a lancé ses propres eaux en bouteille : Bon aqua pour les pays sous développés et Dasani pour les pays développés. Quant à Pepsi, ils ont sorti la marque Aqua fina. Et vous achetez votre eau dans les mêmes distributeurs de Coca Cola ou de Pepsi Cola. Voilà une forme aigue de cocacolisation ! Coca Cola a, à lui seul, 400 millions de distributeurs à travers le monde. L’eau pour boire, qui est essentiel à la vie, n’est plus perçue comme telle.

Afrik : Face à ces géants commerciaux, le combat semble bien inégal ?


Riccardo Petrella :
Pas du tout. Nous avons, par exemple gagné en Belgique une belle victoire contre ces géants. Nous avions proposé de substituer les distributeurs de cannettes par des fontaines d’eau. Or le ministre de l’Education nationale a décidé début septembre de retirer les 400 000 distributeurs de école, rien qu’en Wallonie. Il y a déjà 45 écoles qui ont sauté le pas...

Sources Afrik com

Posté par Adriana Evangelizt

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Jeudi 5 juillet 2007

La cabale de l’oligarchie mondiale de l’eau


Riccardo Petrella dénonce la politique mondiale de l’eau

par David Cadasse

 



La vision que nous avons des problèmes liés à l’eau ne nous appartient pas. Elle est insidieusement construite, développée et distillée par ce que l’un des plus grands altermondialistes de l’eau, le professeur Riccardo Petrella, appelle : « l’oligarchie mondiale de l’eau ». Banque mondiale, multinationales de l’eau, organisations intergouvernementales et experts, tous nous « alphabétisent à l’évangile » de leur pensée économique-culturelle. Afrik vous offre une plongée au cœur du système.

L’eau n’est pas un bien privé mais un droit à la vie. Or les privatisations des services de distribution témoignent d’une vision mercantile de l’eau. Comment s’est développée cette logique, aujourd’hui acceptée par tous ? C’est que nous explique le professeur italien Riccardo Petrella, une des grandes figures des altermondialistes de l’eau, rencontré dans le cadre du Festival Asie-Africa de Monaco pour les œuvres universelles de solidarité (Famous).

Afrik : Quelle est la logique qui se cache derrière la vague de privatisation des services de distribution d’eau ?


Riccardo Petrella :
Depuis les débuts des années 90, en lien à la privatisation croissante des services de distribution d’eau, l’idée était de dire que les états n’ont plus les moyens de financer certains services. Pour assurer le développement, selon cette théorie néo-libérale : il faut nécessairement passer par l’investissement privé ! Ainsi on nous dit que c’est le secteur privé qui doit assurer le droit à la vie de tout le monde Mais il fallait légitimer cela sur des bases culturelles. Abandonnons les dépenses publiques dans l’eau et laissons libre le capital privé pour assurer de manière efficace l’accès à l’eau.

Afrik : Il est vrai tout de même que la gestion publique de l’eau n’est souvent pas une réussite dans certains pays.


Riccardo Petrella :
L’argument n’est pas de dire puisque certains Etats montrent leur incapacité alors il faut donner au privé. Qui se montre tout aussi incapable de bien gérer les choses. L’alternative est de changer l’Etat. C’est l’argument le plus fort pour la privatisation. La Suisse n’a jamais rien privatisé. Et cela marche très bien. On considère que la perte naturelle d’eau dans les aqueducs est de 9 %. Le seul pays qui soit au niveau c’est la Suisse. En France qui est depuis plus de 20 ans dans le partenariat public-privé, la moyenne est entre 25 et 30 % de perte d’eau. La vraie question est ailleurs. Est ce que vous considérez l’eau comme un bien public et un droit ou comme un bien privé ? Alors on se donne les moyens d’atteindre ses objectifs.

Afrik : Tout à l’heure vous parliez de légitimer les bases culturelles de la privatisation. Qui a participé à cela ?


Riccardo Petrella :
C’est la Banque mondiale sous la pression des multinationales de l’eau qui a œuvré pour ce changement. Ondéo (anciennement Suez) et Véolia (Vivendi) ont convaincu la Banque Mondiale que la meilleure chose à faire était de confier le secteur au privé. En 1993, l’instance financière a sorti un document cadre, « L’ajustement intégré des ressources hydriques », qui est devenu la bible de la pensée économique et financière du monde développé et donc aussi des dirigeants du monde pauvre qui dépendent de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.

Afrik : Quel est le principe fondamental de ce document ?


Riccardo Petrella :
Le principe fondamental de ce document est que l’eau ne peut plus être considérée comme un bien commun. L’eau doit être considérée comme un bien économique, donc soumis aux principes de l’économie capitaliste de marché. Les pouvoirs publics doivent établir une tarification dans la distribution de l’eau qui permet la récupération de tous les coûts de production. Vous ne pouvez ainsi pas donner un prix de l’eau subventionné. L’Union européenne, dans un document de 2001, a repris cette idée en disant que la gestion rationnelle économique de l’eau doit être fondée sur le Full cost recovery principle. Et les dirigeants africains adoptent le même discours. Pour développer le tout, les entreprises multinationales privées, la Banque mondiale, certains Etats, comme la France, l’Egypte ou le Canada, plus les organisations intergouvernementales de la famille des Nations Unies (Onu), plus toutes les associations d’experts et de techniciens, qui existent parce qu’ils travaillent dans le cadre de l’Onu (comme l’International Water research ou l’Association international de l’eau), ont créé ensemble le Conseil mondial de l’eau. Conseil financé par la Banque mondiale et les entreprises privées. On leur a donné la charge d’élaborer les fondements théoriques, politiques et éthiques de la vision mondiale de l’eau. Ils ont présenté en 2000 un rapport très riche appelé The world water vision.

Afrik : A vous entendre il s’agit de stratégies pour les élites faites par les élites. ?

 
Riccardo Petrella :
Exactement. C’est ce que j’appelle l’oligarchie mondiale de l’eau. C’est une alliance naturelle, spontanée et délibérée qui s’est établie d’une part entre certains Etats hydriques, les compagnies internationales privées et les organisations internationales et intergouvernementales et enfin les experts. Ce sont eux qui établissent l’ordre du jour. Ce sont eux qui ont élaboré les mots clés, les mots qui comptent pour établir les problèmes de l’eau. C’est ça le vrai pouvoir. Ils nous alphabétisent à l’évangile de l’oligarchie mondiale de l’eau. Le Conseil mondial de l’eau à la tâche d’organiser tous les trois ans le Forum mondial de l’eau. Le premier a eu lieu à Marrakech en 1997, le second en 2000 à La Haie et le dernier en date au Japon à Kyoto. Ce Forum se termine par une conférence ministérielle qui n’a aucun mandat ! Il faut rappeler que ce Forum est une organisation privée et non intergouvernementale. Nous sommes en pleine mystification de la démocratie. Qui représente qui ?

 Lire aussi : Non à la "pétrolisation" et à la "cocacolisation" de l’eau

Sources Afrik com

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Jeudi 5 juillet 2007

Quand l’eau devient toxique


Enfants empoisonnés

par Olivia Marsaud



Le drame des enfants empoisonnés par de l’eau potable du village de Tibiri (Niger) met en lumière de graves dysfonctionnements dans la gestion de l’eau par l’Etat nigérien. La récente privatisation de Société Nationale des Eaux ne semble pas arranger la situation.

Boire de l’eau peut être un geste dangereux. Les enfants du village de Tibiri, au Niger, en ont fait l’amère expérience pendant 15 ans. Entre 1985 et 2000, ils sont plus de 4000 enfants à avoir bu une eau empoisonnée qui a provoqué chez eux des handicaps parfois très graves (malformations osseuses). La FIDH (Fédération internationale des Droits de l’Homme) vient de publier un rapport sur le sujet qui établit la responsabilité de l’Etat nigérien. Durant toute la période d’intoxication, les entreprises impliquées dans le forage et l’exploitation de l’eau potable du village étaient publiques. Le forage en question a été fermé en 2000 et un nouveau (au débit et à la profondeur moindres) a été mis en service en février 2001.


La gestion de l’eau au Niger est primordiale. Seuls 42% de Nigériens ont accès à l’eau potable. 6% disposent d’un robinet privé et 52% s’approvisionnent en eau à partir des autres points d’eau modernes (bornes fontaines). Le reste de la population se sert directement à la source : dans les fleuves ou les réserves pluviales naturelles, s’exposant ainsi à la consommation d’eaux souillées. Selon les Nations Unies, le Niger pâtit d’un accès limité à l’eau potable, en dépit du vaste potentiel hydraulique qu’il a à sa disposition.

Coupable mais pas solvable

A cause de la fuite des investisseurs étrangers de ce secteur et d’un entretien défaillant des infrastructures, la couverture en eau potable est passée de 54% en 1995 à 52 % en 2000. La privatisation, imposée par la Banque mondiale, de la Société Nationale des Eaux (devenue en 2001 la Société d’Exploitation des Eaux du Niger, contrôlée par Vivendi Water) a entraîné une hausse des tarifs de plus de 20% alors que 60% des Nigériens vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

En 2001-2002, un Projet Sectoriel eau (PSE), visant à accroître le taux de desserte en eau potable, a été mis en place, financé par la Banque mondiale, la Banque ouest-africaine de développement et la France. Mais ses effets tardent à se faire sentir. Sidiki Baka, président de la FIDH pointe " les retards pris par les investissements ". " De plus, les conditions d’attribution de quelque 11 000 branchements sociaux et 600 nouvelles bornes fontaines sont en contradiction avec toute logique sociale : pour en bénéficier, vous devez pouvoir payer la caution d’abord et votre facture tous les mois. "

La qualité de l’eau, l’un des objectifs de la privatisation, ne semble pas s’être améliorée de manière notable. " Enfin, l’Etat doit montrer l’exemple, comme il a commencé à le faire, en payant ses factures. Il n’y pas de raison que les gaspillages des administrations finissent par être supportées par les consommateurs privés, parce que les opérateurs sont lancés dans une course à la rentabilité ", explique Sidiki Baka. L’Etat nigérien, qui reconnaît sa responsabilité dans le drame des enfants de Tibiri, avance un manque criant de trésorerie pour faire face à toutes les dépenses liées à l’eau. Coupable mais pas solvable.

Sources Afrik com

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