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  • : Blog d'Adriana Evangelizt. La planète, notre Terre-Mère est en danger. Que faut-il faire pour la sauver ? Parler ne suffit plus, il faut que chacun s'investisse et agisse pour le bien être commun et celui de l'humanité.
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Dimanche 1 avril 2007

A tous les "Grands Chefs"...

par Le Grand Chef Seattle

Ce discours serait la réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d’abandonner sa terre aux blancs et promettait une réserve pour le peuple indien.

« Le Grand Chef de Washington nous a fait part de son désir d’acheter notre terre.
Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu’il n’a pas grand besoin de notre amitié en retour.

Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l’homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre.

Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !
Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment pouvez-vous nous l’acheter ?

Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge.



Les morts des hommes blancs, lorsqu’ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n’oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l’homme rouge ; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.

Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille.

Ainsi, lorsqu’il nous demande d’acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous.

Le Grand Chef nous a assuré qu’il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu’il serait notre père, et nous ses enfants.

Nous allons donc considérer votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée.

L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas de l’eau seulement ; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu’elle est sacrée, et vous devrez l’enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l’eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.



Les fleuves sont nos frères ; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère.

L’homme rouge a toujours reculé devant l’homme blanc, comme la brume des montagnes s’enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte ; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacrés à nos yeux. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l’étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Le sol n’est pas son frère, mais son ennemi, et quand il l’a conquis, il poursuit sa route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s’en soucie pas.

Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu’ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous le savons : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’est qu’un fil de tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même.

Mais nous allons considérer votre offre d’aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l’écart et en paix. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connu la honte ; après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leur corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours ? Ils ne sont plus nombreux. Encore quelques heures, quelques hivers, et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, ou qui errent encore dans les bois, par petits groupes ; aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d’un peuple autrefois aussi puissant, aussi plein d’espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d’hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s’en vont, comme les vagues de la mer.

Même l’homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères malgré tout ; nous verrons. Mais nous savons une chose que l’homme blanc découvrira peut-être un jour : notre Dieu est le même Dieu. Vous avez beau penser aujourd’hui que vous le possédez comme vous aimeriez posséder notre terre, vous ne le pouvez pas. Il est le Dieu des hommes, et sa compassion est la même pour l’homme rouge et pour l’homme blanc.

La terre est précieuse à ses yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre son créateur de mépris. Les blancs passeront, eux aussi, et peut-être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets.



Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l’homme rouge. Cette destinée est pour nous un mystère ; nous ne comprenons pas lorsque tous les buffles sont massacrés, les chevaux sauvages domptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l’odeur d’hommes nombreux, l’aspect des collines mûres pour la moisson est abîmé par les câbles parlants.

Où est le fourré ? Disparu. Où est l’aigle ? Il n’est plus. Qu’est-ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C’est finir de vivre et se mettre à survivre.

Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d’acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûrs de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon nos désirs. Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau-né aime le battement du cœur de sa mère. Ainsi, si nous vous vendons notre terre, aimez-la comme nous l’avons aimée. Prenez soin d’elle comme nous en avons pris soins.

Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu’il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute votre pensée, de tout votre cœur, préservez-le pour vos enfants et aimez-le comme Dieu vous aime tous.

Nous savons une chose : notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L’homme blanc lui-même ne peut pas échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères, nous verrons. »

Sources Tariq Ramadan

Posté par Adriana Evangelizt


par Adriana Evangelizt publié dans : Beaux textes sur la Terre
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Samedi 31 mars 2007

Quand je pose mes yeux sur le monde et que je vois ce que les hommes en ont fait, je ne suis pas fière du tout d'appartenir à cette race qui ne respecte plus rien à 99,9 pour cent. Notre Mère la Terre est en train d'agoniser sous les coups de boutoir des faiseurs de politique qui l'éventrent pour lui voler ses richesses, la polluent ou l'empoisonnent avec des produits qui enrichissent ceux qui les fabriquent au détriment de l'Humanité entière. Les seuls peuples conscient de ce problème sont ceux que l'on nomme "primitifs" mais qui sont bien plus évolués que tous les occidentaux réunis. Au moins sont-ils restés dans le seul Enseignement dont nous n'aurions jamais du nous égarer si les religions et fausses croyances n'avaient pas lobotomisé l'esprit des humains jusqu'à leur faire oublier d'où ils viennent et qui ils sont vraiment. L'exemple type de peuples génocidés, pour leur voler la terre où ils sont nés, sont bien sûr les Indiens...

Alors il existe une deuxième version de ce texte qui vient de sortir, je le poserai juste après...

 

Le vieux chef indien Lakota -- Luther Standing Bear.

C'est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement... Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le cœur de l'homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l'oubli du respect dû à ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l'homme. Pourtant, prenez garde, murmure-t-il de sa tombe : chaque fois que nous portons atteinte à la nature, nous nous amputons d'un morceau de notre propre chair. La terre n'appartient pas aux êtres humains, ces forêts, ces champs, cette vie et bien d'autres choses encore, ne sont pas nos propriétés.

Déclaration d'un chef indien en 1894


Dans le catalogue des idées reçues, on associe habituellement à la notion de société primitive le respect de l'environnement naturel. L'expression la plus émouvante de cet idéal fut peut-être donnée par le chef Seattle, en réponse au président Cleveland qui proposait, au nom des Etats-Unis d'Amérique, d'acheter les dernières terres du peuple indien en 1894 :

" Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l'air et le murmure de l'eau ne nous appartient pas, comment peut-on les vendre ? "

" Pour mon peuple, il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est saint aux yeux et dans la mémoire de ceux de mon peuple. La sève qui monte dans l'arbre porte en elle la mémoire des Peaux-Rouges. Les morts des Blancs oublient leur pays natal quand ils s'en vont dans les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre si belle, puisque c'est la mère du Peau-Rouge. Nous faisons partie de la terre et elle fait partie de nous. Les fleurs qui sentent si bon sont nos sœurs, les cerfs, les chevaux, les grands aigles sont nos frères ; les crêtes rocailleuses, l'humidité des Prairies, la chaleur du corps des poneys et l'homme appartiennent à la même famille. Ainsi, quand le grand chef blanc de Washington me fait dire qu'il veut acheter notre terre, il nous demande beaucoup... "

" Les rivières sont nos sœurs, elles étanchent notre soif ; ces rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler tout cela et apprendre à vos enfants que les rivières sont nos sœurs et les vôtres et que, par conséquent, vous devez les traiter avec le même amour que celui donné à vos frères. Nous savons bien que l'homme blanc ne comprend pas notre façon de voir. Un coin de terre, pour lui, en vaut un autre puisqu'il est un étranger qui arrive dans la nuit et tire de la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas sa sœur, mais son ennemie ; après tout cela, il s'en va. Il laisse la tombe de son père derrière lui et cela lui est égal ! En quelque sorte, il prive ses enfants de la terre et cela lui est égal. La tombe de son père et les droits de ses enfants sont oubliés. Il traite sa mère, la terre, et son père, le ciel, comme des choses qu'on peut acheter, piller et vendre comme des moutons ou des perles colorées. Son appétit va dévorer la terre et ne laisser qu'un désert... "

 

" L'air est précieux pour le Peau-Rouge car toutes les choses respirent de la même manière. La bête, l'arbre, l'homme, tous respirent de la même manière. L'homme blanc ne semble pas faire attention à l'air qui respire. Comme un mourant, il ne reconnaît plus les odeurs. Mais, si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est infiniment précieux et que l'Esprit de l'air est le même dans toutes les choses qui vivent. Le vent qui a donné à notre ancêtre son premier souffle reçoit aussi son dernier regard. Et si nous vendons notre terre, vous devez la garder intacte et sacrée comme un lieu où même l'homme peut aller percevoir le goût du vent et la douceur d'une prairie en fleur... "

" Je suis un sauvage et je ne comprends pas une autre façon de vivre. J'ai vu des milliers de bisons qui pourrissaient dans la prairie, laissés là par l'homme blanc qui les avait tués d'un train qui passait. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment ce cheval de fer qui fume peut-être plus important que le bison que nous ne tuons que pour les besoins de notre vie. Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes avaient disparu, l'homme mourrait complètement solitaire, car ce qui arrive aux bêtes bientôt arrive à l'homme. Toutes les choses sont reliées entre elles. "

" Vous devez apprendre à vos enfants que la terre sous leurs pieds n'est autre que la cendre de nos ancêtres. Ainsi, ils respecteront la terre. Dites-leur aussi que la terre est riche de la vie de nos proches. Apprenez à vos enfants ce que nous avons appris aux nôtres : que la terre est notre mère et que tout ce qui arrive à la terre arrive aux enfants de la terre. Si les hommes crachent sur la terre, c'est sur eux-mêmes qu'ils crachent. Ceci nous le savons : la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Ceci nous le savons : toutes les choses sont reliées entre elles comme le sang est le lien entre les membres d'une même famille. Toutes les choses sont reliées entre elles... "

" Mais, pendant que nous périssons, vous allez briller, illuminés par la force de Dieu qui vous a conduits sur cette terre et qui, dans un but spécial, vous a permis de dominer le Peau-Rouge. Cette destinée est mystérieuse pour nous. Nous ne comprenons pas pourquoi les bisons sont tous massacrés, pourquoi les chevaux sauvages sont domestiqués, ni pourquoi les lieux les plus secrets des forêts sont lourds de l'odeur des hommes, ni pourquoi encore la vue des belles collines est gardée par les fils qui parlent. Que sont devenus les fourrés profonds ? Ils ont disparu. Qu'est devenu le grand aigle ? Il a disparu aussi. C'est la fin de la vie et le commencement de la survivance. "

Même la plus belle prose du chef Seattle n'arrêtera pas la détermination triomphante des ingénieurs, des financiers, des industriels et des fermiers ; tous armés des principes protestants du respect de la libre entreprise et du profit. Peut-être un jour, l'homme se rendra-t-il compte que les billets de banque et les cartes de crédit ne peuvent pas se manger !

Et pour les irréductibles, je propose qu'on leur donne une mallette avec un million de $ ou d'€ -- billets imprimés et marqués d'un point rouge exprès pour eux -- et qu'on les envoie en Antarctique.

Sources : Le site de Marc Jutier

Posté par Adriana Evangelizt


par Adriana Evangelizt publié dans : Beaux textes sur la Terre
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Samedi 31 mars 2007

 

 

NI DIEU NI DARWIN

 

par Georges Henein Grup

Depuis plusieurs années, plusieurs chaînes de télévision (La 5, FR3, Animaux, Planète, Disney TV, Arte), un nombre important de périodiques récréatifs pour enfants, et plusieurs radios nationales (France inter, France info, France culture) diffusent des émissions dites « scientifiques » sur les êtres vivants, leur lutte pour la survie, leur combat pour la reproduction, et leur investissement dans la transmission de leurs gènes.

Mélange trivial d'anthropomorphisme, de fausses évidences, de spectaculaire violent et d'idéologie libérale (au sens "la loi du plus fort"), ce discours, s'appuie sur une discipline fort en vogue, l'écologie comportementale, et se fonde sur le néodarwinisme qui se présente pour ses partisans comme la seule vérité universelle sur l'évolution du vivant et sur ses formes actuelles.

Drapé de la « bénédiction » de quelques scientifiques patentés ayant compris tout l'intérêt qu'ils pouvaient tirer à titre personnel et professionnel de cette reconnaissance médiatique, ces articles et ces émissions propagent à tout va un discours typiquement capitaliste réduisant l'histoire du vivant à une compétition féroce et sans fin entre des gènes avides de domination planétaire. Des termes comme « maximiser son succès reproducteur », « coût et bénéfice d'une stratégie », « investissement parental », « budget-temps », « capitalist breeder », « optimal foraging » fleurissent à longueur de discours tant dans les revues scientifiques de l'écologie comportementale (voir "Ecologie comportementale" de E. Danchin, L. A Giraldeau et F. Cézilly, aux Editions Dunod) que dans les émissions et les articles de vulgarisation sur le vivant.

La vie et ses mécanismes réduits à un flux d'énergie et à une compétition entre gènes cyniques et calculateurs, voilà le monde tel qu'il fonctionne depuis l'apparition de la vie sur notre planète si l'on écoute les chantres du « monde génique » ! Un économiste (même marxiste, il en reste !) se trouverait là fort à son aise, mais de façon surprenante, très peu de scientifiques s'inquiètent de la grande convergence ainsi instituée entre la vision marchande du monde des humains et les lois de la nature.

On voudrait expliquer à des enfants (de tout âge) que le capitalisme est « naturel » puisqu'il fonctionne de la même façon que la nature, que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Il est à noter d'ailleurs que le monde scientifique fonctionne sur le même schéma. Le succès reproducteur d'un scientifique se mesure aux nombres de publications qu'il a produit à l'issu d'une âpre compétition avec ses collègues scientifiques. Et de plus en plus, les thèmes de recherche sont définis en fonction des potentialités de publications de haut niveau que l'on peut espérer (lire l'opuscule de Bruno Latour (« Le métier de chercheur, regard d'un anthropologue » éditions INRA) qui parle de capitalisme scientifique et d'investissement du crédit que gagne le scientifique en faisant de « bons » articles dans de nouvelles alliances qui lui permettent de gagner encore plus de crédit). Comme dans l'entreprise existe des marchés porteurs, il existe en science des thématiques porteuses, c'est à dire garantissant des postes, des crédits et des carrières.

La remise au goût du jour des thèses créationnistes et autre mysticisme, grâce notamment au lobby protestant étasunien, offre aux tenants d'une vision "capitaliste" du vivant une nouvelle virginité. Alors que les impasses actuelles de la génétique apparaissent au grand jour (si les séquençages du génôme de plusieurs organismes _dont l'homme_ existent dorénavant, l'incompréhension générale persiste sur les mécanismes complexes liant les gènes au fonctionnement complexe des organismes (lire "Ni Dieu, ni gène" de J.-J. Kupiec et P. Sonigo aux Editions Seuil, ou "La fin du tout génétique" de H. Atlan aux Editions Inra) et que d'OGM en thérapie génique, on assiste à une course folle d'apprentis sorciers courant après leurs promesses frauduleuses de bonheur et d'immortalité par la science, l'opposition Dieu contre Darwin va générer une réduction totale du débat sur le vivant à une dualité fausse et stérile. Demain encore plus qu'aujourd'hui, qui critiquera le néodarwinisme et ses prétentions d'explication synthétique de l'évolution se verra taxé de créationnisme aigu. Qui proposera de nouvelles hypothèses pour expliquer des mécanismes biologiques déterminant les formes actuelles du vivant et ses modes d'organisation devra sous peine d'anathème choisir l'un ou l'autre camp ! Et pourtant, bien d'autres alternatives intéressantes (fascinantes ?) existent depuis les théories de l'autopoièse (lire « L'arbre de la connaissance » de H. Maturana et F. Varela chez Addison-Wesley) et de l'auto-organisation des formes (lire « Forme et croissance » de D'Arcy Thompson aux éditions de Seuil et « How the leopard changed its spots » de B. Goodwin chez Charles Scribners's sons) jusqu'à celles de l'enaction (lire « Invitation aux sciences cognitives » de F. Varela aux éditions du Seuil) et de l'exaptation (lire « Exaptation - a missing term in the science of form » de S.J. Gould et E. Vrba dans Paleobiology Vol. 8). Mais entre un « designer intelligent » et des « gènes égoïstes », entre deux vérités absolues et définitives, il n'y a plus de place pour la raison première de l'activité scientifique : s'interroger de façon ouverte et non sectaire sur le monde pour mieux le comprendre.

Actuellement, plusieurs mails circulent dans le milieu scientifique hexagonal appelant à faire pression sur la chaîne Arte pour qu'elle ne diffuse pas une émission présentant « la théorie révolutionnaire de l'engrammation ». Aux dires des auteurs des mails, il s'agit de créationnisme déguisé et de scientifiques suspects financés par une fondation religieuse. La riposte proposée par ces mails est de demander la déprogrammation de l'émission, et le conseil donné est de ne pas parler de créationnisme et de donner l'impression d'appels indépendants. Les auteurs du mail se targuent d'avoir par cette technique put faire annuler une table ronde sur un sujet voisin à Grenoble. Belle démonstration de la pratique de la science ouverte au débat, objective, et transparente. Car au fond, ces tenants d'un Darwinisme total et définitif utilisent les mêmes armes que les prêtres et bondieusards d'antan : la censure et la falsification. Plus désolant encore, sans nul doute pour diaboliser encore plus la chose, ces vrais scientifiques « objectifs » n'hésitent pas à glisser le mot « nazi » dans leur texte, affirmant qu'un des auteurs de la théorie de l'engrammation traite les rationalistes de nazis. On connaît le procédé, mais on le pensait réservé aux politiciens sans scrupule.

Peut être sommes-nous aujourd'hui à la veille d'une nouvelle bataille de clocher, à moins qu'il ne s'agisse d'une guerre de religion. Dès lors, que nous soyons les sujets dociles d'un « dieu despote » ou les « simples véhicules fugaces et futiles de gènes guerriers et calculateurs », il nous faudra accepter d'être les anonymes sujets d'un monde qui nous excède et nous (pré)détermine. D'aucuns pourront toujours se risquer à mettre en doute la prétention de la synthèse néodarwinienne de tout expliquer, ils seront alors rejetés au rang d'ignares et de dévots. D'autres pourront tenter de proposer des mécanismes explicatifs de l'évolution faisant l'économie d'un déterminisme génétique fort, ils seront montrés du doigt pour parjure scientifique.

On aurait tendance à proposer la relecture de vieux ouvrages tel que "La structure des révolutions scientifiques " de T. Kuhn (Editions Champs Flammarion) ou "Autocritique de la science" de A. Jaubert et J. M. Levy-Leblond (Editions Seuil). On aurait envie de demander aux néodarwiniens quels sont leurs liens via les OGM et la thérapie génique avec l'industrie pharmaceutique et l'agro-alimentaire. On aurait presque l'audace de leur demander pourquoi la mise en doute de la théorie de « la sélection du plus apte » est interdite. On aura surtout la sagesse de ne pas tomber dans le piège qui consiste sous couvert de « vérité scientifique » à substituer la censure au débat. Et puis avant tout, entre deux totalitarismes de la pensée, on ne choisit pas. La vie, sa richesse, sa diversité et la soif de savoir de l'homme finissent toujours par échapper aux dogmes.

Salutations libertaires

Sources Le Porteur de Lumière

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Beaux textes sur la Terre
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Samedi 31 mars 2007

Un très beau texte de Jean Markale...

NOTRE-DAME LA TERRE

par Jean Markale

Autrefois, les hommes savaient que la Terre était vivante et, mieux encore, ils savaient qu'elle était Vie, cette mystérieuse vie surgie du fond des âges et qui s'épanouissait au milieu des arbres et des fleurs d'un verger enclos de grand murs. Et ils l'honoraient, la vénéraient, l'adoraient, conscients de tout ce qu'ils devaient à leur créatrice, à leur mère innombrable. Comme une femme qui allaite, la Terre, par ses multiples mamelles, dispensait à ses enfants les sources et les fruits dont ils avaient besoin dans leur immense tentative pour s'élever vers le siècle. Ainsi, pendant des siècles, on chanta pour elle des chants de louange et de reconnaissance. Jamais on ne la blessait, jamais on ne la heurtait, par respect infini pour celle qui, par amour, avait sorti de son ventre les créatures et les nourrissait de cette sève mystérieux qu'est l'âme du monde.


Mais les hommes savaient aussi que la Terre, comme une mère, détenait la connaissance parfaite des délicates harmonies sans lesquelles le monde ne pourrait exister. La Déesse-Terre ne pouvait se tromper : aussi était elle devenue " Celle-qui-doit-être-obéie, la toute puissante souveraine des êtres et des choses ". Il ne faudrait pourtant pas s'y tromper : cette puissance et cette souveraineté n'était pas des rapports de force et d'obligation, mais un échange perpétuel entre celle qui donnait et ceux qui recevaient, car ces derniers, par reconnaissance, offraient à la Terre tout ce qu'il y avait de meilleur, et surtout, ils s'efforçaient de suivre avec confiance les itinéraires qu'elle traçait dans le rythme des saisons et des jours.


Arriva le moment ou l'homme, peut être Adam ou Eve au jardin d'Eden, ou encore Caïn sur des espaces en friche, eut le désir de secouer ce qu'il ressentait comme un joug, comme une soumission aveugle à un être dont on ne comprend plus le message d'amour. L'homme creusa donc la Terre et y déposa des semences. Ce fut un viol mais surtout un inceste, dont le souvenir, à travers une série de spéculations philosophiques, s'est perpétué dans le mythe d'Oedipe et de Jocaste, si l'on considère que Jocaste n'est autre que la forme rassurante de la Sphynge, image évidente d'une nature sauvage, dangereuse, dévorante. L'homme n'avait plus confiance dans la Terre et, comme il en avait peur, il voulut en faire une esclave : ce n'était plus " Celle-qui-doit-être-obéie " mais " Celle-qui-doit-obéir ". Tragique tournant de l'histoire de l'univers - et pourtant si fécond ! - qu'on appelle naissance de l'agriculture…
Un autre mythe témoigne de ce passage, le mythe fondateur de Delphes, quand Apollon tue le serpent Python et prend sa place sur les autels, face à l'adoration des foules. Car la Terre Mère est alors déchue de son rang de Déesse au profit d'un dieu céleste tombé des étoiles. La Déesse n'est plus qu'un simple médium qui reçoit les messages du dieu, mais ce sont des hommes, les prêtres de l'oracle en l'occurrence, qui les interprètent. La Femme n'est plus créatrice, elle est devenue procréatrice, ce qui est l'indice non seulement d'un renversement de l'ordre social mais d'une inversion totale de polarité quand à l'appréhension du divin. Le Dieu Père a refoulé la Déesse Mère dans les ténèbres de l'inconscient, avec tout ce que cela comporte d'autoritarisme, de violence et de ruptures d'équilibre.


Depuis lors, l'homme enivré de virilité, avilit et saccage l'héritage maternel, exploitant outrageusement la nature et croyant s'en libérer par des blasphèmes répétés. On comprend mieux alors la thèse gnostique selon laquelle le dieu mâle, quel que soit son nom, a emprisonné la Ptisis Sophia, et pourquoi celle-ci se lamente, attendant désespérément que ses fils pourtant bien-aimés se révoltent et la délivrent pour redonner sa splendeur au monde. Le Christianisme officiel, en prétendant que l'homme est au centre de l'univers et que tout l'univers est à sa disposition, n'a fait qu'aggraver le déclin de Notre Dame la Terre. Que sont devenus nos frères les animaux, nos frères les végétaux, nos sœurs les pierres, sinon de la matière, infâme manifestation de l'Esprit ? On a oublié que dans le terme " matière " il y a le mot mater, qui signifie simplement " mère ".


Pourtant l'ombre de la Terre-Mère n'a pas cessé de rôder sur l'humanité, et la Bible témoigne souvent de la lutte entreprise par les zélateurs du Dieu Père contre les idoles féminines qui surgissaient de temps à autre parmi le peuple élu. Que de déchirements, que d'incompréhensions, que d'usurpations ! Mais lorsqu'à Bethanie, Le Christ, qui avait déjà reçu l'onction sacerdotale du Dieu Père de la main de Baptiste, eut accepté une autre onction, celle de la Déesse Mère, de la main de Marie de Magdala, grande prêtresse des anciens cultes telluriques, il ne fit pas autre chose que de manifester sa volonté de rétablir l'ordre rompu, de réconcilier enfin les deux principes fondateurs de l'univers. Mal lui en a pris, car Judas - le texte évangélique est très clair sur ce point - le dénonça précisément à cause de ce geste.


Nous en sommes là. A force d'industrie et de technologie, les hommes ont presque tué la Déesse-Terre en la vidant de sa substance sacrée. Mais la Terre se défend. La Terre est malgré tout vivante parce qu'elle est sacrée. Elle se secoue, elle manifeste sa colère, elle rejette les aberrations des hommes, prête à les détruire s'ils persistent dans leur volonté suicidaire. Avons-nous oublié les innombrables témoignages du culte qu'ont rendu les hommes d'autrefois à cette divinité bienfaisante qui ne demande qu'à serrer ses enfants dans ses bras ? Il serait bon de les prendre en compte ces témoignages, que ce soient des temples, des lieux, des pierres, des lacs, des gouffres, des dalles gravées de signes énigmatiques. Le destin du monde est en jeu et, si l'on n'y prend pas garde, la bonne Déesse deviendra Kâli, celle qui dévore ses enfants.


Il nous faut partir en pèlerinage dans les sanctuaires éternels de Notre Dame la Terre.

Sources Le Porteur de Lumière

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana Evangelizt publié dans : Beaux textes sur la Terre
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Samedi 31 mars 2007

A lire... à méditer...

Libérer la terre des illusions célestes et de leur tyrannie


Par Raoul Vaneigem

En inaugurant, il y a près de dix mille ans, un système d’exploitation de la nature terrestre et humaine, la révolution agraire a donné naissance à une civilisation marchande dont l’évolution et les formes sont, en dépit de leur grande diversité, marquées par la persistance de quelques traits partout dominants : l’inégalité sociale, l’appropriation privative, le culte du pouvoir et du profit, le travail et la séparation que celui-ci introduit dans le corps entre les pulsions de vie et l’esprit, qui les dompte et les réprime, comme il dompte et réprime les éléments naturels.

La relation qui, dans l’économie de cueillette, antérieure à l’apparition de l’agriculture intensive, s’était établie par osmose entre l’espèce humaine et les règnes minéral, végétal et animal, a cédé la place à sa forme aliénée, à la religion, qui prétend assujettir la terre à un empire céleste, grouillant de créatures fantasmatiques appelés Dieux, Déesses, Esprits.

Les liens, tressés par l’affection et la compréhension, qui en émane, sont devenus les chaînes d’une tyrannie tutélaire, sévissant des hauteurs brumeuses où commence, dans sa vacuité, l’au-delà de l’existence.

Les religions institutionnelles sont nées de la peur et de la haine vouée à la nature. Elles reflètent unanimement l’hostilité engendrée, il y a quelque dix mille ans, par le pillage, à des fins lucratives, des biens prodigués par la terre. Partout où les éléments naturels sont célébrés au nom de la fécondité, leur culte témoigne de rituels barbares, d’holocaustes, de sacrifices sanglants, de cruautés que seul peuvent imaginer des hommes refoulant leurs pulsions de vie et cautionnant, par les mandements de l’esprit, cet instinct prédateur bestial qu’il appartient précisément à l’humanité, non de transcender mais de dépasser.

Le sens humain consiste à contrôler la prolifération chaotique de la vie, à intervenir de telle sorte que l’exubérance créatrice se propage sans se détruire par surabondance, à empêcher que le rayonnement vital ne s’inverse en radiation mortelle, comme un besoin d’amour non satisfait se transforme en animosité.

C’est aussi bien : maintenir parmi les animaux sauvages un équilibre entre proies et prédateurs ; prévenir le dépérissement des arbres en surnombre et la combustion des taillis en éclaircissant les forêts ; donner naissance à des enfants qui seront désirés, aimés, choyés, éduqués dans l’amour de la vie, et non encourager la prolifération nataliste et les condamner ainsi à la misère, à la maladie, à l’ennui, au travail, à la souffrance, à la violence.

Toutes les religions, sans exception aucune, oppriment le corps au nom de l’esprit, méprisent la terre au nom du ciel, propagent la haine et la cruauté au nom de l’amour. Les idéologies n’agissent pas autrement, sous le prétexte d’assurer l’ordre social et le bien public. Se borner à opposer la laïcité du pouvoir au pouvoir des religions, c’est combattre le mensonge sacré avec le mensonge profane.

Les prêtres tirent leur hégémonie du chaos social et de la misère. Ils ont besoin de ce grouillement où la survie prolifère aux dépens de la vraie vie pour s’arroger le privilège d’opérer, selon un prétendu mandat céleste, des coupes claires dans le foisonnement des peuples. Ils supplicient, ils sacrifient, ils éliminent les surplus, ils légalisent les hécatombes au nom du Tout puissant. Ils prônent le salut du clan, de la tribu, de la communauté, de l’espèce par le nivelage de la mort souveraine. Ils ouvrent sur l’au-delà et sur une vie mythique, dont la richesse pallie les carences d’ici-bas, l’invisible porte de leurs certitudes dogmatiques.

L’individu est sacrifié au grégaire. Dans le pressoir des rituels d’endoctrinement, la joie de vivre comprimée, foulée, écrasée, laminée, crève et laisse de son cadavre suinter la foi. Une croyance qui prône le salut au prix d’une vie mutilée, tue. Comment s’en étonner ?

Le principe de fatalité, selon lequel à chaque instant la mort saisit le vif, illustre le mécanisme d’autorégulation, auquel le chaos proliférant recourt spontanément. De là l’obscurantisme, l’intelligence obturée, le credo quia absurdum, qui, en occultant la puissance créative de l’homme, révoque depuis des millénaires notre unique éventualité d’accéder à la vie et de la propager.

Le prétendu retour des religions ne fait que traduire une de ces régressions où le passé se manifeste par une résurgence factice et passagère. Il n’y a d’archaïsmes rameutés que spectaculaires et parodiques. En arasant nos modes de croyances et de pensées traditionnels au bénéfice du calcul à court terme, le mercantilisme planétaire a fait des religions et des idéologies politiques de simples éléments conjoncturels sur l’échiquier de ses besoins. Il les restaure et s’en débarrasse selon que le marché juge leur appoint nécessaire ou superflu.

Le principe écoeurant du « Tout est permis pourvu que cela rapporte », a frappé de nausée les sociétés les plus diverses et fait du nihilisme la philosophie des affaires.

Le consumérisme a dévoré le christianisme. Après Jésus, Jéhovah, Moon et le Dalaï Lama, Mohammed lui aussi entrera chez Mac Donald comme un affiquet offert en prime. On s’en réjouirait si le culte de l’argent se servait de déversoir à tous les autres


L’esprit religieux a beau surnager tel l’eau croupie d’un passé paludéen, les institutions ecclésiales ne sont plus que les emballages d’un produit mercantile. L’oecuménisme affairiste mêle dans le même baquet le catholicisme vaticanesque, le calvinisme de Wall Street, les mafias opérant sous les drapeaux du sunnisme, du chiisme, du wahhabisme, du sionisme. Le Dieu de l’agiotage et la foi en n’importe quoi servent de fourre-tout à des croyances obsolètes et à des fantasmagories à la Jérôme Bosch, dont on a oublié un peu vite qu’elles ont, il n’y a pas si longtemps, contribué à la vogue extraordinaire des sectes. Il est dans la logique marchande de récupérer à son profit la déperdition d’âme qu’elle provoque. En la matière, une mode vaut l’autre.

Le capital mène, sous tous les climats qu’il dégrade, une véritable guerre froide à l’ensemble des populations du globe. Elle parodie l’ancien affrontement qui opposa l’Est à l’Ouest, l’empire de Moscou à l’empire américain. C’est aujourd’hui, à l’échelle planétaire, une guerre de gangs et de tribus, commandités par les marchés de l’armement, du pétrole, de la narcopharmacie, de l’agroalimentaire, des biotechnologies, de l’informatique, des groupes financiers, des services parasitaires, de la pêche intensive, du commerce des êtres humains, du trafic d’animaux, du pillage des forêts.

La seule Internationale, effective et efficace, est désormais celle de morts-vivants, qui ont besoin de faire de la terre un cimetière. Il est vrai que le mouvement ouvrier avait déjà abandonné l’internationalisme aux staliniens de l’ancien empire soviétique et à ses séides, les Mao, les Pol Pot, les Ceausescu, les Castro et autres caudillos. Comment le réflexe de servitude volontaire, obtenu avec tant de zèle par le matraquage de l’information et de l’éducation, ne fournirait-il pas un taux d’audience accru aux modes promotionnelles du fatalisme, qu’elles soient laïques ou religieuses (ceux qui, en l’occurrence, raillent la résignation du musulman feraient bien de s’interroger sur la leur.)

Issues originellement du système économique qui les régurgite en atteignant aujourd’hui à son apogée et à son point d’effondrement, les religions, tout à la fois dérisoires et menaçantes, sont à l’image de l’argent virtuel qui, du haut d’absurdes et d’abstraites cotations boursières, détruit en rase motte la métallurgie, les textiles, l’agriculture naturelle, la santé, l’enseignement, les services publics, l’existence de millions de personnes.

De cette bulle spéculative financière, enflant sans cesse et dont les économistes prévoient l’éclatement, procède un esprit apocalyptique, moins empreint de peur que de cynisme.

Reproduisant le vieux schéma de la fin du monde - si fréquemment associé, jadis, à des revendications égalitaires -, le programme de destruction de la planète et de la vie terrestre s’identifie aujourd’hui sans vergogne au salut du monde des affaires. Comment cette vision éminemment religieuse ne s’adjugerait-elle pas une place prépondérante dans le spectacle ? Rien ne suscite plus de fascinations triviales et morbides que la mise en scène, réglée selon un manichéisme à fonction variable, de bons et de mauvais anges exterminateurs, dont les milices interchangeables rameutent indifféremment corrupteurs de climats, empoisonneurs d’aliments, pollueurs en tous genres, fauteurs de guerre et de misère, tueurs, massacreurs, terroristes brandissant ou non le drapeau d’une Cause.

Une seule chose n’apparaît pas dans le spectacle universel et ses scénographies de la mort en direct et en coulisses : la simple évidence pour des millions d’êtres humains que la vie existe et mérite d’être vécue.

Les sociétés patriarcales ont toujours méprisé la quête d’une félicité terrestre. Maintenant que les valeurs fondatrices de la société grégaire se dissolvent dans les eaux de vidange du calcul égoïstes, chacun se retrouve seul à jalonner son chemin, seul à errer dans l’absence de repères avec l’angoisse de se perdre, seul à miser sur lui-même, à découvrir ses ressources personnelles, sa faculté de créer, ses vrais désirs et la résolution de les mener à bien.

C’est ici, à l’endroit même où, à travers la crise planétaire, s’esquisse une mutation, que la naissance plausible d’un monde nouveau fait ressortir du passé des figures qui résistèrent à l’obscurantisme, se dressèrent contre l’oppression, prônèrent l’émancipation de l’homme et de la femme, anticipèrent par leur insolente modernité certains comportements de la radicalité aujourd’hui émergente : Aleydis de Cambrai, Marguerite Porète de Valencienne, Willem Cornelisz d’Anvers, Heilwige Bloemardinne de Bruxelles, Dolcino et Margarita de Novare, Thomas Scoto de Lisbonne, Francisca Hernandez de Salamanque, Herman de Rijswijk, Eloi Pruystinck d’Anvers.

On notera que, du Moyen Âge à la Renaissance, nombre de femmes ont, avec pertinence, combattu l’oppression religieuse au nom de l’amour, de la liberté du désir, de la générosité de la vie. L’émancipation de la femme va de pair avec le déclin du patriarcat, dont le sort est lié au système d’exploitation de la nature. C’est pourquoi elle constitue aujourd’hui un élément moteur de la conscience humaine.


Faut-il rappeler que les femmes siciliennes furent les premières à combattre victorieusement la mafia, que le courage des femmes arabes, iraniennes, afghanes aura raison du despotisme que l’homme exerce sur elle, pour oublier qu’il est lui-même foulé aux pieds par une oppression similaire ?

Il n’est pas une religion qui ne professe la peur et le mépris de la femme, par la raison même qu’elle professe la peur et le mépris de la nature. Mais, après avoir si longtemps convaincu la femme de revendiquer cette servitude dont le mâle se prévaut dans sa hantise d’être cocu, la tradition patriarcale vacille et est battue en brèche. La peur du mâle d’être détrôné n’est sans doute pas étrangère aux sursauts de rage de ces mouvements populistes laïcs, dont les intégrismes ne sont que la version religieuse archaïque.


Que, partout contesté ou menacé, le machisme ordinaire trouve un réconfort dans les citadelles du fondamentalisme, du nationalisme, du tribalisme ethnique n’explique-t-il pas pour quoi la volonté d’éradiquer les résurgences du totalitarisme religieux et idéologique s’embourbe dans l’indignation molle, parmi avec les clapotis et les homélies de l’humanisme bêlant.


Toute religion est fondamentaliste dès l’instant qu’elle a le pouvoir. Si, comme le remarque d’Holbach, « curés, prédicants, rabbins, imams, etc. jouissent de l’infaillibilité toutes les fois qu’il y a danger à les contredire », prenons garde d’oublier combien ils excellent à se montrer doux, flatteurs et conciliants aux temps que leur est ôtée la commodité d’opprimer.


Abandonnez l’État à l’islam et vous aurez les talibans et la charia, tolérez le totalitarisme papiste et l’Inquisition renaîtra, et le crime de blasphème, et la propagande nataliste, pourvoyeuse de massacres. Endurez les rabbins et ne vous étonnez pas que resurgisse le vieil anathème de la religion hébraïque contre les goyim : « Que leurs os pourrissent ! . »

Il est temps de le redire avec force : Que nul ne soit empêché de pratiquer une religion, de suivre une croyance, de défendre une idéologie mais qu’il ne s’avise pas de l’imposer aux autres et - chose plus inacceptable encore - d’endoctriner les enfants. Que toutes les convictions s’expriment librement, même les plus aberrantes, les plus stupides, les plus odieuses, les plus ignobles, à la condition expresse que, demeurant en l’état d’opinions singulières elles n’obligent personne à les recevoir contre son gré.

Rien n’est sacré. Chacun a le droit de critiquer, de railler, de ridiculiser toutes les croyances, toutes les religions, toutes les idéologies, tous les systèmes conceptuels, toutes les pensées. Il a le droit de conchier dans leur totalité les Dieux, les messies, les prophètes, les papes, les popes, les rabbins, les imams, les bonzes, les pasteurs, les gourous, tout autant que les chefs d’Etat, les rois, les caudillos en tous genres.

Mais une liberté se renie dès l’instant où elle n’émane pas d’une volonté de se vivre pleinement. L’esprit religieux ressuscite partout où se perpétuent le sacrifice, la résignation, la culpabilité, la haine de soi, la peur de la jouissance, le péché, le rachat, la dénaturation et l’impuissance de l’homme à devenir humain.

Ceux qui tentèrent de détruire la religion en la réprimant n’ont jamais réussi qu’à la ranimer, car elle est par excellence l’esprit de l’oppression renaissant de ses cendres. Elle se nourrit de cadavres et il lui importe peu qu’entremêlés dans ses charniers les vivants et les morts soient indifféremment les martyrs de sa foi ou les victimes de son intolérance. Le virus religieux reparaîtra tant qu’il y aura des gens pour geindre en se parant, comme d’un titre de noblesse, de leur pauvreté, de leur état maladif, de leur débilité, de leur dépendance, voire d’une révolte qu’ils vouent à l’échec.

Dieu et ses avatars ne sont jamais que les fantasmes d’un corps mutilé. La seule garantie de mettre fin à l’empire céleste et à la tyrannie des idées mortes, c’est de renouer les liens entre les pulsions du corps et l’intelligence sensible qui les affine. C’est de rétablir la communication entre la conscience et la seule radicalité qui soit : l’aspiration du plus grand nombre au bonheur, à la jouissance, à la créativité.

Il n’y a que l’invention d’une vie terrestre, dévolue à la richesse de nos désirs, pour accomplir le dépassement de la religion et de sa servante maîtresse, la philosophie.

Préface à la nouvelle édition du livre Le Mouvement du Libre-Esprit. Généralités et témoignages sur les affleurements de la vie à la surface du Moyen Âge, de la Renaissance et, incidemment, de notre époque, L’or des fous éditeur, 2005.

Réédition augmentée d’une nouvelle préface de l’auteur, d’une notice biographique et d’une bibliographie inédites de Shigenobu Gonzalvez. Ce livre rare était épuisé depuis sa première édition (Paris, Ramsay,1986).

La plupart des idées évoquées ici ont été développées dans De l’inhumanité de la religion. Alors qu’un menu mélange de louanges et d’exécrations accompagne le plus souvent la parution de mes textes, le livre s’est distingué par le silence absolu (hormis deux articles de revues belges hors commerce) qui l’a accueilli de façon révélatrice. Raoul Vaneigem



par Adriana Evangelizt publié dans : Beaux textes sur la Terre
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