Travailler dans les conditions infernales de l'Antarctique
Travailler dans les conditions infernales de l'Antarctique

Les deux tours de la station franco-italienne Concordia, en Antarctique, sur le Dôme C, à 3.200 m d'altitude, en janvier 2007
De grands froids qui descendent jusqu'à - 80° C à la base antarctique franco-italienne de Concordia et des vents dépassant 200 km/h à la station française de Dumont d'Urville, compliquent sérieusement la tâche des techniciens et scientifiques y hivernant.
La "vigilance" est le maître-mot pour passer l'hiver sain et sauf à Concordia, située sur le Dôme C, à plus d'un millier de kilomètres de la côte : les 14 naufragés volontaires abandonnés cet hiver sur cet îlot de l'immense calotte glaciaire savent que personne ne peut les atteindre pendant neuf mois.
"Il faut être vigilant", dit simplement Claire Le Calvez, superviseur technique, qui effectue un nouvelle mission pour l'Institut polaire français Paul-Emile Victor (Ipev). "Il y a très peu d'accidents du travail", note-t-elle, mais les règles de sécurité de Concordia sont extrêmement strictes.
Chaque fois qu'une personne sort, pour son travail ou une simple promenade, elle doit être accompagnée par une autre. Elles doivent prévenir par radio au début et à la fin de leur sortie. Il est interdit de s'éloigner de plus de 750 m de la station.
Le travail par grand froid, pour recueillir des données scientifiques à l'extérieur de la station (astronomie, météorites, météorologie...) ou effectuer des tâches techniques, impose par ailleurs des contraintes. Les vêtements sont volumineux, les protections du visage contre les gelures rendent la respiration difficile. Tout nécessite de véritables efforts en raison du froid et de l'altitude (3.200 m).
Les mains sont protégées par des gants, mais il faut les enlever pour visser des petits objets, ce qui provoque des onglées cinglantes. Les lentilles de contact sont interdites, les lunettes peuvent provoquer des gelures là où elles touchent la peau (tempes et nez). Idem pour les rebords des lunettes de visée des télescopes.
A la station côtière de Dumont d'Urville, les hivernants ne se plaignent pas du froid, qui atteint tout de même - 40°C. "Ce qui est pénible, en revanche, c'est le vent", affirme Jonathan Zaccharia, qui a passé 14 mois dans la station située sur la côte et sortait régulièrement pour effectuer des mesures atmosphériques. .
Dumont d'Urville prend en effet de plein fouet les vents catabatiques, ces masses d'air froid qui dévalent à plus de 200 km/h des hauteurs de la calotte vers les côtes.
Pour Emilie Beaudon, qui a déjà passé un hiver à Dumont d'Urville en effectuant des prélèvements d'air, d'eau de mer, même la neige "n'est pas gênante, le pire c'est le vent".
"Parfois on peut se perdre à 200 m d'un bâtiment, on ne distingue pas le ciel du sol", raconte-t-elle. "Le vent vient toujours du continent, donc on peut se repérer puisqu'on connaît sa direction. Mais le danger vient d'un trou de phoque dans la glace, d'une chute en glissant sur la neige".
Les personnes qui sortent ont toujours une radio sur elles pour pouvoir appeler le Groupe d'intervention extérieure et son médecin. Tous les hivernants reçoivent d'ailleurs une formation de secouriste ou de pompier.
Le docteur Ariane Richasse, qui vient d'officier 14 mois sur la base, a dû réduire cinq fractures (jambe, main, cheville...). Les personnes qui vont sur la banquise, souligne-t-elle, prennent un sac étanche avec des vêtements secs au cas où elles tomberaient dans l'eau, ce qui se produit chaque année.
Dans ces stations polaires, un accident peut vite devenir tragique. "Sauver un blessé de la Station spatiale internationale (ISS) est rapidement possible, ce qui n'est pas le cas ici, pendant les neuf mois d'hiver", rappelle le docteur Yvan Lévy, hivernant à Concordia.
Sources AFP
Posté par Adriana Evangelizt