Une nébuleuse du crime qui commence à inquiéter Israël

Publié le par Adriana Evangelizt

Une nébuleuse du crime qui commence à inquiéter Israël

par Sophie Shihab et Vladimir Ivanidze



Le 21 novembre 2000, dans un entretien accordé au quotidien russe Vedomosti, Mikhaïl Tchernoï commente avec satisfaction son rôle de maître d'œuvre dans la naissance, quelques mois plus tôt, du monstre industriel Roussal, qui contrôle près de 80 % de la production d'aluminium russe. Il explique en déléguer la gestion au jeune Oleg Deripaska, vante ses qualités de "leader" et dit lui faire "confiance à 100 %" pour gérer leur participation. Quelques mois plus tard, M. Tchernoï se fait muet, et Oleg Deripaska assure que celui qui fut son mentor ne détient plus d'actions dans le groupe. La réputation de "Micha" menace-t-elle d'engloutir le groupe ?

En août 2001, les policiers du Lichtenstein perquisitionnent, à la demande des Israéliens, des sociétés de Mikhaïl Tchernoï. Et les voilà remis sur la trace des vrais actionnaires de Roussal. Deux gérants de ses sociétés sont en effet liés à au moins deux des six sociétés offshore actionnaires aujourd'hui de Roussal - Dilcor International Ltd et Galington Associates ltd. En parcourant ces montages sophistiqués, les enquêteurs identifient des comptes communs au Lichtenstein. L'un d'eux a comme ayant droit Roman Abramovtich, le gouverneur Aman Touleev, et les vieux partenaires de M. Tchernoï, Iskander Makhmoudov et Anton Malevski.

Un autre homme, Jozef Karam dirige, lui, les sociétés suisses et allemandes de Mikhaïl Tchernoï, dont Alpro, partagée avec Oleg Deripaska. C'est Alpro qui avait monté la petite société Aluminprodukt qui donna ensuite naissance à Roussal. Ses actionnaires : la mère d'Oleg Deripaska, l'épouse de Mikhaïl Tchernoï, l'oncle d'Iskander Makhmoudov.

Le climat a-t-il tant changé pour que M. Tchernoï dissimule aujourd'hui son poids dans un des plus puissants conglomérats russes ? "Des gens veulent me créer des problèmes", disait-il en novembre 2000 lorsqu'on lui demandait pourquoi, suspecté de blanchiment d'argent, d'extorsion, de trafic de drogue, il avait été interdit de séjour dans plusieurs pays. "Et maintenant, mes problèmes sont en Israël", ajoutait-il. Depuis 1994, Mikhaïl Tchernoï vit à Tel Aviv. Il avait alors quitté la Russie, cerné par des enquêtes le suspectant d'être à l'origine de quelques-uns des dizaines de morts de la "première guerre de l'aluminium" au début des années 1990. Aucune n'a abouti.


PASSEPORT CONFISQUÉ

D'Israël, M. Tchernoï a continué ses affaires. Immobilier aux Etats-Unis puis au Canada ; finance en Suisse et dans les paradis fiscaux ; banque et télécommunications en Bulgarie - associé en cela à Grigori Louchanski, visé par plusieurs enquêtes européennes - ; et la Russie, "où j'ai 80 % de mon business", dit-il. Mais depuis plus d'un an, la justice israélienne est à ses trousses. M. Tchernoï s'est vu confisquer son passeport, ne peut plus quitter le territoire et bataille avec le général Moshe Mizrahi, du ministère de la sécurité intérieure.

Mikhaïl Tchernoï est accusé d'avoir tenté d'acheter illégalement, via des sociétés-écran et avec de l'argent douteux, 20 % de la principale société de téléphones mobiles israélienne Bezeq. Le ministère de la défense, qui contrôle ce groupe, suspecte que l'entrepreneur Gad Zeevi, candidat à ce rachat, est un prête-nom masquant des financements suspects.

En Israël, Mikhaïl Tchernoï peut retrouver un de ses partenaires des années 1990 : Arcadi Gaydamak, visé par un mandat d'arrêt international et principal protagoniste, avec Pierre Falcone, de l'affaire des ventes d'armes vers l'Angola.

Au fil des rapports du FBI, d'Interpol ou des services israéliens, les mêmes personnages se croisent, ainsi que d'autres, comme Lev Levaev, acteur-clé du trafic des "diamants du sang", Viacheslav Ivankov, qui purge aux Etats-Unis une peine de dix ans de prison, Alimzhan Tokhtakhounov, arrêté cet été en Italie. Cette nébuleuse du crime, de l'affairisme et de la corruption est depuis longtemps sortie des étroites frontières de la Russie.


Les démentis répétés de "Micha"

Joints mardi 26 novembre, Mikhaïl Tchernoï et ses avocats n'ont pas souhaité répondre "dans l'immédiat" aux accusations de Djalol Khaïdarov. "Micha" Tchernoï a démenti avec constance tout lien avec les milieux criminels : "Si c'était le cas, je serais derrière les barreaux", a-t-il répété. Ses dénégations et démentis sont également abondamment présents sur son site Internet (Chernoy.com, "Les amis de Mikhaïl Tchernoï"), qui détaille ses démêlés avec la justice israélienne et ses œuvres caritatives. M. Tchernoï, qui vit à Tel-Aviv, a créé une fondation aidant les victimes d'attentats-suicides en Israël, à laquelle il dit avoir déjà versé 173 000 dollars.

Né à Kiev, M. Tchernoï a été élevé à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan, où il commence en 1985 dans l'import-export. Djalol Khaïdarov, âgé de 39 ans, a également été élevé à Tachkent, sa ville natale. Ce jeune Ouzbek, issu d'une bonne famille de la nomenklatura soviétique, restée proche du pouvoir ouzbek, est promis à un brillant avenir de "manager" russe et commence à travailler avec M. Tchernoï au début des années 1990.

L'ami diamantaire de M. Tchernoï

Fils de Juifs hassidims d'Ouzbekistan émigrés en Israël, le "roi du diamant" Lev Levaev, devenu un des grands industriels et financiers israéliens, mise sur ses vigoureuses démonstrations de dévouement aux causes du sionisme et de l'orthodoxie religieuse pour faire oublier l'origine de ses capitaux, c'est-à-dire le monde corrompu du Kremlin.

L'oligarque Roman Abramovitch l'a aidé à monopoliser l'exportation des diamants d'Angola. Boris Berezovski et Mikhaïl Tchernoï l'ont soutenu pour créer la Fédération des communautés juives de la CEI, utilisée par le Kremlin dans sa campagne contre le fondateur du Congrès Juif de Russie, Vladimir Goussinski. Lev Levaev avait alors obtenu de Vladimir Poutine la consécration de son homme, Berl Lazare, comme grand rabbin de Russie. Accompagnant Ariel Sharon lors de sa dernière visite en Russie, en octobre, M. Levaev lui a organisé un grandiose dîner à Moscou, où Roman Abramovitch occupait une place d'honneur.

Sources FSA LAVAL CA

Le Monde 27.11.02

Posté par Adriana Evangelizt


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Publié dans MAFIA

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