La vie d'un mot : corbeau
Et les corbeaux, ce n'est pas ce qui manque à l'heure actuelle. Je peux vous dire que nous recevons tous les jours des dizaines d'e-mails "corbesques" avec de fausses adresses pour nous invectiver par rapport à nos divers sites et blogs...
En ce qui concerne les corbeaux, les vrais, ces animaux s'apprivoisent. Ma mère, grande chasseuse devant l'Eternel, en avait blessé un à une aile et l'avait ramené à la maison où nous l'avions soigné. Il résida dans la cuisine jusqu'à ce qu'il fut guéri. Nous l'avions remis en liberté ensuite. Et chaque fois que le facteur entrait, il se précipitait sur ses pieds et lui donnait de grands coups de bec. Un jour, il l'avait carrément mordu à la cheville. Le facteur gueulait comme un putois en jurant que tant que cette bête serait là, il n'entrerait plus chez nous. A mourir de rire !
La vie d'un mot : corbeau
Par Frédérick Gersal
Incontestablement, l'évocation du mot nous entraîne vers de sombres histoires ! Venu du latin corbellus, diminutif de corbus, il désigne non seulement l'oiseau mais aussi la famille tout entière, avec la corneille ou le freux, par exemple. Sans oublier le cormoran, le « corbeau de mer », qui a la même racine étymologique.
Depuis longtemps le noir corbeau est opposé à la blanche colombe. Dans la Bible, précisément dans le Livre de la Genèse, après quarante jours de déluge, Noé lâche un corbeau qui ne revient pas, puis il lâche une colombe par deux fois avant qu'elle ne revienne tenant dans son bec un rameau d'olivier !
Le noir intense de son plumage est devenu une teinte à part entière. Le « noir corbeau » désigne une couleur de cheveux ou de barbe. Quant aux professionnels habillés de noir, ils ont été souvent surnommés corbeaux. Ce fut longtemps le cas des prêtres, des fossoyeurs ou des employés des pompes funèbres.
Le côté rapace, méchant, agressif et hargneux de cet oiseau n'est pas oublié, quand on sait qu'un corbeau est un auteur de lettres anonymes comme nous le rappelle le film éponyme d'Henri-Georges Clouzot sorti en 1943 avec Pierre Fresnay, Ginette Leclerc et Pierre Larquey...
Après sa couleur, ce sont des formes, qui ont inspiré le vocabulaire des hommes. En mer, le corbeau désigne un grappin utilisé à l'époque des galères pour se lancer à l'abordage des autres navires. A terre, le corbeau devient une machine de guerre. Lors des sièges, cette sorte de bélier muni d'une perche en bois, terminée par une pointe en métal, était glissée entre les pierres d'un mur pour les desceller et les arracher.
Enfin, par analogie de forme avec le bec de l'oiseau, le mot corbeau définit également, en architecture, de grosses pierres en saillies supportant une autre construction ainsi placée en « encorbellement »... un terme imaginé à partir du mot corbeau !
Sources Historia
Posté par Adriana Evangelizt